« Le Var connaît un drame épouvantable » : le préfet du Var dresse un premier bilan de deux semaines de lutte contre les feux

« Le Var connaît un drame épouvantable » : le préfet du Var dresse un premier bilan de deux semaines de lutte contre les feux

Quelque 5 900 hectares de végétation ont été ravagés par les flammes dans le Var depuis le début du mois de juillet. 60 habitations ont été touchées et une trentaine ont été détruites. Chaque jour, plusieurs centaines de pompiers luttent contre les flammes. Simon Babre, préfet du Var, analyse la situation.

Nous savions dès le mois de mai, avec la veille de Météo France et l’expertise des sapeurs-pompiers du Var, que nous serions dans une situation de risque extrême dès début juillet. Cette phase étant facilitée par trois facteurs : la température élevée, l’hygrométrie très faible et le vent. Les pluies abondantes de la fin d’hiver et du printemps ont favorisé un couvert de végétation assez abondant qui a séché sur pied à partir du début du mois de mai et les deux mois sans précipitation qu’a connu le Var ont favorisé une sécheresse superficielle comme on en a rarement connu. Avec 70 % du territoire couvert par la forêt, le Var est extrêmement inflammable. C’est pourquoi, pour tenir compte de cette conjonction de risques, j’ai été amené à prendre des arrêtés pour interdire toute activité culturelle et commerciale dans les massifs. On avait déjà le sentiment qu’il fallait qu’on concentre le potentiel opérationnel des sapeurs-pompiers sur les sinistres qui pouvaient se déclencher et pas dans des opérations préventives d’accompagnement d’activités.

Nous avons mis en place le Guet aérien armé. Au même titre que l’on positionne des camions et des hommes en lisière des massifs à risque pour donner l’alerte et intervenir rapidement, des avions de la Sécurité civile survolent le département alors qu’il n’y a aucun feu déclaré pour être les premiers à les détecter et, surtout, pour leur permettre de larguer de l’eau ou du retardant dès les premiers départs observés. Ce dispositif était en place quand le feu de Taradeau s’est déclaré et nous a permis d’agir rapidement. Il peut s’agir de Dash et de Canadair de la Sécurité civile, d’hélicoptères bombardiers d’eau loués par le Département du Var pendant la période estivale ou encore des hélicoptères lourds de type Puma mis la disposition par le ministère des Armés.

La question du manque de moyens aériens pour lutter contre les feux est régulièrement soulevée. Ils ont fait défaut dans le Var ?

On a eu une couverture des feux dans le Var par les moyens aériens qui a peu d’équivalents en France. Cette polémique est complètement non pertinente. On a eu ce qu’on a demandé, quand on l’a demandé, dans les proportions qu’on a demandées, y compris, je le répète, de façon préventive dans le cadre du guet aérien alors qu’il n’y a pas de feu déclaré. Pour le seul feu de Pontevès, ce sont plus de 2 800 largages qui ont été effectués en une semaine. Et il y a encore des largages aujourd’hui. Pour le feu de Brignoles, plus de 300 largages ont été menés. Malgré la tension extrême au niveau national avec un besoin d’envoyer beaucoup de moyens en Gironde, nous avons pu maintenir une capacité d’aéronefs sur le département du Var grâce à des arbitrages du préfet de zone, du ministre de l’Intérieur et du gouvernement. Non, on n’a pas manqué d’avions.

Et au sol, les moyens sont suffisants ?

Il faut saluer le nombre extraordinaire de sapeurs-pompiers dont nous avons bénéficié, avec les sapeurs-pompiers du Var bien sûr, et ceux d’autres départements français, qui sont venus assez massivement. Il y a une quinzaine de Sdis qui ont envoyé des colonnes de renfort dans le département.

Environ 5000 m2 de végétation sont partis en fumée, sur ce secteur de Vidauban.

L’été 2026 est-il pire que les précédents ?

On est à presque 5 900 hectares parcourus en juillet dans le Var, ce qui est une statistique qu’on n’a pas atteinte depuis 2021, où sur l’ensemble de la saison des feux, il y avait eu 6 841 hectares brûlés. On n’a donc pas encore dépassé ce record de 2021, mais nous ne sommes que fin juillet. Et puis nous avons une soixantaine de maisons impactées, dont 33 maisons détruites, avec des personnes qui ont absolument tout perdu. Disons les choses : le Var connaît un drame épouvantable.

Que retenez-vous de vos deux dernières semaines sur le terrain ?

Il y a bien sûr la mobilisation exemplaire de nos pompiers et celle de nos maires. Mais je voudrais insister sur les chaînes de solidarité extraordinaires qui se sont mises en place. C’est le cœur de la Provence qui a été touchée avec ces villages connus dans le monde entier. Son patrimoine qui fait partie du patrimoine de l’humanité. Et dans ces villages, le sentiment à la fois qu’il y avait des vies en danger, mais aussi que c’était cet art de vivre qui était menacé, ont conduit à des mobilisations de tout le monde : les vacanciers, les touristes, les gens qui ont contribué à faire des sandwichs, à porter de l’eau aux pompiers, vérifier que personne ne manquait de rien s’agissant des secours qui étaient engagés… Les agriculteurs ont eu un rôle extraordinaire en apportant de l’eau. Il y a aussi une solidarité européenne avec des pompiers étrangers venus de plusieurs pays. Il faut que les Varois aient bien conscience qu’ils ont été aidés de toutes parts et que nous avons bénéficié d’une solidarité extraordinaire.

Comment s’annonce le mois d’août ?

Il faut que l’on aborde ce mois d’août avec l’idée que la prévention des incendies, notre capacité à résister à la conjonction historique des risques et des dangers repose sur la responsabilité de chacun. Chacun a sa part dans la façon dont nous allons organiser le mois d’août et traverser ce mois de danger avec des conditions extrêmes. Le respect des interdictions de massif avec la lecture de la carte d’accès au massif forestier chaque jour à 18 h pour le lendemain est absolument primordial. Le respect des consignes sur les mégots qui ne doivent pas être jetés des voitures, les cendriers qui ne doivent pas être vidés dans les fossés, les barbecues qui ne doivent pas être réalisées à moins de 200 mètres des massifs ou de tout groupe d’arbres, ça concerne tout un chacun. Oui, ça commence par là.