« Le Héros de Berlin » : 23 ans après « Good Bye, Lenin ! », Wolfgang Becker s’attaque avec humour au roman national
« Le Héros de Berlin », de Wolfgang Becker. © X VERLEIH AG - FRÉDÉRIC BATIER
Pour aller plus loin
Propriétaire volontiers acariâtre d’un vidéoclub berlinois un peu miteux et au bord de la faillite, Micha voit débarquer un jour un journaliste qui reconnaît en lui un aiguilleur de métro grâce auquel, en 1983, des habitants de l’Allemagne de l’Est ont pu rejoindre l’Ouest. Le récit s’emballe, créant peu à peu autour de lui approximations et mensonges arrangeants. Le lymphatique quadra change de vie et de statut social, fait la une de la presse et se voit encensé par la classe politique. La fable s’édifie tandis que la vérité s’estompe. Qu’importe la fiction pourvu qu’elle soit agréable à appréhender et qu’elle participe à revisiter un récent passé encore embarrassant.
Derrière la comédie caustique et de plus en plus amère se tapit une réflexion sur la fabrique de mythologies opportunistes pour mieux effacer des réalités plus complexes. De quel héros avons-nous besoin pour « reconstruire » nos démocraties dans l’impasse, en détresse, menacées par les montées réactionnaires ? Il y a vingt-trois ans, Wolfgang Becker signait « Good Bye, Lenin ! ». Dans cette nouvelle fiction réalisée juste avant que la maladie ne l’emporte, donc désormais posthume, il revient avec perfidie sur cette idée selon laquelle nos histoires, récentes ou anciennes, officielles et/ou intimes (les deux étant selon lui, et à juste titre, entremêlées), se construisent sur des rectifications. La réalité nationale n’est autre que celle que nous inventons et que déterminent les vainqueurs. Un quart de siècle après son succès international, le réalisateur ausculte à nouveau l’obsolète réunification allemande, idée à jamais enterrée et qui accélère désormais le retour d’idéologies réactionnaires. « Le Héros de Berlin » ou une réflexion pertinente sur fond de scénario joliment narquois.
Par Xavier Leherpeur