Licenciement, qualification européenne et trahison : qu'est-il arrivé aux coachs du Standard qui, comme Vincent Euvrard, ont enchaîné 4 défaites ?
Le calendrier footballistique est à ce point dense qu'un entraîneur peut signer son match référence et se retrouver sur la sellette en seulement un mois et demi. Depuis son succès, séduisant, face à l'Antwerp, Vincent Euvrard a aligné quatre défaites, et se retrouve dans l'obligation de gagner contre Courtrai, ce samedi, pour éloigner toute menace de licenciement.
Le technicien flandrien n'est pas le premier coach à enregistrer une telle série noire en bord de Meuse. Six l'ont précédé, avec des fortunes diverses. Nous avons fouillé les archives pour analyser le sort qui leur avait été réservé à l'époque, sans tenir compte des quatre revers enregistrés par Ivan Leko durant les Europe Playoffs en 2024, car la défaite contre Westerlo était en réalité un forfait provoqué par les fans liégeois.
Celui qui a plié bagage : Philippe Montanier
Philippe Montanier avait parfaitement entamé son mandat, avec cinq victoires lors des huit premières journées de championnat et une qualification pour la phase de groupes de l'Europa League. Loué pour ses qualités humaines, le coach français avait également séduit par son football positif et efficace. Son étoile a commencé à pâlir au début de l'automne, notamment à la suite d'une prestation catastrophique sur la pelouse de Saint-Trond.
Son manque d'autorité vis-à-vis du groupe et des relations tendues avec certains membres du staff avaient cassé la belle dynamique, au point de provoquer la cassure juste avant la trêve hivernale. Deux revers à Gand et Courtrai avaient été suivis par une désillusion contre Mouscron, lanterne rouge, à Sclessin (0-1). Une réunion de crise avait, alors, été organisée pour essayer de dégager des pistes de solution. "Mes dirigeants m'ont dit que leur opinion à mon égard n'avait pas changé car ils voyaient le travail accompli au quotidien. On m'avait dit, à mon arrivée, que les Liégeois avaient de vraies valeurs humaines", disait-il avant la réception de Saint-Trond, dix-huitième et dernier du général.

Deux jours et une humiliation contre les Trudonnaires (1-2) plus tard, son contrat était immédiatement rompu. Le bilan de quatre défaites consécutives n'était plus tenable pour un entraîneur "très fort humainement", comme le précisait Alexandre Grosjean, le directeur général liégeois.
Celui qui aurait dû être viré : Ron Jans
Ron Jans avait réalisé tous les efforts nécessaires pour charmer son audience. Son sourire constant, malgré une défaite (Zulte Waregem) et un nul (Lierse) pour ses débuts officiels, et sa volonté de communiquer en français, au point de parfois brouiller son message, avaient été positivement accueillis, tout comme les trois succès, avec douze buts inscrits, qui avaient suivi.
guillementPersonne ne voulait que Ron Jans soit limogé par le président.
L'équilibre était toutefois fragile, et les attentes trop hautes à cause des millions dépensés pour attirer Astrit Ajdarevic et Frédéric Bulot. Le premier revers, à Bruges, a cassé la dynamique, et provoqué les défaites au Beerschot, contre Gand et à Courtrai. La position du technicien néerlandais était déjà remise en question, mais une victoire dans un Clasico bouillant grâce à un doublé de Bulot lui offrait un petit peu de répit. Une semaine, pas plus. L'humiliation à Mons était celle de trop aux yeux de Roland Duchâtelet, pas content de voir son club végéter à la douzième place du classement.
Ron Jans ne semblait pas avoir la carrure pour dompter un club aussi chaud que le Standard, même si ses joueurs pensaient le contraire. Trois jours après son licenciement, Jelle Van Damme, Réginal Goreux, Laurent Ciman et Sébastien Pocognoli s'adressaient à la presse pour exprimer leur incompréhension face à la décision de la direction. "Personne ne voulait qu'il parte. C'était un entraîneur attachant qui a tout fait pour réussir", disait le défenseur farciennois.

Celui qui ne l'avait pas vu venir : Michel Preud'homme
En 2019, Michel Preud'homme avait parfaitement entamé ses Champions Playoffs, avec trois victoires lors des quatre premières journées. La possibilité d'un nouveau "Standard champion" avec MPH à la baguette faisait vibrer Sclessin au moment d'accueillir le leader, Genk. Un but et un assist de Léandro Trossard avaient rapidement douché les espoirs liégeois (1-3) et condamné le club à "simplement" lutter pour une place européenne. "C'est toujours pareil avec vous. Un succès et on nous voit champion ; une défaite et on peut à peine viser le podium", s'agaçait Michel Preud'homme face à la presse.
Série négative, phases arrêtées et avenir d'Euvrard, le capitaine Marlon Fossey prend la parole : "Je préfère jouer qu'être à la place de Wilmots"Cette déception avait tout de même cassé l'élan. Brisé l'espoir. Deux revers à l'Antwerp et Anderlecht avaient été suivis par une nouvelle contre-performance contre Gand, à cause d'un but à la dernière seconde de Jonathan David (2-3) et malgré un changement de système tactique. "Je ne peux faire aucun reproche sur la mentalité de mes joueurs, mais nous avons manqué de rigueur défensive."
Un discours qui ressemble furieusement à celui de Vincent Euvrard. MPH avait finalement redressé la barre en prenant quatre points contre Bruges et Genk pour décrocher la troisième place finale.

Ceux qui ont dégusté : Muslin, Deflandre et Ferrera
Bruno Venanzi était sur le point de succéder à Roland Duchâtelet à la tête du club après un début de championnat en dents de scie, notamment marqué par une élimination dans les tours préliminaires de l'Europa League contre Molde.
Slavo Muslin entamait la série noire par un revers à Ostende le 23 août 2015. Les méthodes archaïques et l'autorité débordante du technicien serbe avaient rapidement lassé le groupe, au point qu'une rumeur de bagarre avec Mujangi-Bia perce les murs de l'Académie. "Il avait commis un écart et s'était énervé mais nous ne nous étions pas battus", nous racontait-il l'année dernière.

guillementC'est faux, je ne me suis pas battu avec Mujangi-Bia.
La nouvelle direction sportive se retrouvait face à son premier défi : trouver un entraîneur rapidement performant. En attendant de trouver la perle rare, Eric Deflandre était obligé d'assurer l'intérim à Bruges. Une catastrophe (7-1). "J'avais senti des joueurs très motivés mais malheureusement tout ce qu'on avait mis au point ces dernières heures n'a pas été appliqué pendant le match."

Tout juste nommé, Yannick Ferrera entamait son mandat par deux défaites, contre Lokeren et à Gand, avant de gagner la Coupe de Belgique quelques mois plus tard.

Celui qui a été saboté en interne : Jean Thissen
La filière croate n'avait pas trouvé la bonne énergie pour lancer la saison liégeoise en 1999. Tomislav Ivic n'avait pas résisté aux quatre défaites signées lors des six premières journées, tout comme Zeljko Mijac, évincé durant la trêve hivernale. Lucien D'Onofrio décidait de nommer un duo inattendu pour redresser la barre : Jean Thissen et Henri Depireux. La suite lui donnait raison avec dix victoires de rang en championnat et une deuxième place au classement général.
En interne, pourtant, l'ambiance n'est plus au bon fixe. Les deux coachs n'étaient plus capables de communiquer, Thissen reprochant à Depireux de le trahir dès qu'il avait le dos tourné. "Un jour, Jean n'a pu donner l'entraînement à cause d'une obligation privée. Henri l'a remplacé et a dit aux joueurs de faire exactement l'inverse de ce que le coach principal leur demandait. Plus personne ne comprenait rien", nous dit un acteur de l'époque.
guillementDepireux a commencé à contredire Thissen quand il avait le dos tourné.
Le trente sur trente était suivi par cinq défaites consécutives, finissant, deux semaines plus tard, par provoquer le licenciement de Thissen et le retour, raté, de Tomislav Ivic. "Cette décision m'a tellement choqué que j'ai été hospitalisé, quelques jours plus tard, pour une pierre au rein."

Ceux qui ne savaient plus quoi faire : Robert Waseige et Dominique D'Onofrio
Auréolé d'un huitième de finale de Coupe du monde 2022 presque gagné contre le Brésil, Robert Waseige espérait clôturer sa carrière en beauté sur le banc du Standard. Résultat : un limogeage au bout de la cinquième journée, après trois revers consécutifs.
Dominique D'Onofrio, son adjoint, prenait le relais pour le déplacement au Lierse, qui se soldait par un nouvel échec (2-0), le quatrième de rang. "Même à l'entraînement, on peut sentir le doute qui habite l'équipe. Moi, en compagnie de Christian Piot et Guy Namurois, je ne peux qu'essayer de leur insuffler au jour le jour mon enthousiasme, mais nous ne sommes pas des magiciens. Tant qu'on ne recollera pas au ventre mou du classement, la pression existera, car notre position actuelle n'est tout simplement pas digne d'un club comme le Standard."
Malgré une décevante septième place finale, l'intérim du regretté Dominique D'Onofrio se terminera par un contrat d'entraîneur principal.

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