"Mind of the Serial Killer", une plongée dans l'horreur qui "peut créer une fascination morbide"
"Vous ne comprendrez peut-être pas les ténèbres, mais vous saurez mieux les identifier." C'est par ces mots que commence une exposition qui débarque pour la première fois chez nous, à Tour & Taxis à Bruxelles.
"Mind of a Serial Killer – the Experience" revient sur les vingt plus grands tueurs en série du monde, leur face cachée et les enquêtes qui ont mis fin à leurs actes meurtriers. Cette exposition invite à pénétrer dans l'esprit de Ted Bundy, Jeffrey Dahmer, le Vampire de Sacramento, Ed Geins, BTK, le Boucher de Plainfield et bien d'autres, à travers des reconstitutions des scènes de crime, des dossiers d'enquêtes authentiques et des archives vidéo.
Après les films, les livres et les séries à succès, voilà une exposition qui se veut immersive sur les true crimes. La fascination pour l'horreur franchit-elle une nouvelle étape ? "Ça existe depuis toujours. J'ai vécu et travaillé aux États-Unis il y a environ 15 ans et c'était même pire car certains serial killers condamnés vendaient les dessins et les t-shirts qu'ils faisaient en prison", commente Samuël Leistedt, expert-psychiatre dont le dernier livre "Anatomie du crime" vient de paraître. "Tout ce qui touche au crime n'est pas nouveau. Il y a toujours une fascination pour l'interdit et l'horreur parce que ça nous renvoie à toute une série de choses, aux parties les plus sombres de l'humain. On veut comprendre."
L'art urbain n'est pas là pour faire beau
Interdite aux moins de 16 ans
Si l'un des phénomènes les plus populaires de notre époque est un "thème profondément lié à la nature humaine", comme le confie Hamza El Azhar (CE d'Exhibition Hub), la société bruxelloise qui produit l'expérience avec Fever a posé une limite d'âge face au risque de heurter la sensibilité de certains visiteurs. Il faut au moins avoir 16 ans et signer une décharge.
Sécurité ou argument marketing ? L'expert reconnaît qu'un tel sujet n'est pas tout public. "Nos jeunes enfants sont de plus en plus confrontés à des images horribles, probablement plus horribles que ce qu'on va voir dans l'exposition", nuance Samuël Leistedt. "Dans une population d'ados, il y en a qui sont un peu moins stables, avec une identité un peu moins construite. L'expo peut créer une fascination parfois un peu morbide. C'est là que ça peut parfois poser problème. Toutes proportions gardées, on peut s'intéresser à ce genre de choses mais il ne faut jamais oublier qui sont ces personnes et les victimes."
Mais qu'on se rassure, se renseigner sur les serial killers ne va pas créer aussi facilement que ça une pulsion meurtrière chez les visiteurs. "J'adore les livres sur les serial killers, ce n'est pas dangereux. Ça fait 40 ans que j'adore ça et je n'ai encore tué personne. Il y a ce rôle de catharsis : exorciser nos bas instincts à travers les films d'horreur", tempère Samuël Leistedt.
Claude Monet, peintre visionnaire aux portes de la cécitéSensationnalisme et pédagogie ?
Face au succès des True crimes et du caractère inédit en Belgique, il est fort à parier que cette exposition va attirer du monde. "Plus c'est horrible, plus ça fait vendre. C'est un peu réducteur mais c'est vrai", analyse l'expert-psychiatre pour qui on joue sur le côté un peu sensationnel. "On ne se met pas dans la peau. On est le spectateur de quelque chose. On essaie de se mettre à leur place, mais c'est théoriquement impossible. Les gens vont s'étonner, s'horrifier. Les serial killers, c'est rarissime. En 20 ans à traiter des milliers de dossiers, je n'en ai pas vu beaucoup."

Ce qui détermine un tueur en série est un mélange complexe de l'innée et de l'acquis. "85 % d'entre eux sont des psychopathes avec des parcours de vie souvent très particuliers. Même des gens très maltraités dans leur enfance ne deviennent pas serial killers. J'ai connu et rencontré des serial killers qui avaient eu une enfance dorée. Le pire que j'ai vu, c'était un fils de milliardaire qui n'avait jamais eu besoin de rien", détaille Samuël Leistedt.

Si l'opportunité de ce genre d'exposition se pose, l'expert-psychiatre estime que ça présente un certain intérêt. "Ça a un côté voyeuriste mais ça peut aussi avoir un côté pédagogique. Il faut savoir que, même si c'est rare, les serial killers existent. Que les gens s'y intéressent peut permettre d'éviter des comportements à risques", expose-t-il.
Le peintre Hammershøi, ce Vermeer mélancolique"J'ai déjà été consulté pour ce genre d'exposition en Suisse. On m'avait surtout consulté pour me demander des éléments sur le dossier et mon avis sur Jeffrey Dahmer. J'avais donné mon avis sur les diagnostics et les hypothèses. C'est toujours un peu un choc culturel car je suis plus dans le profilage. J'ai écrit trois livres de vulgarisation sur mon métier qui sont basés sur les preuves. Il n'y a rien de fake ni de fictif. Dans ce genre d'exposition, plus ça saigne et plus c'est crado, mieux c'est."
Mind of a Serial Killer, pour un public averti (16+), à Tour & Taxis, Bruxelles. https://mindofaserialkillerexpo.com/
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