Manipulations numériques et budget secret : la députée UDR azuréenne Christelle d’Intorni dépose plainte contre X dans l’affaire niçoise de la tête de cochon

Manipulations numériques et budget secret : la députée UDR azuréenne Christelle d’Intorni dépose plainte contre X dans l’affaire niçoise de la tête de cochon

La députée UDR de la 5e circonscription des Alpes-Maritimes, Christelle d’Intorni, vient d’adresser au procureur de la République de Nice une plainte contre X qui vise également « toute personne physique ou morale que l’enquête permettra d’identifier ». L’élue a décidé de s’adresser à la justice après les dernières révélations de Nice-Matin dans le dossier de la « tête de cochon ». Cette rocambolesque et mystérieuse affaire qui a agité la fin de la campagne des élections municipales de Nice. La parlementaire, proche d’Éric Ciotti, vainqueur de Christian Estrosi et nouveau maire de Nice, sollicite l’ouverture d’investigations judiciaires sur un ensemble de faits qu’elle qualifie de « particulièrement graves ».

Au cœur du dossier, figure la mise en place alléguée d’une équipe qualifiée d’« officieuse », qui aurait fonctionné à l’écart de l’organisation officielle de campagne du maire sortant, en place depuis 2008. Cette structure aurait eu pour mission de gérer des plateformes sur les réseaux sociaux « artificiellement présentées comme des pages de “fans” ou comme l’expression spontanée de citoyens niçois ». L’objectif aurait été de diffuser des publications favorables au candidat Christian Estrosi tout en dézinguant la liste conduite par Éric Ciotti, sur laquelle Christelle d’Intorni figurait en 70e position.

La députée UDR souligne que si une équipe distincte ne constitue pas une infraction en soi, la situation devient répréhensible si la structure a agi « pour le compte du candidat, avec son accord, à sa demande ou en coordination avec les responsables de sa campagne ». Selon elle, l’autorité judiciaire devra déterminer si l’ensemble des prestations numériques et les « opérations de ciblage publicitaire » ont été indûment soustraits au compte de campagne ou ont consisté en un « procédé de publicité commerciale prohibé ».

Le 27 février 2026, un tête de cochon avait été suspendue aux grilles du domicile niçois de Christian Estrosi.

L’ancienne maire de Rimplas souhaite, notamment, que l’enquête fasse toute la lumière sur la traçabilité d’une « enveloppe d’un montant de 50 000 euros » mentionnée par Nice-Matin dans son édition du 4 août dernier. D’après notre enquête ce budget aurait été affecté aux actions de l’équipe officieuse de campagne de Christian Estrosi pour acheter des publicités sur la plateforme Meta (ex-Facebook). Et sur ce point les versions semblent concorder. À la fois celles - parfois à géométrie variable - d’Amine S., dont la voiture avait été repérée à proximité du domicile de l’ancien maire le soir où la tête de cochon y a été déposée. Mais aussi celles de Sevan B., ce proche de Christian Estrosi et de son épouse, appelé en renfort lors de ces municipales. Amine S. a déclaré qu’un marché à 2 millions d’euros à la métropole aurait été promis en cas de victoire aux élections, ainsi qu’à son associé, Jean L., un ancien agent de la DST (le service de contre-espionnage français).

Fausses vidéos, faux enregistrements

Enfin, la plainte de Christelle d’Intorni pointe des instructions supposées pour fabriquer, par intelligence artificielle, de « fausses vidéos » ainsi qu’un « faux enregistrement » attribués à Éric Ciotti, afin de lui nuire pendant la campagne.

En parallèle de cette plainte, le nouveau maire de Nice a indiqué qu’il se portait partie civile dans ce dossier. « Si ces faits sont confirmés, ils constitueraient l’un des plus graves scandales politiques de la Cinquième République », indique le tombeur de Christian Estrosi dans son communiqué de presse.

« Une information judiciaire est aujourd’hui en cours, en laquelle Christian Estrosi a toute confiance », ont indiqué maîtres Olivier Baratelli et Gérard Baudoux, les avocats de l’ancien maire. Instruction qui a « justement pour but de faire toute la lumière sur les agissements que sa femme et lui-même ont subis ». C’est donc « en tant que victime » que leur client relève que « les propos, dont Nice Matin nous apprend qu’ils auraient été tenus par M. [Amine S.], justifient encore plus la constitution de partie civile de Christian Estrosi, déterminé plus que jamais à ce que les responsabilités de chacun soient mises en lumière ». Les deux conseils ont annoncé déposer une plainte en dénonciation calomnieuse.

Le 27 février au soir, vers 22 h 30, le couple Estrosi découvrait en rentrant chez eux une demi-tête de porc accrochée aux grilles de sa résidence. Un tract à l’effigie du candidat sortant, surmonté d’une étoile de David, était épinglé sur l’animal.