Le refus de l'évêque de Tournai d'accueillir "Le Noël de Pinocchio" prend une tournure politique et s'invite jusqu'au Parlement wallon

Le refus de l'évêque de Tournai d'accueillir "Le Noël de Pinocchio" prend une tournure politique et s'invite jusqu'au Parlement wallon

L'évêque de Tournai, Mgr Rossignol, assume sa décision de ne pas accueillir le prochain spectacle de Luc Petit, "Le Noël de Pinocchio", dans l'une des églises de la cité des Clochers : "En tant qu'autorité, on prend des décisions qui plaisent et sont comprises par certains et déplaisent et sont critiquées parfois avec violence par d'autres, a-t-il commenté, en réponse à un courrier envoyé par l'ancien bourgmestre de Tournai, et conseiller communal, Paul-Olivier Delannois. On attend ainsi d'un bourgmestre, comme d'un évêque, qu'il prenne ses responsabilités en âme et conscience…"

"L'Église n'est pas un lieu de cirque"

Mgr Rossignol maintient que la nouvelle création de Luc Petit, et de son acolyte, le théologien et prêtre Michel Teheux, n'a pas sa place dans une église. "Je l'ai dit, l'Eglise n'est pas un lieu de cirque ni un lieu où le syncrétisme a droit de cité, insiste-t-il. Or le spectacle préparé par un abbé (un comble, sic), présente ces deux aspects." Le refus opposé à Tournai contraste avec l'accord donné pour accueillir le spectacle dans la collégiale Sainte-Waudru de Mons, également placée sous l'autorité de l'évêque de Tournai. Mgr Rossignol ne s'explique pas sur ce "deux poids, deux mesures" (NDLR : le doyen de Mons semble avoir été plus persuasif…), ni sur les autres concerts programmés dans les édifices religieux tournaisiens, comme Gospel for Life Céline Dion ou Candlelight Coldplay/Imagine Dragons.

Pas de "Noël de Pinocchio" à Tournai : l'Évêché explique sa décision de ne pas accueillir le spectacle

Au-delà de la question de la place de ce spectacle dans une église, la polémique a pris une dimension politique autour de l'utilisation des deniers publics. La Ville de Tournai, la Province de Hainaut et les autorités régionales contribuent en effet à la gestion, à l'entretien et à la restauration des édifices religieux.

La décision de l'évêque de fermer la porte à ce spectacle culturel passe mal et n'est pas sans conséquence. Plusieurs conseillers provinciaux ont ainsi revu leur position lors du vote relatif au compte 2025 de la fabrique d'église de la cathédrale de Tournai. Ils ont choisi de s'abstenir pour exprimer leur incompréhension.

Il n'y aura pas de spectacle de Luc Petit à Tournai cet hiver. "Conformément au souhait du nouvel évêque"

"Dépasser les oppositions d'un autre âge"

"Pourquoi opposer la culture et la religion alors que toutes deux peuvent coexister dans le respect mutuel, interroge le conseiller provincial, Daniel Senesael. Durant mes 30 ans comme bourgmestre d'Estaimpuis, j'ai fait investir près de 5 millions d'euros pour la rénovation des sept églises de l'entité. En contrepartie, il a toujours été convenu avec le clergé que l'investissement de l'argent public, celui des citoyens, permettrait à ces lieux cultuels de devenir autant de lieux culturels avec des expositions, des concerts, des spectacles, du théâtre dans le respect des lieux et de leur vocation."

S'inspirant de la pensée d'André Malraux, l'élu estaimpuisien ajoute : "Il est aujourd'hui temps de dépasser les oppositions d'un autre âge : le cultuel et le culturel ne sont pas incompatibles, au contraire, ils peuvent se rencontrer, se partager, se respecter et s'enrichir mutuellement !"

Une position également défendue par le conseiller communal tournaisien Paul-Olivier Delannois. Celui-ci rappelle que "le monde a besoin de paix, de compréhension et de respect réciproque", tout en appelant à ne pas "casser la belle dynamique qui existe entre toutes les communautés de la région".

Le député wallon Bruno Lefebvre a, lui aussi, interpellé le ministre des Pouvoirs locaux, François Desquesnes, sur l'accès aux édifices religieux pour les manifestations culturelles. "Cette décision crée un certain émoi, et m'embarrasse de par le financement des édifices par les pouvoirs publics, s'est-il exprimé devant le parlement wallon. Quarante-cinq millions d'euros pour la cathédrale ces dernières années, plus d'1 250 000 euros pour les fabriques d'église de Tournai en 2026… À partir du moment où on met autant d'argent public dans ces édifices, sans remettre en cause l'affectation cultuelle de ces bâtiments, on doit pouvoir les partager et faire en sorte que chacun puisse en profiter."

"Faire marche arrière"

Le ministre François Desquesnes annonce qu'il va travailler à une nouvelle législation relative aux lieux de cultes. L'objectif serait notamment d'encourager les autorités ecclésiastiques et communales à conclure des conventions afin d'encadrer les usages non cultuels de ces bâtiments.

Bruno Lefebvre salue cette initiative, et appelle Mgr Rossignol à "faire marche arrière". "Il doit se rendre compte de l'argent public qui est investi dans ces édifices que nous devons partager… sous peine de voir les communes ou la province prendre aussi des mesures de restriction", conclut le député wallon.

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