Témoignage. « Elle est persuadée de sortir avec Kevin Costner » : sa mère est victime d’un brouteur

Témoignage. « Elle est persuadée de sortir avec Kevin Costner » : sa mère est victime d’un brouteur

Les arnaques aux sentiments orchestrés par les brouteurs ne ruinent pas seulement leurs victimes, elles bouleversent aussi leurs familles. En Belgique, Fabienne* connaît très bien ces arnaqueurs et leurs procédés, elle a déjà été approchée sur les réseaux sociaux et applications de rencontre. Alors, quand elle a découvert que sa mère de 74 ans avait quelqu’un dans sa vie, mais qu’il était acteur aux États-Unis, elle a su que cette nouvelle ne présageait rien de bon.

« Nous habitons dans des petits villages où chacun se connaît. C’est au bureau de tabac qu’on a dit à ma fille que sa grand-mère envoyait de l’argent via des solutions de paiement prépayées », raconte-t-elle. Les relations entre Fabienne et sa mère étant compliquées, c’est avec la fille de Fabienne que la septuagénaire échange beaucoup. « Quand ma fille m’a montré une photo de cet homme avec qui ma mère échangeait et que j’ai reconnu Kevin Costner, j’ai tout de suite compris l’arnaque. Le pire, c’est qu’elle connaît très bien cet acteur et qu’elle est persuadée d’échanger et de sortir avec lui. J’ai tout de suite pensé à l’affaire avec Brad Pitt… », souffle-t-elle.

L’emprise et le déni

L’engrenage commence et la septuagénaire se mure dans le déni. « Elle a reçu des fausses photos de lui à l’hôpital, lui demandant de l’argent. Elle a aussi participé à un jeu-concours qui lui ferait gagner une voiture Tesla, offerte par Elon Musk. Sauf que pour la recevoir, il faut payer des taxes de dédouanement et autre, évidemment… », pointe-t-elle. Fabienne et sa sœur s’inquiètent et tentent de la raisonner, tout comme d’autres proches, mais rien n’y fait.

« C’est une personne qui est seule et plutôt isolée, elle a un caractère difficile et n’a plus vraiment d’entourage. Elle a le profil parfait pour ces brouteurs », signale-t-elle. Sa mère est piégée, sous emprise, son « brouteur » prend soin de créer une relation affective virtuelle pendant des semaines avant de réclamer de l’argent. « Un jour, une amie nous a envoyé une photo d’elle qu’elle avait postée sur Facebook ou il était écrit le prénom de ma sœur et moi puis Je suis désolée. Je n’en peux plus, bisous mes chéries. On a immédiatement prévenu la police car on a pensé à une tentative de suicide. Heureusement, il ne s’est rien passé ».

De plus en plus inquiètes par cette situation, les deux sœurs se sont renseignées pour tenter de faire quelque chose, mais là est le problème : les plaintes dans ces dossiers, trop complexes et souvent avec des arnaqueurs basés en dehors de l’Europe, n’aboutissent pas. Et en attendant, la septuagénaire continue de distribuer son argent à ses brouteurs. Elle a pour l’instant perdu la somme de 7000 euros, qu’elle ne reverra jamais, Fabienne ne se fait pas d’illusions : « Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que l’on ne sait pas où est-ce qu’elle a trouvé cet argent, car ma mère n’a pas de ressources et une petite pension. Elle avait l’habitude de participer à des brocantes pour gagner quelques sous. Elle a même publié un message sur Facebook disant qu’elle n’avait plus rien dans son frigo, nous avons dû lui faire des courses », se tourmente-t-elle, en redoutant qu’elle ait plongé dans les crédits à la consommation.

« Comme une droguée »

Face à cette situation, Fabienne se retrouve démunie. Elle a même tenté d’écrire au ministre fédéral de la Justice et au ministre de la protection des consommateurs, mais la seule solution proposée est de se rapprocher d’un avocat. Même son de cloche du côté de la police, impuissante face à ce phénomène d’ampleur. Les proches ont alors tenté d’agir directement avec la sexagénaire. « On a pourtant essayé de la convaincre, de lui montrer des articles expliquant que ce n’était que des faux profils, mais elle est en dehors de la réalité. Elle est accompagnée par un bénévole d’une association pour aider les personnes âgées avec les technologies et internet. Ce bénévole a totalement nettoyé son téléphone des applications et conversations qu’elle avait par dizaines. Mais elle l’a supplié de lui rendre son téléphone, comme une droguée, et elle a réinstallé toutes les applications… », soupire la Belge.

Elle a également tenté de se rapprocher d’une association pour une aide psychologique, mais les six mois d’attente l’ont découragé. « Alors, on fait quoi ? On la laisse continuer à plonger dans son malheur ? Ce qui me fait mal au cœur, c’est qu’elle n’en dort pas, elle est à bout. Elle passe tout son argent, elle se fait harceler par téléphone par ses brouteurs, elle a été obligée de l’éteindre car il est en surchauffe. Elle est psychologiquement atteinte. J’ai même peur qu’un jour, elle se rende compte de la supercherie et que ce soit trop insupportable pour elle. C’est dramatique… » Fabienne rêverait pour sa maman d’une « fin de vie tranquille », mais se retrouve complètement impuissante devant cette emprise psychologique.

* Le prénom a été modifié.