Le départ pour Paris

Le départ pour Paris

Au tournant des années 1920, Marcel Pagnol quitte Marseille pour Paris, poussé par l'obsession d'écrire pour le théâtre. Professeur d'anglais au lycée Condorcet, il se fait remplacer pour se consacrer à ses pièces. Commence alors une décennie de solitude, d'amours tumultueuses et de triomphes.

Le troisième épisode du feuilleton consacré à l'écrivain revient sur cette traversée du désert avant la gloire, à travers sa correspondance avec son père et les souvenirs de ses proches.

L'exil parisien et l'échec des Marchands de gloire

En 1927, alors que son mariage avec sa première épouse Simone a déjà échoué, Pagnol vit seul à Paris et écrit sans relâche. Dans une lettre à son père datée du 13 décembre 1927, il confie son mal-être : « Je travaille tout simplement enfermé du matin au soir [...] Ma santé va bien, mais c'est le moral qui n'a pas brillé [...] Ce mariage aura été pour moi une catastrophe dont les effets me suivront toute ma vie. »

Cette année-là, Pagnol achève Les Marchands de gloire. La pièce, portée par une critique enthousiaste, se heurte pourtant à l'incompréhension du public : la guerre de 14-18 s'est achevée depuis moins de dix ans et les blessures restent vives. « Les gens se jetaient des trousseaux de clés à la tête dans la salle. Ils se disputaient, ils se battaient », se souvient un témoin de l'époque. La pièce, retirée de l'affiche après treize représentations, restera un échec commercial retentissant malgré une presse élogieuse.

Entre Orane Demazis et Kitty, une double vie amoureuse

Dans ces années d'après-guerre, deux femmes bouleversent la vie sentimentale de Pagnol. Orane Demazis, qui deviendra sa Fanny au théâtre comme au cinéma, partage sa vie de la fin des années 1920 au début des années 1930. Elle racontera plus tard : « Nous avons créé Fanny quelques mois après avoir terminé Marius. Nous avons donc suivi exactement la ligne et la vie de ces deux êtres. »

Mais Pagnol rencontre au même moment Kitty, une danseuse anglaise qui le séduit. S'ensuit une double vie éprouvante, décrite sans détour dans une lettre à son père du 13 novembre 1929 : « La pauvre petite de ma vie me donne les plus grandes inquiétudes [...] Elle dit que ce qu'elle veut, c'est que j'habite avec elle. Et si je n'obéis pas, elle va se laisser mourir [...] Avec Orane, c'est du même tonneau. Quand je suis avec Kitty, Orane me surveille et j'ai peur qu'elle lui fasse un sale coup. »

De "Topaze" à "Marius", la naissance de la gloire

C'est au cœur de ces tourments amoureux que la reconnaissance arrive enfin. Topaze, l'histoire d'un instituteur humilié qui apprend à retourner contre elle l'hypocrisie de la bourgeoisie, devient un immense succès. Peu après, Marius triomphe à son tour, porté par la verve populaire du Vieux-Port marseillais.

Pagnol raconte dans Confidences sa négociation savoureuse avec Jules Raimu, à qui il propose le rôle de César. L'acteur, jaloux du personnage de Panisse, impose ses conditions : « Je veux être le propriétaire du bar. Je veux que la pièce se passe chez moi [...] César, c'est mon rôle, c'est mon emploi. Tu n'as qu'à ajouter deux ou trois scènes et tu verras ce que j'en ferai. » Une exigence d'acteur qui donnera naissance à l'un des personnages les plus marquants du théâtre pagnolien.

À écouter

France Inter

39 min