Le Canada peine à répondre à la demande de bombardiers d’eau
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Alors que les feux de forêt dévastateurs se multiplient dans le monde, le Canada a relancé sa production d'avions bombardiers d’eau, mais peine à répondre à la demande croissante. En Europe, où les incendies continuent de faire des ravages, le besoin en nouveaux appareils se fait sentir, mais on devra attendre encore quelques années avant de recevoir les appareils commandés.
Depuis 2022, les pays européens ont commandé 22 nouveaux avions Canadair 515 à De Havilland Canada. Cependant, après une interruption de production de près de 10 ans, les premiers appareils neufs ne devraient être livrés aux clients européens qu'en 2028. La France devra attendre 2032 pour recevoir la seconde moitié de sa commande de quatre avions, selon l'entreprise.
Nous n’avons pas assez de Canadairs, a récemment déclaré Didou Deyres, conseiller municipal de la commune de Le Porge, en France, où 183 maisons ont brûlé à la fin de juillet, après que les flammes eurent ravagé les pinèdes aux abords de Bordeaux.
Au plus fort de la crise, seuls 7 des 12 bombardiers d’eau français étaient opérationnels.
Interrogé sur le responsable, selon lui, M. Deyres a dit en souriant : Le Canada. Nous devons travailler ensemble avec le Canada pour moderniser les avions, a-t-il ajouté.
La réponse de M. Deyres était ironique, mais elle témoigne d'une réelle pression qui s'accentue en Europe : la demande de bombardiers d'eau de fabrication canadienne De Havilland Canada augmente plus vite que la production de l'entreprise.
Ces avions, construits à la main, sont sans égal sur le marché des appareils de lutte contre les incendies et sont conçus pour durer des décennies. Agiles, même à basse vitesse, ils sont capables de puiser 6000 litres d’eau (40 baignoires pleines) en 12 secondes, directement dans les lacs et autres plans d'eau proches de l'incendie à éteindre.

Un Canadair de la sécurité civile française effectue des manœuvres de puisage d'eau en rasant la Seine à Chartrettes, en Île-de-France, le 13 juillet 2026, à la suite de l'incendie qui a ravagé la forêt de Fontainebleau.
Photo : Getty Images / THOMAS SAMSON / AFP
Ils constituent véritablement l’épine dorsale de la plupart des opérations de lutte contre les incendies en Europe , a déclaré Neil Sweeney, vice-président de l'exploitation chez De Havilland Canada. Ces dernières semaines ont rappelé à tous l’importance cruciale de ces appareils.
La production du Canadair était à l'arrêt depuis 2015, date à laquelle son ancien constructeur, Bombardier, l'avait cessée, faute de commandes. En 2022, lorsque De Havilland a lancé le nouveau programme Canadair 515, une grande partie de la chaîne d'approvisionnement avait disparu, obligeant l'entreprise à se procurer de nouveau les quelque 50 000 pièces nécessaires à la construction de chaque avion, un processus qui prend environ 10 mois, explique John Gradek, expert en gestion aéronautique à l'Université McGill.
Accélérer la cadence
La question est maintenant de savoir si De Havilland devrait augmenter sa capacité de production avant que davantage de gouvernements ne s'engagent à acheter des avions.
Neil Sweeney répond que De Havilland construirait une autre usine de production si elle parvenait à vendre 50 avions aux gouvernements canadiens. La construction d'une nouvelle ligne de production nécessiterait un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars, a-t-il déclaré pour expliquer la position de son entreprise.

Neil Sweeney est vice-président de l'exploitation chez De Havilland Canada. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette
M. Gradek croit que l’entreprise De Havilland fait erreur si elle attend des commandes fermes avant d'accroître sa capacité de production.
Le monde entier adore ces avions, a-t-il déclaré. Mais devant l’allongement des saisons des feux de forêt et les efforts déployés par les gouvernements pour reconstruire leurs flottes, il soutient que le Canada ne peut pas présumer que sa domination se maintiendra.
Il faut aller sur le terrain et investir l'argent pour construire ces usines, et les commandes suivront, selon l’expert en aviation de McGill.

Un avion de transport A400M de l'armée française a été reconfiguré et testé pour la première fois cet été relativement au largage de produit retardant lors de la lutte contre les incendies en Gironde. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / KAZUHIRO NOGI
Cette pression se fait déjà sentir. Des entreprises aérospatiales européennes et des entreprises émergentes, comme Positive Aviation et Kepplair, se livrent une véritable course pour développer des avions bombardiers d'eau concurrents. La France a également pris les devants en transformant un avion de transport militaire A400M afin qu'il puisse larguer jusqu'à 20 000 litres d'eau ou de produit retardant.
Le monde n’attendra pas le Canada, conclut John Gradek.
D'après un article de Verity Stevenson (nouvelle fenêtre) de CBC News.
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