Vaccin contre le zona : 9% de crises cardiaques en moins ?
En Suisse, il est conseillé aux personnes de 65 ans et plus de se faire vacciner contre le zona. En outre d'une couverture contre cette réactivation douloureuse du virus de la varicelle, des études suggèrent également que ce vaccin pourrait réduire les risques cardiovasculaires et de démence.
En 2017, un nouveau vaccin contre le zona a été mis sur le marché, le Shingrix, un "vaccin sous-unitaire recombinant avec adjuvant" (lire encadré 1). Le Shingrix s’est avéré si efficace contre le zona que le vaccin précédent a été retiré du marché mondial.
Ces résultats ont incité une équipe de recherche de l'Université d'Oxford à mener une nouvelle étude. "Aux Etats-Unis, où l'ancien vaccin a été remplacé pratiquement du jour au lendemain en octobre 2017, nous avons étudié les effets possibles de ce changement", explique à SRF Max Taquet, l'un des chercheurs impliqués.
Nos données indiquent désormais que le nouveau vaccin réduit de neuf pour cent le risque de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral.
L'équipe souhaitait notamment déterminer si la vaccination aurait un effet sur les risques cardiovasculaires. Les scientifiques ont donc utilisé les informations d'une base de données de santé: ils ont comparé les personnes vaccinées au cours des six mois précédant cette transition avec celles ayant reçu le nouveau vaccin Shingrix. Chaque groupe comprenait 36'000 participants. Ils ont été suivis pendant sept ans, puis comparés.
Les résultats sont étonnants. "Il y a deux ans, nous avions pu démontrer un risque moindre de démence dans le groupe Shingrix", a déclaré Max Taquet. "Et maintenant, nos données montrent que le nouveau vaccin réduit de neuf pour cent le risque de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral."
Des résultats transposables à la Suisse?
"Ce résultat présente un intérêt pour la population suisse", assure Christoph Berger, immunologiste bâlois et président de la Commission fédérale pour la vaccination (CFV). De tels profils de protection avaient déjà été observés lors d'études de vaccination antérieures, de plus petite envergure. La nouveauté réside dans le fait que ce bénéfice a désormais été identifié dans une grande cohorte de personnes.
Christoph Berger voit ce résultat d'un bon œil, d'autant plus que les maladies cardiaques sont très fréquentes. "Une réduction de 9% de ces événements est un effet très significatif", affirme-t-il. Surtout si l'on considère qu'il ne serait plus nécessaire de prendre des médicaments pendant des années, mais seulement deux doses de ce vaccin. Il juge également digne d'intérêt l'effet potentiel de Shingrix sur la prévention de la démence.
Si des essais contrôlés randomisés confirmaient que cela pouvait même réduire modérément le risque de démence, l'effet au niveau de la population serait très important.
Marc Aurel Busche, spécialiste de la démence à l'Université de Bâle, partage cet avis. Il considère l'approche d'une vaccination préventive contre la démence comme très prometteuse: "Si des essais randomisés contrôlés confirmaient qu'elle pourrait même réduire modérément le risque de démence, l'effet au niveau de la population serait considérable", affirme-t-il.
Cependant, l'étude reste observationnelle: elle montre une association forte, mais ne peut pas prouver avec certitude de lien de causalité direct. Pour neutraliser au maximum les facteurs de confusion qui auraient pu fausser la comparaison entre les deux groupes de l'étude d'Oxford, il est jugé primordial de mener des essais cliniques randomisés. Les participants doivent être tirés au sort pour recevoir soit le vaccin, soit un comparateur ou un placebo, et également être suivis sur le long terme.
Un essai de ce type évaluant le risque de démence a d'ailleurs débuté en Finlande auprès de près de 35'000 volontaires. D'autres recherches cliniques sont également prévues concernant les effets potentiels protecteurs du vaccin Shingrix sur le plan cardiovasculaire.
Sujet original: Irène Dietschi (SRF)
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)
Qu'est-ce qu'un "vaccin sous-unitaire recombinant"?
Contrairement aux vaccins classiques qui injectent un virus complet atténué ou tué (inactivé), le vaccin Shingrix appartient à la catégorie des vaccins sous-unitaires recombinants.
Grâce aux biotechnologies de l'ADN "recombinant", les scientifiques ne fabriquent qu'un fragment isolé (une "sous-unité") du virus de la varicelle-zona (VZV): la glycoprotéine E – d'où le nom de "vaccin sous-unitaire recombinant".
Présente à la surface du pathogène, cette molécule clé lui permet d'infecter les cellules, ce qui en fait une cible idéale pour l'apprentissage du système immunitaire. Dépourvu de tout matériel génétique viral, un vaccin sous-unitaire ne peut en aucun cas se multiplier ni provoquer l'infection, même si la réaction immunitaire peut parfois être forte, en raison notamment de l'adjuvant.
L’adjuvant AS01B
Injecter une protéine virale seule ne suffit généralement pas à réveiller une immunité vieillissante. Pour contourner cet obstacle, le Shingrix intègre un système d'adjuvant baptisé AS01B.
Cet adjuvant déclenche une inflammation locale transitoire qui recrute massivement les cellules immunitaires sur le site d'injection. Grâce à ce procédé, l'organisme produit des anticorps et des lymphocytes T spécifiques, capables de maintenir le virus sous cloche.
Le réveil d'un passager clandestin
Le zona est causé par le virus varicelle-zona, le même agent infectieux responsable de la varicelle. Après l'infection infantile, le virus ne quitte jamais totalement l'organisme. Il se réfugie dans un état de dormance au cœur des ganglions nerveux.
Des décennies plus tard, à la faveur du vieillissement naturel du système immunitaire ou d'un déficit immunitaire, cette surveillance s'affaiblit. Le virus peut alors se "réveiller", voyager le long des fibres nerveuses et déclencher les éruptions cutanées douloureuses caractéristiques du zona, souvent situées sur une zone entière de peau innervée par un nerf spécifique.
Le vaccin n'éradique pas le virus tapi dans les ganglions. En revanche, il rétablit le bouclier immunitaire qui s'était érodé avec l'âge. Si le virus tente de se réactiver et de sortir des cellules nerveuses, les défenses le neutralisent aussitôt.