Mégaprocès Matonge: une enquête digne de "la pire des débrouilles" pour "nettoyer" le quartier

Mégaprocès Matonge: une enquête digne de "la pire des débrouilles" pour "nettoyer" le quartier

Les avocats qui défilent devant le tribunal correctionnel francophone de Bruxelles depuis une semaine pour défendre les 46 prévenus poursuivis collectivement pour la vente de stupéfiants en quantité indéterminée dans le quartier Matonge (Ixelles) entre 2022 et 2025 poursuivaient, mardi 29 septembre 2026 matin, leurs vives critiques de l'enquête policière dans ce dossier. Me Guy Nkanu Nkanu a dénoncé une "enquête de la débrouille", remplies de "suppositions" et de "conclusions stéréotypées".

"La justice ne peut pas se faire comme cela", a rappelé l'avocat.

Son client, a-t-il expliqué, n'a été ni interpellé, ni entendu par les enquêteurs, ni visé par les perquisitions de novembre 2025. "Qu'est-ce que monsieur fait ici?", a conclu l'avocat, qui demande l'acquittement de son client. Le procureur requiert d'ailleurs aussi un acquittement, estimant qu'une seule observation policière ne permet pas de fonder la culpabilité de ce prévenu.

Procès Matonge: "On peut être noir, être à Matonge et ne pas vendre de stupéfiants"

Pour cet avocat, la seule explication à ces observations stéréotypées et cette enquête "digne de la pire débrouille" serait la volonté de "nettoyer" le quartier Matonge, visé par le parquet de Bruxelles dans sa lutte contre les stupéfiants.

Compliqué

Dans son réquisitoire, le procureur du Roi avait déclaré, le 17 septembre, que ce dossier était prioritaire pour le ministère public, qui cherchait depuis des années à ouvrir une instruction judiciaire contre le point de vente de stupéfiants de Matonge, une "zone de deal compliquée, vu la configuration des lieux".

Au mégaprocès Matonge, des prévenus expliquent qu'ils faisaient leurs courses ou allaient chez le coiffeur: "Je ne comprends pas ce que je fais là"

Pas de photos dans le dossier: "amateurisme"

Il y avait une "volonté" de ne pas produire les images pourtant nécessaires dans ce dossier, a soutenu Me Guillaume Lys ce même mardi 29 septembre 2026. L'avocat défend le principal inculpé de ce dossier (M.B.W.B.), contre lequel le ministère public requiert 10 ans de prison pour un rôle présumé de dirigeant de l'organisation criminelle.

Alors que l'ensemble des plaideurs répète à la présidente du tribunal, Anne Martin, que le dossier ne contient aucune photo qui prouverait l'existence d'un trafic de stupéfiants dans ce quartier de Bruxelles, Guillaume Lys a relevé qu'il en existait tout de même au moins une, prise à l'intérieur de la galerie commerçante.

"Ceci prouve qu'il n'était pas impossible pour les enquêteurs de prendre des photos sur place", a poursuivi l'avocat. "Et s'il était possible pour les enquêteurs d'en prendre, alors il fallait les joindre au dossier répressif."

La réponse du procureur

Dénonçant un "amateurisme" du parquet dans cette affaire, Me Guillaume Lruxellesruxys a rappelé que dans d'autres dossiers de stupéfiants, la police mettait des planques sous écoute pour obtenir des preuves étayées d'une infraction, ce qui n'était pas le cas dans le procès dit "Matonge".

Sur ce point, le procureur du Roi Jérôme Marechal a répliqué que les photos existaient bel et bien, mais qu'elles restaient "confidentielles" pour protéger les individus qui ont accepté qu'un dispositif technique soit placé par la police dans leur habitation. Le procureur s'est dit "étonné" que des avocats chevronnés n'aient pas compris cela et plaident, depuis une semaine, que les photos manquent au dossier.


Le rappel des faits

Quelque 46 prévenus sont poursuivis pour la vente et la détention d'une quantité indéterminée de cannabis et cocaïne, menée en association dans le quartier Matonge d'Ixelles, entre 2022 et 2025.

Le parquet requiert 30 mois d'emprisonnement pour les supposés membres et 40 mois pour les supposés dirigeants de l'association active dans la vente de stupéfiants.

En aveu de sa participation à la vente de stupéfiants, M.B.W.B. conteste le rôle de dirigeant de l'organisation criminelle.