Leur bébé de 17 jours avait été tué dans un accident sur l’A9 : l’attente du procès en appel et un projet d’association pour les parents de Talia
Le 5 juillet 2021, un couple originaire d’Oullins près de Lyon, et leur petite fille de 17 jours, Talia, étaient violemment percutés sur l’autoroute A9, à hauteur de Loupian, par un conducteur ivre. Le bébé avait succombé à ses blessures. En février 2025, le chauffard a été condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier à quatre ans de prison dont deux avec sursis. Une peine dont le procureur de la République a fait appel. Le père de Talia décrit son quotidien, entre le combat qu’il mène avec sa compagne en mémoire de leur fille, et ses soins médicaux.
Pour Cédric Barboyon et sa compagne, les vacances dans l’Hérault restent marquées à jamais par le drame qui a fait basculer leur vie, le 5 juillet 2021, à hauteur de Loupian, sur l’autoroute A9. "Pour venir dans notre résidence secondaire au Cap d’Agde, on ne prend plus du tout l’autoroute. Trop dangereux, trop rapide, trop d’angoisse". Il y a cinq ans, c’est en effectuant ce trajet que le couple originaire d’Oullins, près de Lyon, était percuté de plein fouet par un chauffard ivre. Leur bébé de 17 jours, Talia, était décédé des suites de ses blessures.
Quatre ans de prison, dont deux avec sursis
En février 2025, le conducteur a été jugé par le tribunal correctionnel de Montpellier. La procureure avait requis cinq ans de prison avec mandat de dépôt. Ce sont finalement quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, qui ont été prononcés. L’étudiant originaire de Bagnols-sur-Cèze, qui avait déjà passé plusieurs mois en détention provisoire à la suite des faits, n’est pas retourné en prison. "Il est arrivé libre, il est reparti libre", observe amèrement Cédric Barboyon. Le parquet a décidé de faire appel de cette condamnation, ouvrant la voie à un second procès dont la date n’est pas encore fixée.
Il y a quelques jours, le père de Talia était de passage à Montpellier dans le cadre de son suivi médical au CHU, suite à la grave blessure au bras qu’il a subie dans l’accident. Quinze vis, deux plaques en titane à l’humérus : "Le chirurgien me voit tous les ans pour juger de la nécessité, ou non, d’une seconde opération". Des séquelles physiques, doublées de difficultés de concentration, qui ont conduit le père de famille à être placé dernièrement en invalidité.
"Nous devons avoir la santé pour combattre et rendre justice à Talia"
Cédric Barboyon décrit un quotidien, toujours largement occupé par les rendez-vous médicaux, "pour mes douleurs dans la tête (il a subi un traumatisme crânien, NDLR) et dans le corps". "On est en prison car on est dans les procédures médicales et pénales. Chaque fois que je vais en consultation, je dois me procurer un justificatif, pour l’évaluation de mon préjudice au civil. Ma compagne, elle, a terminé cette procédure. Ce qui m’aide à tenir, c’est de prendre soin de moi, et que ma femme prenne soin d’elle. Nous devons avoir la santé pour pouvoir combattre et rendre justice à Talia. On sera bien présents au second procès, pour faire entendre notre voix aux juges".
Le temps judiciaire apparaît cependant très long aux parents de Talia. "On se demande combien de temps cela va durer. Mes arrière grands-parents qui ont plus de 85 ans, et même ma mère qui a 70 ans, se demandent si elles verront l’issue de cette procédure. Mais on veut aller jusqu’au bout, et à la fin on pourra dire si la justice est vraiment juste". Stéphanie, la maman, se dit pessimiste quant à ce nouveau rendez-vous devant la justice. "Je me demande ce qu’il va se passer lors de ce procès en appel. Moi, je n’y crois pas. Je n’ai pas d’espoir, mais je serai là".
Un projet d’association pour faire évoluer la loi
L’autre combat de Cédric Barboyon, aujourd’hui, c’est de faire évoluer la loi vis-à-vis des auteurs de ce type d’accident. Il est sur le point de créer une association en mémoire de sa fille (lire encadré), et évoque l’action menée dernièrement par le chef Yannick Alléno, dont le fils a été tué par un chauffard à Paris en mai 2022. "Il a réussi à faire bouger les choses en très peu de temps. Si on se met tous ensemble, on peut arriver à quelque chose". La loi du 9 juillet 2025 a créé l’infraction d’homicide routier, qui qualifie un comportement dangereux ayant causé la mort sans intention de la donner.
"Il faut durcir la loi. Il est inacceptable de pouvoir tuer quelqu’un avec une voiture"
"D’ici la fin 2026, j’aurai créé une association pour ma fille", annonce Cédric Barboyon. "Je serai entouré dans ce projet par ma femme, ma mère, ma tante et mes amis proches. L’Institut pour la justice (association créée en 2017 pour "promouvoir une justice plus protectrice des citoyens et plus équitable pour les victimes", NDLR) va nous soutenir afin d’avoir un maximum de visibilité. Nous voulons avoir le maximum de personnes dans la salle du tribunal lors du procès en appel. Selon moi, il faut durcir la loi. Il est inacceptable de pouvoir tuer quelqu’un avec une voiture. Avec cette association, nous voulons aussi sensibiliser les adolescents, en tant que futurs adultes conducteurs, à la prise d’alcool et de drogue. Faire en sorte qu’ils comprennent que dans ces situations, on ne peut pas prendre de véhicule".