Le monumental Paul Seixas a (encore) écrit l'histoire en Lombardie : "Mon prochain rêve, c'est de rivaliser avec Pogacar"

Le monumental Paul Seixas a (encore) écrit l'histoire en Lombardie : "Mon prochain rêve, c'est de rivaliser avec Pogacar"

Il avait encore de la fraîcheur. Quelques minutes après avoir remporté le Tour de Lombardie, Paul Seixas a gravi en courant les escaliers du Palazzo Terragni pour rejoindre sa conférence de presse. "C'est la dernière montée de la journée", a-t-il souri. À 20 ans et 16 jours, le Français venait de devenir le plus jeune vainqueur de l'histoire de l'épreuve et le quatrième plus jeune lauréat d'un Monument.

Dans le Civiglio et ses pourcentages monstrueux, il avait surtout laissé les autres à bout de souffle. En accélérant dès les premières pentes, Seixas a fait céder Remco Evenepoel, Isaac Del Toro et les favoris, puis ses derniers rivaux, Tom Pidcock et Giulio Ciccone. Les dix-huit derniers kilomètres se sont transformés en un effort solitaire jusqu'à Côme, où il a devancé Enric Mas de 48 secondes. De quoi terminer sa deuxième saison professionnelle avec le plus beau succès de sa jeune carrière. Mais sans se précipiter sur les comparaisons.

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Vous aviez prévu de faire la différence dans le Civiglio ?

Oui, mais j'ai accéléré un peu plus tôt que prévu. J'espérais que le rythme serait plus élevé au pied pour pouvoir attaquer après deux kilomètres. J'ai finalement dû m'adapter. Je savais que le parcours se prêtait bien à un effort solitaire. Ensuite, j'ai tout donné. Dans le final, j'ai été très prudent dans la descente, sans prendre de risques. C'est incroyable de gagner ici.

Que représente le fait de devenir le plus jeune vainqueur de l'histoire du Tour de Lombardie ?

C'est évidemment quelque chose de bien, mais ce qui m'intéresse, c'est de gagner, pas d'être le plus jeune. Remporter un Monument, c'est magnifique. C'est surtout cela que je retiens. J'espère aussi que cette victoire donnera envie à des jeunes, comme celle de Thibaut Pinot il y a huit ans. Je suis très fier de ce que l'équipe a accompli. Tous les coureurs et tous les membres du staff ont tout donné. C'est le plus important pour moi.

On parle beaucoup de votre destin. Avez-vous le sentiment que cette victoire était écrite ?

Je ne pense pas qu'il existe un destin tout tracé. Il faut le construire. Les choses n'arrivent pas par magie : il faut travailler pour les faire arriver. J'ai beaucoup travaillé et mon entraîneur a fait un excellent travail. Parfois, on perd, on commet des erreurs. Il faut garder la tête tournée vers les prochains objectifs. J'ai renoncé aux championnats d'Europe pour être prêt ici et cela a peut-être payé. Les défaites rendent aussi les victoires plus belles.

Auriez-vous imaginé une telle saison ?

Si on m'avait dit avant la saison tout ce que j'allais accomplir, j'aurais été surpris. L'année dernière était déjà incroyable pour ma première saison professionnelle. Ce que j'ai réalisé en deux ans est exceptionnel pour moi. Je me surprends encore, mais je m'entraîne très dur. L'équipe m'a placé dans le meilleur environnement possible et mes équipiers ont tout fait pour m'aider. Parfois, j'ai l'impression d'être dans un rêve.

Avec vos résultats, êtes-vous désormais le meilleur derrière Tadej Pogacar ?

Je ne me placerais pas en deuxième position derrière lui. Il est le meilleur, évidemment, mais il y a beaucoup de grands coureurs. Une course ne suffit pas à vous rendre meilleur que les autres. Parfois, je gagne, parfois, ce sont eux. C'est le sport. Aujourd'hui, j'ai gagné, mais ce ne sera peut-être pas le cas demain. Je ne veux pas me comparer. Pour le moment, je veux profiter de cette victoire.

Votre ambition reste pourtant de battre Pogacar lorsqu'il est à son meilleur niveau ?

Oui. Le voir à son meilleur niveau est une motivation. Je pense qu'il fait du bien au cyclisme : il est tellement fort qu'il oblige tout le monde à travailler davantage pour progresser. Pouvoir rivaliser avec lui un jour est un grand rêve. Pour le moment, cela reste un rêve, mais je travaille pour cela. Aujourd'hui, j'ai réalisé celui de gagner un Monument. Battre Tadej, c'est autre chose. Peut-être que j'y arriverai un jour, peut-être jamais. Mais j'essaierai toujours. Si on n'essaie pas, cela n'arrivera jamais.

Aux Mondiaux, vous aviez exprimé une grande déception. La pression avait-elle été trop forte ?

Ce n'était pas une question de pression, mais de ce que je voulais accomplir. Parfois, on pense pouvoir jouer la victoire et on commet des erreurs qui nous empêchent d'atteindre notre objectif. Les erreurs font partie du jeu. Après cette course, je suis passé mentalement à la suivante. J'étais peut-être un peu en colère à l'arrivée, mais je n'y suis pas resté longtemps.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour transformer cette déception en énergie ?

Je ne sais pas exactement. Deux heures ou une journée, mais ce n'était pas très long. Parfois, il faut sortir ce qu'on a sur le cœur pour pouvoir passer à autre chose. J'ai dit ce que je pensais sur le moment. Ensuite, j'ai analysé ce que j'avais mal fait. Une fois que j'ai compris, je suis passé à la suite et j'ai repris l'entraînement. La saison n'était pas terminée.

Vous paraissez plus expressif et plus heureux que lors de vos précédentes victoires. Est-ce une libération ?

Quand une course se termine et qu'il reste d'autres objectifs, on pense déjà à la suivante. Aujourd'hui, je n'y pense pas : c'était la dernière avant les vacances. J'ai peut-être davantage laissé sortir mes émotions pour cette raison, et parce que cette victoire est différente. Mais je suis heureux à chaque victoire, même si je ne le montre pas toujours devant les caméras. J'aime surtout savourer ces moments avec mes amis et mes équipiers. J'aime les choses simples.

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