"La population iranienne est bloquée entre la répression intérieure et la guerre", déplore Narges Mohammadi
Narges Mohammadi, militante iranienne des droits humains, prix Nobel de la paix 2023, publie ses mémoires dans "Une femme ne renonce jamais" (Robert Laffont). Prisonnière du régime iranien, elle témoigne en exclusivité sur France Inter, à l'occasion d'une permission médicale.
Elle a passé plus de dix ans dans les geôles iraniennes en subissant sévices, tortures, humiliations. Dix ans aussi qu'elle n'a pas serré ses enfants dans ses bras, mais cette immense combattante pour la liberté n'a jamais cessé de se battre pour défendre le peuple iranien. Quatre ans après le mouvement Femme, Vie, Liberté, elle publie ses mémoires écrites dans la prison d'Evin, Une femme ne renonce jamais, aux éditions Robert Laffont.
France Inter a pu échanger avec Narges Mohammadi, car elle est en permission médicale. "La dernière fois que j'ai été arrêtée à Mashhad, j'ai subi de nombreux coups au visage et à la tête et j'ai perdu espoir, je me suis dit que peut-être je ne survivrais pas à cet interrogatoire", raconte la militante, mardi 29 septembre, sur France Inter. "Les coups qui m'ont été assénés, n'importe lequel d'entre eux aurait pu me tuer et la situation de mes poumons et de mon cœur était très affaiblie également", ajoute-t-elle, confiant son "inquiétude permanente" lors de ce ces trois dernières années passées à la prison d'Evin.
"Jour après jour, de nouvelles condamnations à mort"
C'est en prison, le 6 octobre 2023, que Narges Mohammadi a appris qu'elle avait reçu le prix Nobel de la Paix. "On a fait trembler le mur de la prison avec le slogan 'Femme, Vie, Liberté' et nous avons chanté toutes ensemble, et nous avons dit des slogans, c'était un moment formidable et ce soir-là, à l'intérieur du quartier des femmes, nous avons fait la fête et nous avons fait une espèce de cérémonie entre nous pour célébrer", explique-t-elle.
Un moment d'espoir dans la tristement célèbre prison de Téhéran, où étaient notamment détenus les Français Cécile Kohler et Jacques Paris. Narges Mohammadi explique avoir été placée "en isolement solitaire" au mois de janvier dernier, "complètement coupée du monde", au moment où des manifestations éclataient partout dans le pays pour dénoncer le régime de la République islamique, la répression et le coût de la vie. Certaines ONG ont décompté 30 000 morts dans la répression du mouvement. "Ces jours de mobilisation en janvier sont parmi les jours les plus douloureux que mon pays ait traversés ces dernières années", assure Narges Mohammadi. Elle déplore les "massacres de milliers d'Iraniens" et précise qu'elle est témoin "jour après jour, de nouvelles condamnations à mort".
"La paix n'est pas seulement l'absence de guerre"
"Les conditions dans lesquelles vit la population iranienne aujourd'hui, d'un point de vue économique, sont tout à fait terribles", affirme Narges Mohammadi. D'après elle, "la population iranienne est bloquée entre la répression intérieure du gouvernement et la guerre" avec les États-Unis et Israël. Elle lance un appel à la communauté internationale : "La paix n'est pas seulement l'absence de la guerre. Évidemment, la guerre menace la paix, mais la répression menace également la paix."
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Malgré tout, la militante pour les droits des femmes garde "énormément d'espoir", car "le peuple iranien n'a jamais cessé de lutter". "Pour pouvoir se considérer humains, nous devons continuer à croire à notre droit, à la dignité et à la liberté", assure Narges Mohammadi. Elle salue la "résistance retentissante" des femmes qui "ne portent plus le voile dans les rues". "Vous vous rendez bien compte que ces luttes ont porté leurs fruits", insiste-t-elle.