Malgré son inscription dans la Constitution, l'accès à l'IVG reste inégal et soumis à des pressions en France, selon le Planning familial

Malgré son inscription dans la Constitution, l'accès à l'IVG reste inégal et soumis à des pressions en France, selon le Planning familial

Malgré son inscription dans la Constitution, l'accès à l'IVG reste inégal et soumis à des pressions en France, selon le Planning familial

Publié aujourd'hui à 14h11

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Une manifestation pro-avortement à Paris, le 28 septembre 2022.

Une manifestation pro-avortement à Paris, le 28 septembre 2022. - Christophe ARCHAMBAULT

Le Planning familial a publié ce lundi son "baromètre sur l'IVG", qui montre que l'accès à l'avortement en France reste entravé pour certaines femmes par des pressions de leur entourage ou du personnel médical et par un manque de structures dédiées, dans les zones rurales notamment.

Au bout du fil, cette femme n'a pas pu retenir ses larmes. "Ça faisait une semaine que je n'avais pas mes règles donc j'ai fait un test qui a été positif. J’ai consulté un gynécologue près de mon travail. Il m'a fait une échographie, il a refusé de me dire si je peux encore avorter. Il m'a dit qu'à 32 ans, je dois avoir des enfants."

Ce témoignage, partagé par le Planning familial, provient d'un appel au numéro vert national "IVG, Contraception, Sexualités" (0 800 08 11 11). L'association, qui gère ce numéro vert, alerte ce lundi 28 septembre sur les freins qui persistent - voire augmentent - concernant l'accès à l'IVG en France. Et ce, malgré son inscription dans la Constitution en 2024.

Le baromètre sur l'IVG du Planning familial, publié ce lundi, fait état d'un parcours majoritairement bien évalué par les femmes ayant eu recours à une IVG. 80% d'entre elles disent s'être senties bien accompagnées par le personnel médical et 77% s'être senties soutenues et entourées par leurs proches.

Des difficultés d'accès qui persistent

Néanmoins, ce sondage mené par l'institut Kantar montre aussi que les femmes qui souhaitent avoir recours à une interruption volontaire de grossesse se heurtent à deux principaux obstacles: le jugement des professionnels de santé et de leur entourage, et le manque de structures permettant d'y avoir accès dans les déserts médicaux. "Nous sommes alertées de façon très régulière de difficultés d’accès à l’avortement", a affirmé Sarah Durocher, présidente du Planning familial, lors d'une conférence de presse ce lundi.

Selon le sondage, une femme sur deux (50%) ayant eu recours à une IVG au cours des cinq dernières années indique qu’un professionnel a refusé de l’accompagner pour l’intervention. Ce chiffre était de 27% lors de la précédente édition du baromètre, en 2024, qui avait néanmoins une méthodologie différente.

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Ce refus peut venir d'un professionnel qui n'est pas qualifié ou n'est pas dans la structure adéquate pour réaliser une IVG. Mais, comme l'explique Albane Gaillot, co-directrice du Planning familial, il peut aussi être lié à "la clause de conscience" des soignants. Cette clause de conscience, que l'association voudrait voir supprimée, donne aux médecins et sages-femmes le droit de refuser de pratiquer une IVG si celle-ci entre en conflit avec leurs convictions personnelles ou professionnelles.

Des pressions de l'entourage

Près de deux femmes sur trois ayant avorté disent aussi avoir ressenti des pressions autour de ce choix. C'est ce que montrent les témoignages anonymes partagés par le Planning familial. Celui-ci note qu'il peut s'agir de maladresses (une annonce de grossesse présentée comme forcément positive par un soignant par exemple) ou d'un jugement franchement négatif.

Ces pressions peuvent venir du corps médical, comme le raconte une appelante du numéro vert: "j'ai eu un mauvais accueil d'une gynécologue à l’hôpital XX, elle m'a culpabilisée, elle a dit que deux IVG ça commençait à faire beaucoup, je me suis sentie mal". Elles peuvent aussi provenir de l'entourage: "je veux faire une IVG mais mon conjoint me dit que si je fais ça, je suis une égoïste", déclare une autre femme dans son appel. Le sondage montre que les pressions viennent dans les deux sens: 65% des sondées disent avoir ressenti une pression pour avorter et 62% pour ne pas avorter.

Des "freins idéologiques ou culturels"

Pourtant, le sondage montre aussi que l'IVG est un droit assez largement soutenu dans la population française, avec 86% des Français qui estiment que son autorisation est une bonne chose. Mais le Planning familial met en garde contre une montée du conservatisme, en France et à l'international, qui remettrait en cause cette adhésion. Nina Mériguet, chargée de plaidoyer, souligne par exemple que "les mouvements anti-choix investissent massivement l’espace numérique", avec des sites Internet très bien référencés sur la question de l'avortement.

Albane Gaillot dénonce également les "freins idéologiques ou culturels" à l'IVG, comme l'illustrent selon elle les propos tenus par le pape Léon XIV lors de sa visite en France ce week-end. "Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée. Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée", a estimé le pape lors de son discours à Lourdes.

"Ses propos ce week-end sur le droit à la vie ne peuvent que nous éclairer sur la persistance dans la prise de position, sur le fait qu’il n’y aura pas de changement" de la position de l'Église sur l'IVG, analyse Albane Gaillot.

Des inégalités géographiques

L'accès à l'IVG est également entravé par des raisons matérielles. 72% des sondées ayant avorté dans un établissement de santé ont attendu plus de sept jours pour obtenir leur rendez-vous. Ces délais peuvent avoir des effets très concrets sur leur expérience, l'IVG médicamenteuse ne pouvant être pratiquée que jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse. Au-delà et jusqu'à la 14e semaine de grossesse, c'est l'IVG instrumentale, nécessitant une anesthésie et une brève hospitalisation, qui est indiquée.

La ruralité et les difficultés d’accès géographique sont par ailleurs citées comme le premier frein à l'accès à l'IVG par les associations départementales du Planning familial interrogées par la branche nationale. "Les remontées dessinent une véritable fracture territoriale, avec un accès généralement plus difficile en zone rurale et éloignée des grandes villes, qui se double d’inégalités sociales pour les personnes disposant de moins de ressources ou de possibilités de déplacement", souligne l'association.

IVG dans la Constitution: dans les coulisses d'un vote historique

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Au total, 259.416 IVG ont été enregistrées en France en 2025, soit 7.219 de plus qu'en 2024, selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 22 septembre. Une hausse qui "s’inscrit dans un contexte plus large de modification des comportements vis-à-vis de la contraception", selon la Drees.

En effet, la part des personnes qui n'utilisent aucune contraception en France augmente depuis les années 2000. En 2023, 9% des femmes déclaraient n’utiliser aucune méthode de contraception, contre 3,5% en 2000 et 4% en 2010, selon des chiffres publiés par l'Inserm. Les femmes concernées par ces données sont celles de 18-49 ans ayant eu des rapports hétérosexuels dans l’année, non enceintes, non stériles et qui ne souhaitent pas être enceintes. Ces chiffres montrent également une hausse des grossesses non souhaitées en France ces dernières années.

Kantar a réalisé une étude quantitative qui a été menée en ligne du 18 au 30 juin 2026 auprès de 2.000 personnes, ainsi que d’un échantillon de 339 femmes ayant eu recours à une IVG au cours des cinq dernières années. Elle est complétée par une étude qualitative menée auprès de 11 femmes ayant eu recours à une IVG, interrogées lors d’entretiens individuels du 19 au 31 août 2026.

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