Moselle. Chouette d’or : l'« intime conviction » de certains chasseurs que le trésor est toujours enfoui

Moselle. Chouette d’or : l'« intime conviction » de certains chasseurs que le trésor est toujours enfoui

Qu’après 31 ans de folles hypothèses et de fausses pistes, la mythique chasse de la Chouette d’or ait trouvé son dénouement dans la nuit du 2 au 3 octobre 2024 à Dabo, en Moselle, Baltimore – c’est un pseudonyme – n’y croit tout simplement pas. À l’époque pourtant, ce quadragénaire, cadre en Suisse, se disait « ému » et « impatient » de connaître « le petit truc » qui lui avait manqué pour localiser la cache. « Comme tous les chasseurs, j’ai posé mon crayon en attendant la résolution… et puis je l’ai repris, c’était trop décevant ! » se souvient-il.

L’artiste-peintre Michel Becker, dernier organisateur du jeu après le décès du créateur Régis Hauser – alias Max Valentin –, n’a révélé le final tant attendu que dans le documentaire La Découverte de la Chouette d’or , sorti en mai 2025. « Il a fait monter la pression pendant sept mois. Même si la partie est officiellement terminée et que cela peut paraître incompréhensible, nous sommes des centaines à avoir poursuivi les recherches », assure Baltimore.

Comme d’autres “chouetteurs” dépités, ce dernier rappelle, entre autres, que « ce point de Dabo, les bornes Saint-Martin, on en parle depuis le début ». « Cette zone a été labourée en tous sens depuis des années, y compris avec des détecteurs de métaux, et personne ne serait tombé dessus ? » s’interroge le “chouetteur” suisse.

Les énigmes à résoudre se trouvent dans le livre “Sur les traces de la chouette d’or”, écrit par Max Valentin et illustré par les peintures de Michel Becker.   Photo Vincent Voegtlin

Les énigmes à résoudre se trouvent dans le livre “Sur les traces de la chouette d’or”, écrit par Max Valentin et illustré par les peintures de Michel Becker.   Photo Vincent Voegtlin

Manque la « méga-astuce »

Plus encore pour Baltimore, c’est « la qualité des réponses aux énigmes » qui n’est « pas à la hauteur ». « C’est trop simple et même incohérent. Le relevé final des chiffres, qu’il faut prendre, additionner ou retrancher, sans que rien ne l’indique, cela ne ressemble pas à Max Valentin, qui a écrit des dizaines de chasses au trésor. Il a toujours parlé d’une méga-astuce dans ses indications qu’on a appelé “les évangiles de la Chouette d’or”, ce que Michel Becker a éludé en affirmant qu’il voulait faire durer la chasse », analyse le “chouetteur”.

Enfin – et surtout –, Baltimore n’a jamais fait partie des “daboïstes”, ceux dont les déductions les menaient à la forêt mosellane de Dabo. Depuis des années, ses calculs de coordonnées l’orientent vers les fossés de Neuf-Brisach, cette cité haut-rhinoise « en forme de rose des vents », où il est allé creuser à une dizaine de reprises, sans jusqu’ici parvenir à déterminer l’indispensable “pile-poil”.

Depuis qu’il a relancé ses recherches, l’idée lui est venue de reporter « la grande boussole que Max Valentin a fait dessiner sur la carte de France » à l’échelle de la cité de Vauban. « C’est une clé de décryptage », il en est désormais certain : « La super-solution donne un azimut de 53 degrés et une distance de 528 mètres » à partir du centre. « Max Valentin a parlé d’une zone d’enfouissement patatoïde. L’astuce, c’est que Neuf-Brisach n’est pas limitée à ses fortifications, elle inclut une zone non aedificandi , une zone de servitude militaire non constructible », expose Baltimore.

Le lieu des ultimes fouilles de Baltimore, entre quatre bornes et beaucoup de végétation, à quelque 500 mètres du centre de Neuf-Brisach, Photo Dr

Le lieu des ultimes fouilles de Baltimore, entre quatre bornes et beaucoup de végétation, à quelque 500 mètres du centre de Neuf-Brisach, Photo Dr

« C’est devenu un cold case »

Le 23 juin, fort de cette « localisation théorique » impossible à repérer sur une carte, le “chouetteur” est parti, une fois de plus, se confronter « à l’épreuve du terrain », à trois heures de route de chez lui, avec, pour l’accompagner dans cette nouvelle tentative, sa plus jeune fille de 15 ans. Après avoir prospecté parmi des ronces hostiles, dans un secteur « à la fois proche et isolé » de la ville, tous deux ont la joie de découvrir quatre bornes enfouies formant un carré. « Le rythme cardiaque s’est accéléré ! Mais il y avait une dalle en béton, on n’était pas équipés. »

Sur des photos aériennes, Baltimore découvre alors que « d’énormes travaux forestiers ont été effectués, sans doute lorsque Neuf-Brisach a déposé sa candidature à l’Unesco. Le site a pu changer… » Contacté – comme auparavant le musée Vauban –, le service d’urbanisme de la ville n’a pas connaissance de l’existence de telles bornes. « C’est devenu un cold case », reconnaît le “chouetteur”.

De retour sur place avec tout le matériel nécessaire début juillet, Baltimore n’est pas plus chanceux. « J’ai creusé et creusé sur près d’un mètre de profondeur. J’étais au bout physiquement, mais sans regret. La contremarque de la chouette devrait être là, ma solution coche toutes les cases. Est-ce que des engins ont rajouté une couche de terre lors de la déforestation, est-ce qu’il y a eu de mouvements de terrain ? » émet-il comme hypothèses.

« Dans la tête de Max Valentin »

Après « plus de 20 ans d’aventures, de découvertes passionnantes sur la géographie et l’histoire de France », Baltimore estime être arrivé au bout de sa quête. « C’est aussi un voyage intérieur. On expérimente l’excitation, l’obstination, le doute… Je suis sans preuve, mais avec une intime conviction, je n’en bougerai plus. Il y a des bien meilleurs champions que moi, mais je pense avoir réussi à entrer dans la tête de Max Valentin, dont les idées pouvaient être farfelues, et c’est ma grande satisfaction. À présent, je passe la main à d’autres pour investiguer », lâche le “chouetteur”.

Baltimore n’en attend pas moins avec intérêt un autre dénouement, les conclusions du juge ayant saisi « l’enveloppe avec les solutions originales que tous croyaient disparue… », de sorte qu’il n’en a pas tout à fait fini avec la Chouette d’or.