Rentrée littéraire 2026 : 461 romans et des autrices inventives
Malgré un climat morose dans le monde de l'édition, la rentrée littéraire 2026 s'annonce riche en découvertes. Parmi les 461 romans publiés cet automne, plusieurs voix singulières et projets audacieux se distinguent déjà.
Cette année, l’ambiance de la rentrée littéraire est morose. Pas seulement à cause de la crise sans précédent née de l’éviction en avril du patron historique de Grasset, Olivier Nora, par le milliardaire Vincent Bolloré. Mais aussi parce que les chiffres de vente ont été la saison dernière particulièrement catastrophiques. Le rituel automnal sera donc d'autant plus scruté par les différents acteurs du secteur et, à partir de cette semaine, 461 nouveaux romans vont s’étaler dans les vitrines des librairies, un chiffre en très légère baisse – il y en avait 484 l’an dernier. Parmi eux, 344 sont français, dont 68 premiers romans (contre 344 et 73 en 2025).
Pas de Laurent Mauvignier cette année pour "plier le game" dès la fin de l’été dans les pronostics du Goncourt, bien que de grands noms soient présents: notamment Jean-Philippe Toussaint et son malicieux vrai-faux roman d’espionnage 'La hantise' (Minuit) ou Véronique Ovaldé qui signe pour la première fois un texte autobiographique, émouvant portrait de sa mère avec 'Vivre sans bonheur et n'en point dépérir' (Flammarion). Réjouissons-nous, la rentrée est ouverte et cette année, les bonnes surprises sont multiples.
Première constatation, les autrices sont particulièrement inventives. Ainsi, la très politique Phoebe Hadjimarkos Clarke avec 'Le livre des souterrains' (Sous-sol), son deuxième roman, dystopie féministe portée par une écriture non-binaire. L’actrice Adèle Haenel, dans 'Viser juste' (L’Arche), signe un premier texte hybride pour analyser la situation d’emprise qu’elle a subie enfant de la part d’un réalisateur. L’inceste est évoqué dans deux textes très différents, mais tous deux extrêmement littéraires: le magnifique 'Nous aussi' d’Anne Godard (Actes Sud) et le surprenant 'Tuer le vieux' de Daria Marx (Flammarion).
Chez POL, dans 'Faire la peau', Louise Chennevière travaille une phrase empreinte de colère contre sa mère. À noter, les textes autobiographiques ou autofictionnels sont aujourd’hui avant tout des outils de compréhension de notre société. Ainsi l’excellent 'Darya & Dounya' (Seuil) où Diaty Diallo montre ce qu’est la vie d’une jeune femme racisée, et 'Demi-Lune au soleil' (Julliard), où David Lopez signe le portrait attachant de trentenaires dans la France périurbaine.
Le projet fou d'Antoine Volodine
D’autres romans s’ouvrent sur des questions plus internationales. Thélyson Orélien (Grasset) raconte dans 'C’était ça ou mourir', son remarquable premier roman, le parcours d’exil d’un jeune Haïtien jusqu’à Montréal. Et Karim Kattan, écrivain cisjordanien en exil, signe avec 'Septentrionale' (Elyzad) un beau roman sur un couple contraint de fuir un pays qui n’est pas nommé et qui s’effondre. Le lieu des origines est également présent dans deux premiers romans très réussis, 'D’un pays qui n’existe plus' d’Amandine Agic (L’Olivier) et 'Abdallah superstar' d'Iman Ahmed (Actes Sud), ainsi que dans 'La part absente', deuxième roman de la comédienne Rachida Brakni (Stock).
Enfin, gardons pour la fin ce geste littéraire inédit, imaginé par l’inclassable Antoine Volodine. L’inventeur du post-exotisme publie simultanément onze livres dans onze maisons différentes, rassemblés sous le titre 'Retour au goudron' et signé d’un des nombreux hétéronymes qu’il a créés au cours de son œuvre, Infernus Iohannes. Ce travail élaboré sur des années, hors norme, passionnant, au-delà de son intérêt évident, a entre autres conduit onze maisons d’édition à se lancer dans une aventure inédite: sortir de la logique du marché et de la concurrence pour travailler ensemble.
Sylvie Tanette/mh