Le JSL a 200 ans. 1981-1992 : Radio Chalon, la voix de l’info en direct
Avec la fin, en 1981, des monopoles d’État dans le domaine de la radio et de la télévision, Le Courrier de Saône-et-Loire décide de sauter sur l’occasion. Dès 1981, il lance Chalon 102, avec à sa tête l’un de ses journalistes, Jean-Pierre Malterre. Dans le même temps, se créent la radio Studio 11, installée rue au Change, et Chalon FM (renommée plus tard Chalon PS), dans les locaux de la Maison de la culture (l’actuel Espace des arts).
Dès 1983, Le Courrier de Saône-et-Loire et Studio 11 décident d’unir leurs forces pour créer Radio Chalon. C’est à ce moment-là, dans les locaux du journal, rue des Cornillons, que Jean-Luc Cottier, journaliste maison depuis 1973, rejoint l’aventure.
« La Saône a été notre meilleure alliée »
« Du jour au lendemain, François Prétet m’a lancé à la tête de la radio. Je n’avais aucune expérience », se souvient celui qui, finalement, vivra cette grande parenthèse comme « une période exaltante ». D’autant plus que, très vite, en juin 1983, l’actualité fait de Radio Chalon un média incontournable. « En débordant et en provoquant d’immenses inondations, la Saône a été notre meilleure alliée. C’est là que les gens nous ont découverts. Cet événement a vraiment fait naître la radio locale. »
Pendant plusieurs jours, intégrée à la cellule de crise, Radio Chalon, que l’on peut alors capter à environ 30 km à la ronde, diffuse toutes les deux heures les cotes de la rivière. « D’un côté il y avait les infos locales, au plus près des pompiers, de la sous-préfecture et de la mairie, et de l’autre une dimension d’entraide. Nous relayions les propositions des habitants, certains prêtant un hébergement, d’autres un bateau pour traverser tel ou tel secteur. »
Radio Chalon est lancée et va très vite susciter un engouement populaire. « Nous étions quatre salariés, avec Joël Collin comme codirecteur et deux techniciens. Mais aussi et surtout une armée de bénévoles, certains venant avec leurs disques de jazz, leur accordéon, le curé de la cathédrale pour des chroniques, ou encore une voyante, Claudie, qui intervenait tous les lundis matin et que des auditeurs venaient chaque fois voir en vrai, espérant qu’elle leur accorderait du temps », sourit Jean-Luc Cottier.
Des soirées d’élection aux prix des fruits et légumes en passant par le sport et les impôts
« Tout au début, comme les grosses bandes préenregistrées de musique ne duraient que quatre heures, un groupe de cibistes* se relayait. Les gars couchaient par terre dans le studio et mettaient un réveil pour pouvoir changer les bandes au bon moment. »
Radio Chalon proposait des flashs d’informations à 7, 12 et 19 heures, et de nombreuses émissions, aussi bien sur le cinéma que les prix des fruits et légumes sur le marché, avec des inspecteurs des impôts pour aider les gens à remplir leur déclaration, ou encore lors des soirées d’élection, « où certains maires nous communiquaient leurs résultats avant d’appeler la préfecture ». Sans oublier le sport, bien sûr, au plus près du direct les week-ends.
« Avec les moyens de l’époque, c’était compliqué, mais on y arrivait. Pour commenter les matches de football en direct à Gueugnon, le journaliste était branché à l’infirmerie du stade, avec une rallonge de 50 mètres », relate Jean-Luc Cottier.
Un maire en direct et sans filtre
Radio Chalon est aussi à l’initiative, avec Dominique Perben, alors maire de Chalon, du Maire en direct. « C’était sans filtre, en direct, toutes les semaines. Les gens appelaient pour des questions précises et qui concernaient la vie de leur quartier ou de la ville. C’était très concret, très local, et un gars du cabinet prenait, avant qu’ils raccrochent, les coordonnées des gens pour donner suite. »
« Nous diffusions sur Chalon et son agglomération et nous avions un fort taux de pénétration, régulièrement dans les trois meilleurs de France », assure Jean-Luc Cottier. « La force de Radio Chalon, c’était la locale, car nous répondions à des besoins concrets. Comme me disait René Prétet, le patron de l’époque, “il ne faut pas se méprendre, les gens ne vous écoutent pas ou ne lisent pas votre article, mais s’intéressent à ce qui s’est passé près de chez eux et que vous leur racontez”. »
Victime d’un paysage audiovisuel mouvant et de recettes publicitaires trop faibles, Radio Chalon rend les armes en 1992. Le journal revend sa station, dont la fréquence deviendra celle d’Europe 2. Pour Jean-Luc Cottier, c’est la fin de la parenthèse radiophonique. « Avec un brin de nostalgie, mais au bon moment, car je commençais à fatiguer de me lever tous les matins à 5 heures pour le flash info de 7 heures. Mais cela reste une superbe expérience. Par certains côtés, c’était phénoménal. »
* La cibi, émetteurs-récepteurs radio, permet d’émettre sur la bande CB (“cibi” prononcé à l’anglaise).