Macron et le pape, quelle est la bonne distance ?

Macron et le pape, quelle est la bonne distance ?

L’important, ce n’est pas le président, c’est la République qui doit être à la bonne distance.

Publié le jeudi 24 septembre 2026 à 07:42

Pour la visite papale la plus longue et la plus controversée de notre histoire, celle de Jean-Paul II en 1996, pour le 1500ᵉ anniversaire du baptême de Clovis, le chef de l’État de l’époque, Jacques Chirac, s’était tenu à distance : un seul tête-à-tête avec le pape, juste après son arrivée, à la préfecture de Tours. Et le président n’avait participé à aucune des cérémonies religieuses du séjour, comme Emmanuel Macron aujourd’hui. Mais la République d’il y a 30 ans avait été moins distante et plus généreuse : c’est à ses frais que les quatre jours de parcours et les trois grands rassemblements avaient été sécurisés. Les partis de gauche, les collectifs laïques avaient protesté contre ce mélange des genres, près de 10 000 antipapistes avaient défilé à Paris.

30 ans après, les choses sont plus claires

Cette fois, pas de polémique de cette nature, pas de trace d’antipapiste. Sauf à Metz, où le conseil municipal a débloqué 250 000 € pour les écrans géants qui retransmettront la messe. Mais la Moselle relève du régime concordataire, la loi de 1905 ne s’applique pas de la même façon.

Le paradoxe, c’est que la distance, c’est le Vatican qui l’a imposée, en refusant le format de la visite d’État avec garde républicaine à cheval, grand-croix de la Légion d’honneur et dîner d’apparat, que l’Élysée lui proposait, c’était le format habituel. En refusant aussi la déambulation qu’Emmanuel Macron souhaitait à Notre-Dame, pour montrer au pape la réhabilitation que la France a financée.

L’Église met de la distance, là où le président était en recherche de proximité. C’est pourtant le pape le plus froid, le moins tactile, avec lequel la relation personnelle reste à construire – Léon XIV – qui accorde à Emmanuel Macron ce que François, le pape le plus proche de lui – tutoiement, accolade, complicité apparente – lui avait toujours refusé : une visite à Paris.

Que dire de cette messe géante dans le cœur historique de la capitale ?

Ce qui surprend, c’est l’absence de débat sur le choix de la Concorde, place où fut dressée la guillotine révolutionnaire, dans une République qui a construit son récit fondateur contre le trône et l’autel. Cette fois, Emmanuel Macron s’en est directement mêlé, plus de distance. D’après le journal La Croix le président voulait l’événement le plus populaire possible.

La Concorde il est vrai, a déjà vu un pape : Jean-Paul II en 1980, pour un échange de discours avec Valéry Giscard d’Estaing… mais jamais encore une messe. Jamais l’Eucharistie elle-même, célébrée sur la chaussée. Et non pas dans un lieu clos, comme l’hippodrome de Longchamp, ni une esplanade -Invalides ou Champ de Mars. Ce qui en fait réellement une première, reconnait l’archevêque de Paris.

Commentaire acide d’un ancien ministre d’Emmanuel Macron connu pour son attachement à la laïcité : « C’est curieux, dit-il. Je croyais qu’on avait interdit les prières de rue ».

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