Tous les enjeux autour du scrutin en Suède, qui s’annonce très, très serré
La majorité de droite sortante a promis de faire entrer ses alliés d’extrême droite au gouvernement en cas de victoire. En face, la gauche suédoise rêve d’un retour au pouvoir.
Par Maxime Dhuin avec AFP
EN BREF
• Les législatives en Suède opposent une droite promettant l’entrée de l’extrême droite au gouvernement et une gauche espérant un retour au pouvoir.
• Les sondages montrent un écart réduit entre les deux camps, rendant le scrutin très serré.
• L’issue pourrait transformer la politique suédoise et son image internationale.
L’IA au HuffPost.
Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche 13 septembre à 8 heures en Suède. Le pays scandinave va-t-il assister au retour de la gauche au pouvoir ? Ou à l’entrée fracassante de l’extrême droite au gouvernement ? Le scrutin législatif de ce week-end clôt une campagne haletante et qui s’est resserrée dans les tout derniers jours : longtemps derrière la gauche, la majorité sortante de droite a réduit l’écart dans les sondages.
« Un tel retournement n’a jamais eu lieu si près d’un scrutin », assure le sondeur Torbjörn Sjöström, patron de l’institut Novus interrogé par Le Monde, qui date l’évolution des intentions de vote à la fin août. Pas de quoi empêcher Magdalena Andersson, la patronne des sociaux-démocrates au caractère bien trempé, d’espérer un retour au pouvoir après près de quatre ans à la tête de l’opposition.
« C’est désormais au peuple suédois de décider », a-t-elle déclaré aux journalistes, après avoir voté de bon matin, dans un gymnase de sa commune de Nacka, accompagnée de son mari. L’ancienne cheffe d’État a résumé l’alternative qu’elle présente aux électeurs depuis le début de la campagne : « Voulons-nous un gouvernement entièrement dominé par les Démocrates de Suède [SD, le parti d’extrême droite] », ou « voulons-nous un gouvernement dirigé par moi, qui conduira la Suède dans un nouvel esprit de coopération ? ».

STEFAN JERREVANG / TT News Agency via AFP
La sociale-démocrate Magdalena Andersson a voté ce dimanche 13 septembre, lors des élections législatives suédoise qui s’annoncent très, très serrées.
Un sondage donne 0,3 % d’écart entre la gauche et la droite
Déjà allié avec les Démocrates de Suède au Parlement, le Premier ministre Ulf Kristersson a promis de faire entrer la formation d’extrême droite dans son gouvernement en cas de victoire dimanche. L’objectif pour ce dirigeant de 62 ans ? Avoir quatre ans de plus pour « rendre à la Suède sa grandeur », a-t-il confié à l’AFP dans un clin d’œil à la célèbre formule de Donald Trump.
« Autrefois, nous étions surtout connus pour nos fusillades et nos meurtres quotidiens. Aujourd’hui, nous sommes reconnus pour nos entrepreneurs à la réussite fulgurante », a plaidé le conservateur, défendant son bilan de fermeté sur l’immigration et de lutte contre la criminalité. Deux axes majeurs de son mandat.
De longs mois durant, sa coalition gouvernementale, constituée en 2022 et alliée avec l’extrême droite au Parlement, était donnée perdante face au bloc de gauche. La campagne dominée par les questions de santé et de pouvoir d’achat semblait porter Magdalena Andersson tout droit vers le pouvoir, mais les enquêtes d’opinion les plus récentes donnent au Premier ministre sortant quelques raisons d’espérer.
Un sondage Ipsos commandé par le quotidien Dagens Nyheter plaçait ainsi les deux camps dans un mouchoir de poche : 49 % pour la droite, 49,3 % pour la gauche.
La fin de la Suède championne des droits humains ?
« Nous savions tous que cela allait être une élection très serrée, je l’ai toujours dit, c’est généralement comme ça que se déroulent les élections en Suède », a relativisé la sociale-démocrate Magdalena Andersson lors de son dernier meeting de campagne samedi.
Quelques jours après la victoire fracassante de l’extrême droite lors d’un scrutin régional en Allemagne, la perspective d’une entrée des Démocrates de Suède au gouvernement minerait l’image du pays scandinave, longtemps perçu comme le champion des droits humains, assurent des experts cités par le Guardian.
Auprès du quotidien britannique, le directeur juridique de Civil Rights Defenders, John Stauffer, se dit « préoccupé » à l’idée que le « gouvernement poursuive son objectif clair de réduire encore le nombre de personnes arrivant en Suède » ou « pouvant bénéficier d’une protection ».
Il craint aussi qu’un exécutif de droite, s’il était reconduit, ne fasse quitter la Suède au « plus grand nombre possible de personnes issues de l’immigration », que ce soit « volontairement » ou « de force ».
La droitisation de l’exécutif, coup de maître ou « erreur stratégique » ?
Les spécialistes cités par Le Monde notent toutefois que les partis de droite classique et du centre pourraient payer dans les urnes leur virage droitier et leur main tendue aux Démocrates de Suède. Annoncer dès mars qu’ils étaient prêts à leur confier un portefeuille ministériel, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent, a été une « erreur stratégique » du centre droit, estime le sondeur Torbjörn Sjöström dans les colonnes du journal du soir.
« Nous avons déjà gagné ! », a pour sa part assuré Jimmie Åkesson, patron des démocrates de Suède, face à ses partisans samedi soir. « La Suède est en train de devenir plus sûre, meilleure, plus suédoise », a martelé ce quadragénaire aux cheveux gominés, principal architecte de la dédiabolisation du parti d’extrême droite, aux racines néonazies, qui a su imposer une partie de son agenda et de ses obsessions.
Après avoir pesé depuis le Parlement, il réclame une flopée de postes ministériels en cas de victoire de la droite. Les bureaux de vote ferment à 20 heures, heure à laquelle sont attendus deux sondages à la sortie des urnes. La participation est traditionnellement très élevée dans le pays nordique de 10,6 millions d’habitants.