Moyen-Orient. Arabie saoudite : visée par les Houthis, Ryad reçoit le renfort de la Turquie et du Pakistan

Moyen-Orient. Arabie saoudite : visée par les Houthis, Ryad reçoit le renfort de la Turquie et du Pakistan

Les Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, ont affirmé lundi avoir frappé l'aéroport international de Ryad, une raffinerie du géant pétrolier Aramco ainsi que plusieurs sites dans le sud de l'Arabie saoudite. Ces attaques, menées à l'aide de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière, « ont visé l'aéroport international de Ryad », a déclaré leur porte-parole militaire, Yahya Saree.

Selon lui, « la raffinerie d'Aramco à Rabigh » a également été touchée, tout comme des sites militaires et des aéroports du sud du royaume. Dans la soirée, de fortes explosions ont été entendues dans la capitale saoudienne par un journaliste de l'AFP et des habitants. « J'ai vu mes fenêtres trembler », a raconté l'un d'eux, qui réside non loin de l'aéroport.

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, appuyées par Ryad, et les Houthis, au pouvoir dans une grande partie du pays depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie. Photo Sipa/AP/Abdulnasser Alseddik

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, appuyées par Ryad, et les Houthis, au pouvoir dans une grande partie du pays depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie. Photo Sipa/AP/Abdulnasser Alseddik

Un nouveau front s'ouvre au Moyen-Orient

Au même moment, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen a annoncé avoir frappé des « cibles militaires » à Al-Hodeïda, grand port de la mer Rouge tenu par les Houthis. Son porte-parole, Turki Al-Malki, a indiqué sur X que les forces navales avaient « détruit des dépôts d'armes, des installations abritant des bateaux piégés et des mines » et « déjoué une attaque prévue » contre les voies navigables du sud de la mer Rouge.

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, appuyées par Ryad, et les Houthis, au pouvoir dans une grande partie du pays depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient. Après une offensive éclair en septembre, les Houthis se sont emparés de tout le littoral ouest du Yémen, le long de la mer Rouge, et visent depuis régulièrement les installations pétrolières et militaires du royaume voisin. L'Arabie saoudite et le gouvernement yéménite, qui peinent à repousser ces attaques, ont plusieurs fois réclamé un soutien international, notamment des États-Unis, sans succès jusqu'ici.

La Turquie et le Pakistan ont annoncé lundi l'envoi de forces militaires dans le royaume. Photo Sipa/Turkish presidency

La Turquie et le Pakistan ont annoncé lundi l'envoi de forces militaires dans le royaume. Photo Sipa/Turkish presidency

Un pacte de défense activé pour la première fois

La Turquie et le Pakistan ont annoncé lundi l'envoi de forces militaires dans le royaume. À l'issue d'une réunion à Ryad, les trois pays se sont mis d'accord pour passer « immédiatement à la mise en pratique de l'accord de défense mutuelle » signé en août à La Mecque, et pour déployer rapidement « les forces et moyens militaires convenus », selon leur communiqué commun. Le texte ne nomme pas directement les Houthis, mais « condamne dans les termes les plus forts » les frappes sur les villes saintes de Médine et de La Mecque, que Ryad leur impute, ainsi que « les attaques continues sur les villes et installations civiles et économiques » du pays. C'est la première fois que cet accord, qui associe la deuxième armée de l'Otan, la principale puissance du Golfe et la seule puissance nucléaire du monde musulman, est mis en œuvre.

Appuyées par l'aviation saoudienne, les forces gouvernementales yéménites ont lancé dimanche une vaste contre-offensive pour reprendre les territoires récemment conquis par les Houthis, voire les déloger de tout le pays. Elles affirment avoir mené plus de 1 000 frappes et lancé l'assaut sur Sanaa, la capitale aux mains des rebelles depuis 2015. Les combats se poursuivent aussi sur le littoral, où des sources militaires ont affirmé lundi que les forces progouvernementales avaient coupé la seule voie d'approvisionnement de Mokha, port stratégique pris par les Houthis en septembre, sans toutefois confirmer officiellement sa reprise.

Le pétrole et le trafic maritime dans le viseur

Les Houthis ont de leur côté averti les compagnies aériennes que le ciel saoudien n'était « pas sûr », à l'exception de Médine et de La Mecque, qu'ils assurent n'avoir jamais visées. Dimanche, ils avaient déjà ciblé l'oléoduc Est-Ouest, infrastructure stratégique qui permet à l'Arabie saoudite d'acheminer vers l'ouest son pétrole bloqué à l'est par le verrouillage du détroit d'Ormuz.

L'installation a été mise à l'arrêt, comme le mois dernier, et le patron d'Aramco a mis en garde contre le niveau « dangereusement faible » des stocks mondiaux de pétrole. La coalition affirme par ailleurs assurer la protection aérienne du détroit de Bab el-Mandeb, essentiel au transport des hydrocarbures. Les Houthis y avaient renforcé leur emprise en septembre, alors que son importance s'est accrue depuis que l'Iran a verrouillé celui d'Ormuz, au début de la guerre au Moyen-Orient en février.