Natation. À deux sur le toit de l'Europe : comment Léon Marchand et Mary-Ambre Moluh ont triomphé devant leur public

Natation. À deux sur le toit de l'Europe : comment Léon Marchand et Mary-Ambre Moluh ont triomphé devant leur public

Quelques minutes après les adieux larmoyants de Florent Manaudou à la natation, la relève du champion français était au départ d’une finale européenne. Le public a séché ses larmes mais a gardé ses drapeaux bleu-blanc-rouge pour hurler de toutes ses forces à l’entrée de la star : Léon Marchand.

Encore tout jeune mais déjà quintuple médaillé olympique, le nageur de 24 ans a encore enrichi son palmarès, transcendé par le public. « Tout mon corps résonnait de mes orteils jusqu’aux oreilles. Déjà, dans la course c’était assez incroyable, il y avait une énergie qui était assez dingue. Beaucoup de frissons, a tenté d’expliquer Marchand boosté par les adieux de son porte-drapeau des JO. Je ne m’y attendais pas. C’était beau. Beaucoup d’émotions. Je suis très fier de voir ce qu’il est devenu et ce qu’il a apporté à la natation ».

« Le meilleur dernier 50 m que j’ai fait depuis longtemps »

La passation de pouvoir avait déjà été faite à Paris, mais avec cette cérémonie d’adieu, elle a revêtu quelque chose d’encore plus solennel. Et peu importe s’ils ne font pas les mêmes disciplines. Sur le plot, Léon Marchand a pris un bon départ, « au coude à coude » avec son compagnon d’entraînement Hubert Kos qui l’a poussé dans ses retranchements sur le premier 100 m. « Je sais qu’il part très vite, je le vois tous les jours à l’entraînement », plaisantait le Français, ravi de partager cette finale avec le Hongrois.

Mais le quadruple champion olympique a été plus solide, accélérant dans la deuxième partie de course pour finalement déposer tout le monde dans les 50 derniers mètres. Une véritable leçon de natation. « C’est le meilleur dernier 50 m que j’ai fait depuis bien longtemps, mais ça veut peut-être dire que j’aurais pu partir un peu plus vite, a presque regretté Léon Marchand, ajoutant le seul titre qui manquait à son palmarès. Le plus important c’était de gagner ce soir. Je suis super fier de moi ». Avec ce chrono canon (1’51’’72), le record du monde était-il là ? Pas pour lui. « J’ai fait le maximum ce soir. »

Le dos français à l’honneur

La soirée mémorable a pris une tournure presque historique avec la « patronne du dos », comme la décrit si bien Yohann Ndoye-Brouard. Mary-Ambre Moluh, meilleure performeuse mondiale de l’année sur le 100 m dos, était très attendue en finale de la distance. Et à 20 ans, gérer une telle pression c’est parfois pesant. « C’était dur. Je n’ai jamais été attendue comme ça, donc je pense que ça m’a stressée, a reconnu la jeune championne. Après je me suis dit "tu verras quand tu seras en finale olympique, ce sera dix fois pire’’ ».

Mary-Ambre Moluh et Pauline Mahieu. Photo Sipa/Emma Da Silva

Mary-Ambre Moluh et Pauline Mahieu. Photo Sipa/Emma Da Silva

Pourtant, la nageuse qui est aussi une brillante étudiante à Berkeley, a répondu présente tout au long de la course. Elle a même fini fort, s’offrant un deuxième record d’Europe du 100 m dos dans la même semaine (57''94), pour décrocher ce titre qui lui tendait les bras. « J’ai essayé de me rassurer comme je pouvais, je me disais "ici, c’est toi qui a fait moins de 58’’ c’est pas les autres, donc il faut arrêter d’avoir peur’’ », a raconté Moluh.

Le plus beau, c’est qu’elle a pu partager sa joie avec Pauline Mahieu, médaillée de bronze derrière la Néerlandais Marrit Steenbergen. Un bel accomplissement pour les dossistes tricolores, qui se sont longtemps serrées dans les bras dans l’eau. « C’était tout ce qu’on voulait. C’est pas donné d’être deux d’une même nation, donc je suis trop contente », s’est réjouie Mahieu ravie de monter sur un deuxième podium après celui du 200 m dos. Toutes deux ont pu célébrer ce moment de complicité en chantant la Marseillaise ensemble sur la première marche, histoire de clôturer cette journée qui avait si bien commencé.