"Les Russes se réjouissent" : Zelensky empêtré dans une crise politique en Ukraine après le limogeage de son populaire ministre de la Défense
Alros que les têtes tombent autour du président ukrainien, sa décision de remanier le gouvernement a entraîné, jeudi, des manifestations dans plusieurs villes du pays, un fait rarissime en pleine guerre.
L’Ukraine fait face à une crise politique inédite. Le Parlement ukrainien a désigné, jeudi, Sergii Koretsky, jusqu’alors directeur général de Naftogaz, au poste de Premier ministre dans un climat de défiance à l’égard de Volodymyr Zelensky, auquel la population reproche d’avoir évincé le populaire ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov.
Fait rarissime, la décision du président ukrainien de remanier l’équipe gouvernementale a entraîné, jeudi, des manifestations dans plusieurs villes du pays.
À Kiev, la capitale, un millier de personnes ont défilé aux cris de "Honte !" pour demander la réintégration du ministre de la Défense, un spécialiste des nouvelles technologies de 35 ans qui entendait moderniser l’armée et lutter contre la corruption. Sur des pancartes, on pouvait lire "Pourquoi ?" ou "Les Russes se réjouissent".
"Il a travaillé à diviser le pays"
Ievheni Khmara, chef du service de sécurité d’Ukraine (le SBU), un expert du renseignement, a été choisi pour lui succéder comme ministre par intérim. Mais les manifestants reprochent à Volodymyr Zelensky d’avoir écarté le populaire ministre réformateur de 35 ans, qui entendait moderniser l’armée du pays.
Mykhaïlo Fedorov a expliqué à des journalistes qu’il avait décliné une offre de Volodymyr Zelensky de devenir conseiller à la présidence.
L’ancien ministre de la Transformation numérique s’en est pris vivement au commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrskyi, qu’il a accusé d’avoir entravé sa mission. "Au lieu de travailler à la manière de vaincre la Russie, […] il a travaillé à diviser le pays", a-t-il déclaré, vêtu de ses traditionnels jeans et T-shirt.
L’agacement de Zelensky
En fonction depuis 2024, le général Oleksandr Syrskyi, 60 ans, est critiqué pour sa rigidité tactique et hiérarchique qui serait à l’origine de pertes humaines importantes sur le terrain, selon des soldats. À Kiev, des manifestants ont exigé le limogeage de l’officier.
Pavlo Yelizarov, commandant en second de l’armée de l’air ukrainienne et figure de proue de la guerre des drones, a annoncé, lui, dans la foulée, sa démission, en réaction au limogeage de Mykhailo Fedorov, qualifiant cette décision de "grand mal" pour la défense de l’Ukraine.
Qui a tué l’ingénieur de la centrale de Zaporijia ?
Volodymyr Zelensky, fragilisé par cette crise, a appelé, jeudi, à préserver "l’unité" du commandement militaire. "Le président n’est pas supposé prendre parti dans ce genre de situation en temps de guerre", a-t-il ajouté, visiblement énervé.
Le président ukrainien fait face, dans le même temps à une autre controverse. Kiev a démenti, jeudi, toute responsabilité dans la mort d’Alexandre Iakovlev, l’ingénieur en chef de la centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par l’armée russe dans le sud de l’Ukraine.
Un assassinat jugé "inacceptable" par l’Agence internationale de l’énergie atomique. Moscou accuse les forces ukrainiennes de l’avoir supprimé à l’aide d’un drone.