Lycées bloqués : la mobilisation se poursuit à travers la France après une journée sous tension
Le mouvement de blocage des lycéens et des étudiants, qui s'est enflammé, jeudi 1er octobre, dans plusieurs grandes villes de France, devrait se poursuivre vendredi, le gouvernement espérant l'apaisement après avoir condamné des "violences urbaines".
Tous les préfets ont pris jeudi soir des arrêtés d'interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés ce jour-là, en réponse à un mouvement de blocage des établissements émaillé de violences, a appris l'AFP auprès du ministère de l'Intérieur.
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Ainsi le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a interdit les rassemblements aux abords de 13 lycées parisiens fermés vendredi, dont les noms ont été énumérés dans l'arrêté. Dans tous les départements, la même consigne a été donnée, a-t-on ajouté au ministère de l'Intérieur.
Près de 2 000 personnes ont été interpellées jeudi en France, a annoncé le ministère de l'Intérieur, lors de l'acte II de ce mouvement de la jeunesse, qui réclame davantage de moyens pour l'Éducation nationale.
Une "manœuvre organisée par LFI"
Le ministre Laurent Nuñez, qui a réuni jeudi soir les préfets, directeurs de la police et de la gendarmerie et responsables des services de renseignement, a dénoncé "une aggravation de la situation qui n'a plus rien de l'expression légitime de revendications lycéennes mais présente désormais toutes les caractéristiques d'une situation de violences urbaines".
Selon les services du Premier ministre, ce serait une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche". Suite à ces accusations, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a reproché à Matignon de "sombrer dans le complotisme".
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a jugé de son côté que "le mouvement lycéen est pris en otage par des groupuscules ultra-violents".
Face à cette situation, il a annoncé que le gouvernement renonçait à faire payer des frais d'inscription en BTS ou en classe prépa, mesure inscrite dans le projet de budget 2027 présenté le matin même et fustigée par la gauche et plusieurs syndicats.
"Le gouvernement provoque la jeunesse étudiante", avait notamment réagi sur X le leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle, après l'annonce de ce projet.
Des cours à distance
Édouard Geffray a aussi annoncé qu'il recevrait vendredi les organisations syndicales représentatives des personnels, les associations de parents d'élèves, les associations lycéennes et les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
Son "objectif", a-t-il précisé sur X : "Faire de ces échanges des avancées concrètes au service des élèves, des personnels et de l'École".
Quarante proviseurs ont été blessés depuis le début du mouvement de blocage des lycées, a annoncé vendredi le ministre de l'Éducation Edouard Geffray.
"À ce stade, on a eu 65 personnels blessés, 40 proviseurs parmi eux. Quarante quand même", a déclaré le ministre sur BFMTV, sans entrer dans le détail des blessures les concernant.
Celui-ci a demandé vendredi de l'aide aux parents car "dans la rue, les enfants sont en danger".
"Les parents, très clairement doivent se mobiliser et dire à leurs enfants de ne pas aller" dans les blocages, a-t-il enjoint sur BFMTV. "Maintenant ce qui compte c'est de faire en sorte que nos enfants ne soient plus dans la rue parce qu'ils sont en danger".
Vendredi, de nombreux lycées ont déjà prévu d'assurer les cours à distance, notamment à Marseille.
Au total jeudi, "1 027 établissements", sur environ 3 700 lycées en France, "ont été concernés par le mouvement lycéen, dont 222 blocages", selon le ministère de l'Intérieur. Les étudiants ont rejoint le mouvement, avec une trentaine de campus bloqués.
A l'échelle nationale, plus de 400 lycées restaient fermés vendredi, selon le ministre de l'Education nationale.
Les organisations appellent à une poursuite du mouvement, avant une grande manifestation attendue mardi.
"C'est aussi un problème de parents"
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants lors du mouvement de blocage des lycées, afin de leur faire "payer les réparations", a-t-il dit vendredi sur RTL.
"C'est pas le mineur qui paye, c'est les parents, aujourd'hui c'est aussi un problème de parents", a résumé le ministre au lendemain de sa réunion avec les procureurs généraux, jugeant cette réponse "bien plus utile que l'enfermement".
"Les parents doivent avoir leur responsabilité de parents. Que font des gamins de 15-16 ans à attaquer des abribus ou leur chef d'établissement ?", s'est-il interrogé.
"Lorsqu'on détruit des lycées, lorsqu'on s'attaque à des abribus, lorsqu'on attaque des transports, on demande la responsabilité civile des parents désormais", a-t-il insisté, avant d'"espérer" que "les magistrats du siège confirmeront" ce que demanderont les procureurs.
Depuis le début du mouvement, environ 2 000 personnes ont été placées en garde à vue "dont 90 % de mineurs", tandis qu'un tiers des interpellés l'ont été pour des violences commises contre les personnes, a détaillé Gérald Darmanin. Il a fustigé une "minorité agissante et violente (...), dont on n'est pas tout à fait certain qu'ils soient d'ailleurs des lycéens".
"On est passé de manifestations de lycéens" à une question "d'ordre public', a ajouté Gérald Darmanin qui a confessé craindre "des violences urbaines" vendredi soir, ce week-end et lors de la journée de mobilisation nationale de mardi.
Gérald Darmanin s'en est par ailleurs de nouveau pris aux responsables de LFI, accusés de vouloir récupérer le mouvement lycéen et d'attiser la violence. Il a qualifié Manuel Bompard, le coordinateur du mouvement, d'être un "pompier-pyromane, comme M. Mélenchon", le candidat à la présidentielle qui a tenu des "propos extrêmement violents" avant de "changer de ton, trop tard".
Avec AFP