L’Asie en mouvement - Les librairies indépendantes sont-elles en voie de disparition à Hong Kong?

L’Asie en mouvement - Les librairies indépendantes sont-elles en voie de disparition à Hong Kong?

Elles comptent parmi les derniers remparts pour la liberté d’expression à Hong Kong. Depuis le début de l’année 2026, les librairies indépendantes font l’objet de perquisitions, leurs propriétaires et employés sont arrêtés et les ouvrages saisis, à la faveur d’un arsenal législatif répressif imposé par Pékin depuis quelques années. Ces espaces finissent par plier sous le poids de la censure.

Greenfield ferme ses portes. Cette librairie indépendante était une institution nichée dans le quartier animé de Mong Kok à Hong Kong depuis 1976. Il y a deux semaines, elle avait été perquisitionnée, la police a saisi ses livres et menotté ses libraires.

En mars, des perquisitions avaient eu lieu chez Book Punch. Et, en juin, le couple propriétaire de la librairie Hunter avait été arrêté, apparemment pour avoir dans ses rayons la biographie de Jimmy Lai, magnat de la presse emprisonné et figure emblématique du mouvement prodémocratie.

L’un après l’autre, ces établissements finissent par mettre la clef sous la porte. Elmbook, banni de la foire du livre de Hong Kong cette année, cessera son activité en avril. Pour la librairie Have a Nice Stay, ce sera le 30 août prochain. Elle avait été fondée en 2022 par d’anciens journalistes, qui invoquent des pertes financières mais surtout des « lignes rouges difficiles à cerner ».

Ce sont au total une dizaine de libraires qui ont été détenus – souvent libérés sous caution –, tous accusés de vendre des publications à contenu séditieux. Ils risquent jusqu’à sept ans de prison.

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L’infraction de sédition 

Depuis 2019 et les manifestations prodémocratie, une série de textes législatifs est venue donner un tour de vis à la censure.

Les actes « séditieux » sont mentionnés dans l’article 23 de la loi de Hong Kong, promulguée en 2024 pour blinder la législation sur « la sécurité nationale ». On y a réintroduit cette infraction qui datait de l’époque coloniale. Dès lors, la « sédition » est punie même s’il n’y a pas d’incitation à la violence. Alors que la sédition est stricto sensu un appel à des actes d’émeute. Cette loi fourre-tout ouvre donc la voie à criminaliser toute parole critique.

Pour les clients, ces espaces sont irremplaçables, puisqu’on y trouvait des ouvrages politiques et sociaux qui sont – de fait – absents des rayons des grandes enseignes, mais aussi des bibliothèques scolaires ou publiques, puisque les autorités les ont vidées de titres comme 1984 de George Orwell.

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La fin des « champs verdoyants » ?

Des internautes hongkongais ont même cartographié la liste des derniers établissements, parmi les rares lieux jusque-là consacrés au débat d’idées.

Sur Instagram, un utilisateur réagissait à la fermeture de Greenfield en se demandant : « Où fleuriront les fleurs s’il n’y a plus de champs verdoyants ? », une référence à un ouvrage saisi par la police intitulé Ne laisser fleurir que les fleurs rouges : identité et appartenance dans la Chine de Xi Jinping, publié par la journaliste multiprimée Emily Feng.

Ce vendredi 31 juillet ont également eu lieu les funérailles d’une figure de la dissidence hongkongaise, celles du libraire Lam Wing-kee, considéré comme un héros par les manifestants.

Il est décédé début juillet à Taïwan des suites d’un cancer. Il avait été appréhendé en 2015 par la Chine, qui l’a ensuite renvoyé à Hong Kong – forcé de récupérer un disque dur avec les données de tous ses clients. Ce qu’il a refusé de faire. Le libraire s’est exilé par la suite à Taipei, où il a rouvert une librairie. Il n’a jamais revu sa ville natale.

Avec la mort de Lam Wing-kee, les arrestations, les saisies de livres et les fermetures en série, c’est tout un écosystème qui s’éteint à petit feu à Hong Kong.

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