Le tournoi de Montréal n’est pas menacé, selon l’ATP
Entré en poste en septembre 2025, le nouveau chef de la direction de l’ATP est en visite au tournoi de Montréal pour la première fois. Eno Polo fait la tournée des étapes de la série Masters 1000 pour voir de ses yeux ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré, ainsi que les forces et faiblesses de chaque tournoi.
Sans surprise, il salue la volonté de Tennis Canada de se doter d’un nouveau stade avec un toit rétractable. Sans tomber dans l’analogie du voisin gonflable, Eno Polo ne cache pas que les installations de Montréal ne font pas nécessairement d’envieux au sein des autres tournois de même envergure.
C’est difficile de comparer un stade construit en 1969 (rénové en 1996) à des stades plus modernes, mais c’est comme si vous n’avez pas amélioré votre maison depuis 20 ans et que votre voisin vient de refaire la sienne, a imagé le chef de la direction de l’ATP lors d’une table ronde avec des représentants des médias montréalais.
On rentre chez nous et on a envie de dire que c’est un peu triste. Ce n’est pas négatif, c’est juste qu’on a l’impression que nos voisins ont tous évolué un petit peu plus vite que nous.
À court terme, le tournoi de Montréal n’est pas menacé, assure Eno Polo. Tennis Canada détient une licence pour présenter l’épreuve Masters 1000 jusqu’en 2052. Légalement, l’ATP, une entité représentant à égalité les joueurs et les tournois, pourrait retirer le tournoi à Tennis Canada si la fédération n’atteint pas les standards de qualité requis. Mais on n’en est pas là.
Si le tournoi disait qu’il ne voulait plus investir ou plus rien faire et laisser tomber, à un moment, on a une responsabilité vis-à-vis de nos joueurs et de nos partenaires, mais ce n’est vraiment pas notre objectif. Notre objectif, ce n’est pas de perdre un membre, c’est de les aider. Mais avant d’en arriver là, il y aurait des avertissements.
Est-ce que l’absence de toit du stade actuel mérite un avertissement ?
Non, menace c’est un mot fort, a répondu Polo, en français. Pour le moment, on a vu leurs efforts, leurs plans et ils ne sont pas en train de ne rien faire. Ils m’ont montré leur projet qui a l’air incroyable et j’espère qu’il pourra se faire.
Bien sûr qu’il y a d’autres villes qui sont intéressées à avoir un Masters 1000, mais on a neuf tournois pour le moment, on en aura un dixième en 2028, et il n’y en aura pas d’autres. Nous, on n’est pas dans la vente et l’achat de tournois, ce sont les tournois eux-mêmes. Je ne vois pas Tennis Canada vendre son tournoi.
La menace, si menace il y a un jour, viendra probablement des joueurs et du public si leurs expériences n’est plus à la hauteur de leurs attentes.
C’est comme si je vais dans un hôtel, la chambre n’est pas terrible, mais j’ai un lit confortable. Mais j’ai aussi le choix d’aller dans un hôtel avec un gym moderne où l’expérience est extraordinaire. Ça devient un choix et c’est la même chose pour un spectateur qui aura le choix de dépenser pour un autre événement parce que l’expérience y est plus agréable. La menace viendra de là.
À ce moment-là, si les revenus ne sont plus à la hauteur, l’ATP pourrait intervenir et mettre de la pression.
Un stade moderne pour augmenter les revenus
Le grand patron de l’ATP n’a pas voulu se prononcer quant au mode de financement que Tennis Canada utiliserait pour rénover son complexe. Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le projet pourrait coûter environ 400 millions, dont 90 % proviendraient des trois paliers de gouvernement.
Au-delà du toit qui permettrait au tournoi d’augmenter la valeur de ses droits télé, en garantissant des matchs aux heures prévues malgré la pluie et en limitant les pertes pour les séances annulées, le nouveau stade permettrait de générer davantage de revenus, notamment dans les espaces corporatifs ou les zones hospitalité, pour reprendre l’expression consacrée en marketing sportif.
Le Stade IGA, disons, n’est pas réputé pour ses espaces haut de gamme.
Eno Polo cite le tournoi de Madrid en exemple, l’épreuve la plus profitable du circuit, même si le tournoi ne fracasse pas de records de spectateurs. Cette tendance de mettre l’accent sur les accès de prestige est loin d’être unique au tennis. En fait, c’est devenu la norme dans le sport professionnel.
Les spectateurs viennent beaucoup pour voir le tennis, mais c’est aussi une expérience aujourd’hui. C’est une expérience culinaire, il y a de l’animation avant, on s’attend à plus que de s'asseoir dans une chaise pas très confortable et simplement regarder un match. Les attentes sont plus élevées aujourd’hui en termes d’expérience. Et si je quitte le boulot à 17 h pour voir un match à 18 h et qu’il pleut, c’est un peu moche.
Comme lundi soir, par exemple.
Si je suis un commanditaire et que j’invite mes clients, je suis prêt à payer plus pour vivre une expérience de qualité et ça, c’est de l’argent qui revient au tournoi et qui sera réinvesti dans le tennis au Canada. Les marges sont plus importantes.
Pour l’instant, Tennis Canada n’entrevoit pas de nouveau stade pour Toronto, mais son tour viendra, estime Eno Polo.
C’est une question de comptabilité et de profitabilité. Combien coûte au tournoi une journée annulée en raison de la pluie? Ils vont comparer leurs chiffres avec les tournois qui ont un toit et vont devoir décider.
Pas de changement majeur prévu au calendrier
L’absence des trois plus grandes vedettes actuelles du tennis à Montréal a beaucoup fait jaser avant le tournoi. Jannik Sinner et Novak Djokovic ont opté pour du repos au lieu de disputer le premier Masters 1000 sur surface dure après les saisons de gazon et de terre battue.
Carlos Alcaraz, blessé à un poignet, a aussi fait l’impasse. Finalement, Sinner et Alcaraz ont aussi déclaré forfait au tournoi de Cincinnati. Mais serait-il envisageable d’instaurer un système d’alternance avec le tournoi de l’Ohio qui suit l’épreuve canadienne ?
Les joueurs qui arrivent à Montréal sans grandes ambitions pour la reprise sur le dur, ont généralement plus d’ambition rendus à Cincinnati. Sans parler de ceux, comme Djokovic, qui reprennent systématiquement leur préparation pour les Internationaux des États-Unis uniquement à Cincinnati.
La proposition n’a jamais été évaluée par l’ATP, selon son chef de la direction qui confirme que le format sur 12 jours, malgré les critiques, est là pour rester.
Certains joueurs qui ont perdu tôt à Wimbledon vont espérer faire un long parcours à Montréal et ensuite se reposer pour le US Open. Les joueurs ont besoin de moins de matchs de préparation qu’avant. On a vu des joueurs gagner les Internationaux d’Australie sans disputer de tournois préparatoires. Ce pourrait être pire pour Montréal si on inversait l’ordre des tournois. On ne le sait pas.
L’idée c’est que nos joueurs jouent quatre grands chelems et 10 Masters 1000, ça fait 14 tournois. Les joueurs sont déjà pénalisés en termes de points s’ils s’absentent des Masters 1000. Mais les joueurs ne sont pas nos employés, ils sont des pigistes. On ne pourra jamais garantir leur présence, mais on a ajouté des bonus dès 2028 pour les inciter à les faire jouer. Il faut aussi respecter le corps des joueurs.
Le classement mondial est déterminé par les 18 meilleurs tournois des joueurs chaque année.