Les électeurs expatriés, un enjeu du scrutin en Israël ?
Mathilde Durand
Publié le 29/09/2026 à 07h32 • Mis à jour le 29/09/2026 à 07h32
L'essentiel
- Les élections législatives se déroulent le 27 octobre prochain en Israël. Le scrutin s’annonce serré entre le parti de Benyamin Netanyahou et ses opposants.
- Le droit électoral israélien n’autorisant pas le vote par procuration ou par correspondance, les citoyens vivant à l’étranger doivent rentrer pour aller aux urnes.
- Un phénomène qui n’est pas nouveau, mais cette année l’engouement se précise, notamment du côté des voix d’opposition. Au grand dam du gouvernement.
L’initiative ne plaît pas au Likoud. A plus d’un mois des élections législatives du 27 octobre, le parti du Premier ministre sortant Benyamin Netanyahou a déposé un recours devant la commission électorale pour bloquer des initiatives aidant les Israéliens à l’étranger à rentrer pour voter. Une requête qui vise particulièrement l’organisation américaine Aid Coalition et son projet « Fly and Vote », qui défend une assistance « non partisane » mais « logistique » aux électeurs qui souhaitent rentrer avant le jour du vote. Le Likoud dénonce une atteinte à « l’authenticité du scrutin ».
Si une telle initiative existe, c’est parce que dans la loi électorale israélienne, voter par correspondance ou par procuration depuis l’étranger n’est pas autorisé, sauf quelques rares exceptions pour les diplomates par exemple. Un citoyen israélien souhaitant voter doit se rendre aux urnes physiquement, et donc prévoir son billet d’avion afin d’être sur le sol israélien le jour J. Selon CNN, qui cite Aid Coalition, plus de 35.000 Israéliens se sont déjà inscrits et plus de 50.000 seraient intéressés par ce voyage électoral. Au point devenir un enjeu électoral ?
Le vote des expats estimé à « deux ou trois sièges à la Knesset »
« Le fait de revenir exprès pour voter n’est pas un phénomène nouveau, explique Karine Lamarche, sociologue, chargée de recherche au CNRS et membre du Centre nantais de sociologie (CENS). Les gens avec qui j’ai pu parler, y compris vivant à l’étranger depuis plusieurs années, reviennent, même s’ils ne le font pas à chaque élection. » Entre 540.000 et 570.000 Israéliens inscrits sur les listes électorales ne résident pas en Israël, selon les informations de la chaîne israélienne N12. « Un chiffre considérable qui équivaut à au moins 13 sièges de députés sur les 120 que compte la Knesset », écrit l’historienne Frédérique Schillo dans un article pour le Centre communautaire laïc juif David-Susskind. Au total, près d’un million d’Israéliens vivent à l’étranger, sur une population nationale totale de 10 millions d’habitants. On compte notamment parmi eux les Palestiniens citoyens de l’État d’Israël, les « Arabes israéliens », qui représentent près de 20 % de la population et sont nombreux à avoir quitté le pays ces dernières années.
Mais la logistique et le coût d’un tel voyage abaissent les chiffres. « On ne peut pas disposer des estimations réelles, mais ça devrait être quelque chose autour de 100.000 à 150.000 personnes qui pourraient prendre un billet d’avion pour venir voter », estime Denis Charbit, politiste à l’université ouverte d’Israël. « C’est énorme, mais cela représente peut-être deux ou trois sièges sur les 120 que compte la Knesset », ajoute-t-il.
Les « Arabes israéliens » représentent près de 20 % de la population
« Sur ces élections, on sent une volonté plus grande que d’habitude de revenir », estime la sociologue Karine Lamarche. Pour ce premier scrutin depuis l’attaque du 7 octobre 2023, le pays est plongé dans un contexte particulier, en guerre sur plusieurs fronts et critiqué pour sa répression sanglante des Palestiniens. Benyamin Netanyahou, visé par plusieurs affaires de fraude, d’abus de confiance et de corruption, se retrouve également fragilisé par des révélations sur son niveau d’information avant les attaques du Hamas. Il est aussi concurrencé par une extrême droite encore plus virulente représentée par des figures telles que Itamar Ben Gvir.
De quoi donner un surplus de motivation pour les Israéliens de l’étranger ? « Il y a incontestablement un engouement qui touche principalement les partis d’opposition », assure Denis Charbit. « Ce sont des gens qui ont plus de chances de voter pour Les Démocrates ou pour l’opposition à Netanyahou de manière générale », abonde Karine Lamarche.
Vers un scrutin serré
Dans une élection qui s’annonce serrée, chaque voix peut compter. Selon un sondage publié mercredi dernier par la chaîne de télévision israélienne Channel 13, « Yashar » le parti de l’opposant Gadi Eisenkot arrive premier avec 22 sièges estimés, suivi par le Likoud à 18 sièges, un score historiquement bas. Malgré ce recul, le bloc de Benyamin Netanyahou réussirait à passer devant au gré des alliances avec 54 sièges contre 52 pour le parti de l’ex-général Eisenkot.
Pour Denis Charbit, entre les fêtes religieuses et les commémorations du 7-octobre, la campagne ne commencera réellement que le 10 octobre. D’ici là, difficile de prédire le scénario. « En Israël, la division est profonde : personne n’arrive à l’emporter de manière claire et tranchée. Le vainqueur n’a jamais victoire totale et le vaincu n’est pas loin du pouvoir non plus », souligne le politiste.