« Même s’il n’y a que des ruines, on veut montrer qu’on peut reconstruire » : cette mairie près de Brignoles accompagne la restauration des cabanons
Il faut imaginer une aire de battage, un cabanon et son puits, puis un mûrier. En arrière-plan, la colline de Paracol. La carte postale que Jérémy Giuliano, le maire du Val, tient entre les mains, date du début du XXe siècle quand le village vivait au rythme des cultures. Aujourd’hui, il y a une école, une route départementale très fréquentée et l’aire de battage a donné son nom à un quartier en pleine mutation : le quartier des Grandes Aires. Le cabanon et son puits n’ont pas bougé, presque dans leur jus. Sauf que le temps a fait son œuvre sur ce bâti que la municipalité, propriétaire, a souhaité restaurer dans les règles de l’art car il y a là du patrimoine, une carte postale à préserver.
« Il y a beaucoup de cabanons sur le territoire de la commune, voire de bastidons à mesure qu’on s’éloigne du village. Quand on a réalisé le Plan local d’urbanisme, on s’est dit que tout ce patrimoine était en train de disparaître. L’idée est donc d’accompagner les propriétaires à restaurer leur bien selon un cahier des charges, présente le maire. Nous aussi, nous avions notre part à faire avec ce cabanon. C’est le Ciap, le Centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine qui anime et le Syndicat mixte Provence Verdon qui porte le projet. »
Aussi, la mairie a-t-elle lancé un programme de relance de la protection lapidaire. « Il y a des vestiges dans la colline. Même s’il n’y a que des ruines, on veut montrer qu’on peut reconstruire. »
La chaux, un matériau patrimonial
Les murs du cabanon avaient déjà été renforcés, en témoignent les grosses clés métalliques, mais le toit était en partie écroulé, « ça fuyait à l’intérieur, la poutre était déplacée », rappelle David Sancelot, artisan spécialisé dans la restauration du patrimoine bâti. Il a donc fallu procéder par étapes : « Démontage du toit et des pignons pour mettre un chaînage béton. On a fait la génoise traditionnelle, puis on a reposé le toit sur chanlate, le bois en triangle. »
Ici, pendant presque 15 jours, les artisans ont donc manié la truelle, porté des tuiles, ajusté les poutres massives de la charpente, manipulé la chaux et le sable aux grains fins et « plus gros pour un côté plus rustique, plus authentique », montre David en passant la main sur le mur fraîchement enduit. « Nous avons ensuite fait une campagne d’injection de chaux liquide dans les fissures. »
H. DS. / Var-matin
Le chantier touche bientôt à sa fin mais la dernière touche, le rejointoiement général à la chaux est, sinon la plus importante, la plus délicate en ce mois de septembre, très chaud. « La chaleur est notre pire ennemi car la chaux est capricieuse, il faut humidifier, beaucoup, et se dépêcher. Il faut faire attention car c’est là-dessus que l’on va être jugé ! » David, Yannick et Antoine — ils sont toujours trois ou quatre artisans sur un chantier, maçons du patrimoine et tailleurs de pierre — ont l’œil. Leur savoir-faire se joue souvent dans les détails. « On a à cœur d’entretenir le patrimoine et transmettre nos savoir-faire », souligne David qui anime des chantiers collectifs de restauration.
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Dans quelques jours, le cabanon communal du Val aura retrouvé son allure d’antan comme un exemple de ce qui peut être fait.
Restaurer selon les bonnes pratiques
Les propriétaires peuvent s’adresser au service patrimoine car toute intervention doit d’abord être déclarée en mairie. C’est la première chose à faire. Une fois le feu vert administratif donné et avant tout travaux, un diagnostic sera posé pour identifier l’état du cabanon agricole et planifier les travaux nécessaires. Un architecte conseil propose des permanences grâce au CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement). L’histoire des cabanons, les démarches à effectuer, les matériaux à utiliser du sol au plafond sont détaillés dans un guide car qui dit restauration, dit bonnes pratiques à observer : nettoyage doux de la pierre ; réemploi des matériaux originels ; utilisation de la chaux pour le mortier et l’enduit de façade, mesure des fenêtres.
H. DS. / Var-matin
« Le programme vise à inciter à la revalorisation de ce patrimoine. On donne les clés pour reconstruire des cabanons. Bien sûr, cela à un coût, la mairie est aussi là pour accompagner les particuliers, mettre en relation avec des artisans si besoin », rassure Jérémy Giuliano qui se projette déjà pour faire de ce lieu, juste à côté de l’école, « un outil de médiation ». Car il y a forcément là, sous la terre, l’aire de battage en calade qu’il faudra mettre au jour et restaurer aussi. « On peut imaginer un carré de vignes, une mini-campagne… Mais tout ça, c’est encore en réflexion », confie-t-il.