Nétanyahou tente de sécuriser sa réélection au détriment d’un accord…
Se trouvant en face d’un plan pour Gaza édicté par les États-Unis à l’approche d’élections susceptibles de mettre fin à sa longue carrière, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a dû choisir entre satisfaire son allié américain ou sa base électorale de droite.
Son arbitrage, le rejet public, au bout d’une semaine, de la feuille de route américaine pour ménager ses alliés d’extrême droite, risque en fin de compte de ne satisfaire personne.
Elle constitue, selon des analystes, une victoire tactique et d’image pour le Hamas, qui a lui accepté le plan prévoyant son désarmement, sans jusque-là lancer aucune mesure en ce sens.
Benjamin Nétanyahou, qui a bâti sa longue carrière politique sur des positions intransigeantes en matière de sécurité, avait dans un premier temps exprimé ses inquiétudes, mais avec modération, envers le plan, salué par Donald Trump comme un « jalon historique » vers la fin de la guerre à Gaza.
Mais à la suite d’une levée de boucliers de l’extrême droite, il a finalement rejeté dimanche lors d’une réunion du cabinet la feuille de route en 15 points, prévoyant à terme un retrait de l’armée israélienne de la bande de Gaza.
Benjamin Nétanyahou, qui a occupé plus longtemps que tout autre le poste de premier ministre d’Israël et peine à s’assurer la confiance de l’extrême droite alors qu’il brigue un nouveau mandat lors des législatives du 27 octobre, est par nature « un procrastinateur », estime Yossi Mekelberg, expert de la politique israélienne au groupe de réflexion londonien Chatham House.
Son calcul est de rameuter les électeurs en se posant comme « le seul rempart capable d’arrêter le Hamas », ajoute M. Mekelberg.
Les Israéliens sont appelés aux urnes pour la première fois depuis le traumatisme qu’a suscité l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023 — la plus meurtrière qu’a connue le pays — qui a déclenché l’offensive dévastatrice dans la bande de Gaza.
« Nétanyahou sait que se brouiller avec Trump ne sert ni ses intérêts ni ceux d’Israël. Mais il sait aussi qu’à la minute même où il accepterait les 15 points, il serait attaqué non seulement par la droite, mais aussi par certains partis d’opposition », poursuit l’expert.
« Il essaie de ménager tout le monde. Mais, au bout du compte, il ne ménagera personne. »
Priorité à l’Iran
Dans les faits toutefois, malgré son refus public, Israël semble se conformer à la feuille de route sur un point majeur : la cessation de ses frappes aériennes depuis le 3 août, bien que les autorités de Gaza signalent des tirs israéliens sporadiques.
« Ces frappes pourraient reprendre, voire s’intensifier, à tout moment. C’est l’un des atouts dont dispose Israël », souligne Éhoud Eilam, ancien analyste au ministère de la Défense.
Israël n’étant pas parvenu à détruire complètement le mouvement islamiste palestinien, il « cherche a minima à le désarmer, une tâche très difficile », explique-t-il.
Selon lui, « le Hamas refusera de toute façon de se désarmer complètement et, pour l’instant, il peut continuer à se servir de Nétanyahou comme excuse pour éviter, ou du moins ralentir, ce processus ».
Benjamin Nétanyahou a longtemps mis en avant ses relations étroites avec Donald Trump, qui a pris des mesures sans précédent telles que le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et le soutien à Israël dans ses attaques contre l’Iran.
Mais la popularité de Donald Trump a chuté en avril parmi les Israéliens, lorsqu’il a appelé à un cessez-le-feu avec l’Iran et tenté un règlement diplomatique, jugeant la guerre préjudiciable sur les plans politique et économique.
Benjamin Nétanyahou pourrait concéder quelques avancées à Gaza pour satisfaire Donald Trump en échange de nouvelles mesures américaines contre l’Iran, juge M. Eilam.
Pour le dirigeant israélien, « Gaza tout comme le Liban ne sont pas les préoccupations les plus urgentes, c’est l’Iran qui l’est », argue-t-il.
Succès tactique du Hamas
Le Hamas a lui donné son accord à la feuille de route, peu de temps après s’être choisi un nouveau dirigeant, Khalil al-Hayya.
« Pour des raisons tactiques », et s’afficher en « acteur raisonnable » estime Ghaith al-Omari, ancien responsable de l’Autorité palestinienne et aujourd’hui chercheur au Washington Institute for Near East Policy.
Selon lui, la position de Benjamin Nétanyahou « donne en fait au Hamas et aux médiateurs une raison de dire : “Regardez, le Hamas a respecté ses engagements, Israël ne les a pas respectés — la balle est désormais dans le camp d’Israël” ». De quoi « soulager la pression qui pèse sur le Hamas », affirme-t-il.