"Les gens avaient peur de parler" : harcèlement moral et sexuel présumé au Toit de Gascogne... le directeur général dans la tourmente après de graves accusations
l'essentiel EXCLUSIF. À Auch, le directeur général du Toit de Gascogne, bailleur social, est au cœur d'une enquête pour des faits présumés de harcèlement moral et sexuel, étayée par un rapport accablant rendu le 15 juillet. Sur trente-quatre salariés auditionnés dans le cadre d'une enquête interne, un tiers évoque des faits de harcèlement. Un conseil d'administration s'est réuni le 31 juillet pour envisager des mesures disciplinaires.
Harcèlement moral, sexuel, violence, omerta : c’est une affaire d’une certaine gravité qui secoue la ville d’Auch. Des faits longtemps passés sous silence. L’historique bailleur social du Gers, le Toit de Gascogne, voit son directeur général, Serge Campagnolle, dans la tourmente.
Suite à des signalements répétés, une enquête a été menée auprès de 34 anciens et actuels salariés. Elle révèle un climat de travail délétère et des pratiques managériales qui seraient abusives.
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Récemment, un rapport a été rendu. Selon nos informations, il vient de conclure à l'existence présumée de pratiques de harcèlement moral et sexuel au sein de l'établissement. Une plainte a également été déposée contre le directeur.
Des témoignages accablants
Une ancienne salariée revient sur des années d'immersion au cœur d'une entreprise qui aurait été, au fil du temps, une véritable machine d'intimidation.
"À mon arrivée, j’avais l’image d’un directeur visionnaire, intelligent. C'était quelqu'un pour qui on avait envie de travailler. Mais après quelques mois, une ambiance pesante s'est installée. Les gens avaient peur de parler", explique-t-elle.
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Ce qui suivra confirmera cette première intuition : "Le management fonctionnait sur la base de la terreur, de l'intimidation, de la pression permanente. C'est du harcèlement moral que j'ai subi pendant des années."
L'enquête dont nous avons eu connaissance accable le directeur, bien connu dans le département gersois. Un cabinet d'avocats toulousain indépendant mandaté pour diriger cette enquête interne a procédé à l'audition de 34 personnes de la structure. Selon nos informations, c'est Me Jérôme Messant, avocat enquêteur spécialiste en droit du travail qui a mené ces investigations.
Plus d'une trentaine d'auditions
Le rapport final, rendu le 15 juillet dernier, ne laisse place à aucune ambiguïté : le harcèlement moral et sexuel serait systémique, étayé et documenté.
Parmi les 34 témoins auditionnés, la majorité est constituée de femmes. Un tiers d'entre elles rapportent des expériences similaires de harcèlement moral sur de longues périodes. Concernant le harcèlement sexuel, un rapport le confirme de façon "sans équivoque".
"On a été très nombreuses à subir du harcèlement moral. C'est une certitude. Quant au harcèlement sexuel, c'est maintenant établi", confirme une salariée.
Plusieurs rapportent avoir été la cible d’intimidation, de menaces. "Quand il n’était pas là, on pouvait se dire que c’est une occasion de souffler, mais non. On subissait quand même."
Des signalements depuis longtemps ignorés
Ce qui complique davantage l'affaire : la situation n'a pas émergé du jour au lendemain. Depuis plusieurs années, des salariés avaient tenté d'alerter les autorités compétentes. La médecine du travail et l'inspection du travail auraient reçu, à plusieurs reprises, des signalements.
Les résultats ? Mitigés, selon cette même source. "La médecine du travail a vraiment essayé de faire son travail, mais elle a également été menacée. Elle a lâché prise. L'inspection du travail, quant à elle, ne s'est jamais saisie sérieusement de l'affaire."
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Une forme d’omerta se serait abattue sur la structure. D’un côté, les proches du directeur auraient fermé les yeux sur ces signalements. D’un autre côté, des victimes se disent terrorisées à l'idée de prendre la parole, par peur des représailles. Aujourd’hui, certaines d’entre elles ont décidé de témoigner, anonymement. "Il faut que le monde sache ce qu’il se passe, les violences qu’on subit", confie une source.
Un harcèlement qui touche la santé des salariés, à tel point que des arrêts de travail ont été demandés.
Une mise à pied réclamée mais le directeur reste en poste
L'affaire bascule depuis ce vendredi 31 juillet. Un conseil d'administration extraordinaire s’est réuni pour examiner le rapport d'enquête et décider des mesures disciplinaires. "La priorité, c’est de protéger l’image de la structure, de protéger les salariés et de laisser la justice faire son travail", commente un membre du conseil d’administration devant la porte du siège du Toit de Gascogne.
Face à lui, plusieurs membres du syndicat de la CGT se sont réunis. Des tracts ont été distribués aux salariés. "Le respect n’est pas une option, c’est un droit", peut-on lire dessus. Si la plupart des salariés et membres du conseil ont accepté le tract, d’autres se sont montrés plus hésitants voire virulents : "Vous venez foutre le bordel encore ? Cassez-vous !", a lancé une membre du conseil envers les syndicalistes.
À 10 h 30, heure de début du conseil, impossible de prédire l’issue exacte de ces discussions, mais il est clair que la direction devait répondre des accusations extrêmement graves qui pèsent sur elle.
Selon les informations à notre disposition, le directeur a demandé à ce qu’un droit de réponse soit inscrit à l’ordre du jour. Mais, ce matin, la chaise du principal concerné était vide. Le mis en cause reste présumé innocent et c’est à la justice de se prononcer désormais après le dépôt de plainte de l’une des salariées.
Dans les couloirs, à la veille de cette très attendue réunion exceptionnelle, beaucoup espéraient une mise à pied du directeur. "Les membres du conseil d’administration ont la responsabilité de protéger les salariées. On ne peut pas travailler dans ces conditions", souffle-t-on.
À l'issue, le Conseil d'administration a décidé de maintenir le directeur dans ses fonctions, sans ses prérogatives de relations humaines qui seront transférées à un directeur adjoint nommé ce vendredi. Selon nos informations, le rapport d'enquête interne n'aurait pas été transmis dans sa totalité aux membres du conseil. Situation qui interroge...
"Le Conseil d’Administration n’a pas pris la mesure de la gravité des faits", commente le syndicat qui annonce avoir saisi la procureure de la République. "Nous exigeons dans les plus brefs délais la transmission de l’intégralité des documents aux administrateurs et la tenue d’un nouveau Conseil d’Administration extraordinaire."
Contacté par La Dépêche du Midi, Serge Campagnolle n'a pas souhaité réagir pour l'heure.