Mulhouse. Le moustique tigre, un indésirable invité qui envahit les quartiers

Mulhouse. Le moustique tigre, un indésirable invité qui envahit les quartiers

Cinq minutes dans le jardin montre en main suffisent à avoir un aperçu. « Paf, paf, paf ! » : le visiteur en vient très rapidement à se coller des claques sur les mollets et les avant-bras pour dézinguer ses sournois assaillants. Malgré six cadavres dans son sillage, il rentre avec des démangeaisons supplémentaires. « On ne sort plus à cause des moustiques tigres, c’est une catastrophe », soupire Pierre Naegelin qui, avec son épouse Sabine, a renoncé à profiter de son petit coin de verdure ombragé rue de la Mer-Rouge à Mulhouse.

Un problème depuis les chaleurs de mai

Depuis longtemps déjà explique-t-il : « Ça a commencé avec les premières chaleurs de mai et cela ne s’est plus arrêté », observe le sapeur-pompier retraité installé depuis 22 ans dans ce coin de Dornach. Si les moustiques y ont toujours joué les trouble-fêtes de soirées estivales, leurs silencieux cousins rayés ont pointé le bout de leur trompe il y a deux ans avant de proliférer cet été au point de pourrir la vie du quartier, de jour comme de nuit.

« On ne va plus dans le jardin que pour cueillir les légumes et encore, souvent avec des manches longues et en pantalon », poursuit le Mulhousien de 69 ans qui n’a pas osé tremper ne serait-ce qu’un orteil dans le petit spa abrité sous un pan de terrasse. Ayant également renoncé au balcon tandis qu’il a fixé des moustiquaires à chaque fenêtre, il se résigne pourtant : « Chaque fois qu’on va dehors, on en ramène. »

Malgré l’arrêt de l’arrosage du jardin durant une semaine, rien n’y a fait.   Photo Vincent Voegtlin

Malgré l’arrêt de l’arrosage du jardin durant une semaine, rien n’y a fait.   Photo Vincent Voegtlin

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, indique Pierre Naegelin, les pièges, lampes UV, spirales, bougies et autres dispositifs, arsenal qui s’est révélé aussi inefficace que les mesures préventives. En revanche, la boîte à pharmacie a été étoffée de gels et crèmes pour apaiser les démangeaisons. « Les soucoupes sont retournées ou enlevées, la coupelle d’eau pour les oiseaux est changée tous les jours, il n’y a pas d’eau stagnante », reprend le sexagénaire en précisant que poissons et grenouilles se chargent des larves pondues dans le petit bassin. Mais là encore, rien n’y fait, pas plus que l’interruption de l’arrosage du potager pendant une semaine : humide ou sec, l’air est rempli de moustiques tigres.

« Il n’y a plus d’odeur de barbecue dans le quartier »

« On le vit mal, ça nous rend dingue », confie Sabine Naegelin en soulignant que tout le secteur est concerné. « Les gens n’utilisent plus leur piscine, une voisine ne sort pas lire alors qu’elle le faisait tout le temps, un autre voisin s’est carrément équipé d’une tenue d’apiculteur pour aller dans son jardin », relate le couple. Un indice dit tout : « Il n’y a plus d’odeur de barbecue dans le quartier. »

Si le ruisseau Steinbaechlein s’écoule à une centaine de mètres, le problème en déborde le périmètre, s’étendant à plusieurs rues et au-delà ce qui dissuade Pierre Naegelin de solliciter des professionnels. « On ne sait pas d’où cela vient, ça nous dépasse largement. On est démuni. » Sabine Naegelin conclut : « Les piqûres sont gênantes, mais le risque de maladie fait un peu peur aussi. On a le sentiment d’être condamné à rester à l’intérieur. »