Mayotte : la justice suspend la construction d'une grande usine dessalement qui menace la mangrove et un lagon
Le tribunal administratif a retiré, vendredi, l'autorisation environnementale de la plus grande usine de dessalement de l'archipel, en construction à Ironi Bé, en donnant six mois pour corriger les irrégularités. Une décision saluée par les associations environnementales malgré la crise de l'eau.
Par Théo Renaudon Publié le mardi 4 août 2026 à 06:59
Face aux coupures d'eau incessantes, produire de l'eau douce est une urgence, mais pas à n'importe quel prix, dit la justice à Mayotte. Le tribunal administratif a donné raison aux associations de protection de l'environnement, vendredi 31 août, en suspendant l'autorisation environnementale de la plus grande usine de dessalement de l'archipel. Elle devait être construite sur le site d'Ironi Bé, en pleine mangrove, au bord d'un fragile lagon.
La mangrove a été défigurée pour installer l'usine. Des ONG locales militent depuis plusieurs mois contre ce chantier. Amélie Van Gemert, présidente du Groupe d'études et de protection des oiseaux à Mayotte (Gepomay), se réjouit de cette décision de justice. "Les mangroves sont des milieux extrêmement précieux qui permettent de protéger la population contre certains aléas, on l'a vu avec le dernier cyclone, des milieux très spécifiques", souligne-t-elle.
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Pour traiter l'eau très salée, de nombreux produits chimiques seraient rejetés dans le lagon. "C'est une ressource alimentaire extrêmement importante, on mange beaucoup des poissons du lagon", explique Amélie Van Gemert. "C'est aussi une protection, par exemple, contre le risque de tsunami, c'est un des points touristiques essentiels de Mayotte à l'international, enfin Mayotte sans lagon, ce n'est pas Mayotte", affirme la présidente du Gepomay.
"Le réseau d'eau doit être modernisé"
En ce moment, l'eau manque à Mayotte. Une journée où elle coule est forcément suivie de deux jours de coupure, mais cette usine n'aurait rien à ranger tant les tuyaux d'eau sont vétustes. "Le réseau d'eau doit être modernisé", lance Racha Mousdikoudine de l'association Mayotte A Soif. "Si on permettait aux familles d'avoir les budgets nécessaires pour que chaque famille puisse s'équiper en récupération d'eau de pluie, ce serait une réelle avancée sur le territoire", poursuit-elle. "La priorité, c'est que les gens aient de l'eau tout de suite", insiste la Mahoraise qui passe parfois plusieurs heures par jour à trouver un point d'eau.
Le tribunal administratif donne six mois à la préfecture de Mayotte pour que l'usine de dessalement ait le moins d'impact possible sur l'environnement de l'archipel.