Le prix Nobel de Médecine récompense une course de relais entre chercheurs sur l'optogénétique

Le prix Nobel de Médecine récompense une course de relais entre chercheurs sur l'optogénétique

Le premier prix Nobel de la semaine, celui de médecine, a été attribué ce matin à trois chercheurs, l'Américain Karl Deisseroth et les Allemands Peter Hegemann et Georg Nagel, pour leurs travaux sur l'optogénétique, mais plus largement sur nos émotions et la conservation de nos souvenirs.

Par Sophie Bécherel Publié le lundi 5 octobre 2026 à 13:36

On pourrait résumer l'optogénétique comme une technique qui allume et éteint les neurones : les deux Allemands, Peter Hegemann et Georg Nagel, du Max Planck Institute et l'Américain Carl Deisseroth de l'université de Stanford, illustrent à eux trois parfaitement cette course de relais qu'est la recherche, une découverte en amenant une autre.

La première a démarré il y a 35 ans, avec la curiosité de Peter Hegemann face au comportement d'une algue minuscule, faite d'une seule cellule. Chlamydomonas est célèbre pour sa capacité à nager vers la lumière. Qu'est-ce qui régit ce comportement ? Hegemann découvre une ouverture à la surface de la cellule, qui permet le passage d'ions et la création d'un signal électrique. Ce canal, en quelque sorte, conduit Nagel à mettre au jour le rôle d'une protéine et donc d'un gène. Cette protéine, le troisième lauréat va l'utiliser pour démontrer sa capacité à contrôler l'activité nerveuse, c'est-à-dire allumer et éteindre.

Des perspectives thérapeutiques pour des patients aveugles ou sourds

Grâce à ces travaux, d'énormes avancées fondamentales ont été permises pour comprendre les schémas neuronaux, quel chemin emprunte un souvenir avant de se créer, ce qui se passe dans notre cerveau quand on a mal, quand on a soif, quand on a faim, quand on est joyeux… Et ces travaux ont une application thérapeutique.

Si vous comprenez la cascade de cause à effet, vous pouvez tenter des choses et c'est ce qu'a fait le premier le professeur José Alain Sahel, médecin ophtalmologiste sur des patients atteints de rétinite pigmentaire : "On a utilisé cette technologie chez des patients qui étaient complètement aveugles pour activer les neurones qui restent dans la rétine, pour les rendre sensibles à la lumière, puisqu'ils ne le sont plus, et leur permettre de détecter la lumière. Et on a développé un système de stimulation lumineuse pour activer ces cellules, et les rendre sensibles à la lumière, à partir de quoi on a pu démontrer qu'ils pouvaient récupérer certaines fonctions visuelles, être capables de reconnaître des passages protégés par exemple, ou de voir des objets décomptés."

Avec l'optogénétique, d'autres perspectives sont envisagées pour traiter la surdité ou la maladie de Parkinson.