Les États-Unis en manque d'armes ? Pourquoi l'armée s'inquiète
L'armée la plus puissante de la planète risque-t-elle une rupture de stock ? La question est de nouveau évoquée par plusieurs médias américains. CNN ou encore le New York Times, lundi 27 juillet, établissent un lien entre la diminution des stocks de missiles intercepteurs Patriot et d'autres munitions de défense aérienne avec l'accalmie des frappes américaines en Iran. Quasi quotidiennes depuis près de deux semaines, elles ont cessé samedi 25 juillet.
Lundi, Donald Trump a balayé toute inquiétude sur la possibilité d'une pénurie de munitions pour l'armée américaine : la désescalade serait privilégiée pour laisser "de la place à la diplomatie".
Jusqu'à quatre ans pour renouveler les stocks
Pourtant, vendredi, loin des caméras, le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées, a averti qu'une reprise des hostilités contre l'Iran "épuiserait dangereusement les intercepteurs disponibles dans la région". Ses propos ont été relayés par le New York Times.
Dans le détail, l'inquiétude porte sur deux catégories. On y trouve des munitions offensives, comme les missiles de croisière Tomahawk, mais aussi des intercepteurs de défense, à l'image des Patriot et THAAD qui protègent les installations militaires américaines dans les pays du Golfe.
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Et "nous avons une idée assez précise des stocks, et des délais de recomplètement des stocks", explique Michel Yakovleff, ancien général à l'Otan et professeur à Sciences-Po, lors d'un entretien accordé à France 24 mardi 28 juillet.
"La grande inquiétude, c'est qu'en termes de missiles de défense sol-air, les Américains auraient consommé, selon le type de missiles, d'un quart à trois quarts de leurs stocks. Quant aux taux de renouvellement, il faut — selon les missiles encore — entre un an et quatre ans pour reconstituer le stock d'avant-guerre (…) D'où une très grosse inquiétude chez les militaires américains, et ce depuis le début des frappes, en voyant le débit auquel partaient leurs missiles."
Que pourrait l'Amérique de demain face à la Chine ?
Un débit de 850 Tomahawk sur les trente premiers jours de conflit a été constaté par le Center for Strategic and International Studies (CSIS), cercle de réflexion géopolitique basé à Washington. Fin avril, les États-Unis avaient épuisé un tiers de ceux prêts à l'emploi. C'est beaucoup, eu égard au coût d'un missile - deux millions d'euros - et à la durée de fabrication : deux ans.
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Toujours selon le think tank, depuis le début de la "troisième guerre du Golfe" fin février, les États-Unis avaient déjà consommé en avril près de la moitié de leur stock de munitions clés, comme les Patriot ou les THAAD.
Et cette diminution des stocks de munitions "fait peser un risque à court terme", s'inquiétait le CSIS : "Une guerre contre un adversaire de même envergure comme la Chine entraînerait une consommation de munitions bien plus importante que lors du conflit actuel. Les stocks d'avant-guerre étaient déjà insuffisants ; leur niveau actuel limitera les opérations américaines en cas de conflit futur."
Pénuries américaines, alliés à la peine ?
Par son budget, son volume de production et ses technologies, l'industrie de défense américaine domine le monde. Elle alimente même la machine de guerre de ses alliés. Tel Israël, premier récipiendaire d'aide militaire américaine au monde. Et l'État hébreu — malgré ses importantes capacités de production d'armement — pourrait aussi "être affecté", s'inquiète le site d'information israélien Ynet.
Les membres européens de l'Otan dépendent des États-Unis pour environ 58 % de leurs importations d'armes, selon les données de référence de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
D'autres clients devront patienter, note Michel Yakovleff : les Japonais, qui ont commandé 400 missiles de croisière Tomahawk pour environ 2,3 milliards de dollars, "seront peut-être livrés qu'en 2030" ; de même la Suisse, qui a acheté cinq batteries de missiles sol-air Patriot pour un montant d'environ 2 milliards de francs suisses, "au mieux en 2029".
"L'Ukraine ne compte plus sur l'Amérique"
"On a beaucoup de munitions", a déclaré, lundi, le président américain à la presse à bord d'Air Force One, avant d'ajouter : "J'aimerais en avoir plus, pour être honnête, mais on a tellement donné à l'Ukraine". "Les Américains ont arrêté de protéger l'Ukraine", objecte Michel Yakovleff. Washington a livré un total de 600 missiles Patriot, mais ils ont arrêté il y a un an (…) L'Ukraine ne compte plus sur l'Amérique."
L'Europe peut-elle s'engouffrer dans le vide laissé par l'Amérique ? Oui, sur le plan technique, répond Michel Yakovleff : "Les Européens fabriquent de très bons missiles de défense anti-aérienne, y compris antimissile." Et "le SAMP/T (système franco-italien sol-air moyenne portée/terrestre, NDLR) intercepte même mieux que le Patriot PAC-3", précise le puriste. Mais l'Europe reste assurément "derrière les États-Unis en termes de capacité de production".
Face à ces armes onéreuses, une technologie bon marché a redéfini la guerre moderne — et échappe, elle, aux angoisses de stocks américains : le drone.
"Découvrir une puissance militaire considérable" en Europe
Qu'il s'agisse d'envoyer ces engins ou de les intercepter, "les champions toutes catégories sont les Ukrainiens, loin devant tout le monde, y compris les Américains", relève l'ancien général de l'Otan.
Un savoir-faire qui a déjà séduit trois pays ciblés par les drones iraniens : l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis. Tous trois ont scellé avec Kiev un accord ouvrant l'exportation de matériel d'interception de conception ukrainienne.
"Le Pentagone reconnaît le considérable retard américain sur l'Ukraine en matière de production de drones", s'enorgueillit The New Voice of Ukraine.
"Le jour où la guerre russo-ukrainienne s'arrêtera, promet l'ancien général, "nous découvrirons en Europe une puissance industrielle et militaire considérable" — et "les Ukrainiens vont inonder le marché des drones".