Romain Ntamack croit à sa prometteuse association avec Matthieu Jalibert avec le XV de France : « Ça s'est fait naturellement »

Romain Ntamack croit à sa prometteuse association avec Matthieu Jalibert avec le XV de France : « Ça s'est fait naturellement »

Il était 23h à Tokyo (16h en France) quand Romain Ntamack nous a rejoints au bar de l'hôtel de l'équipe de France. Les Bleus venaient de rallier leur somptueux camp de base pour une soirée qui s'annonçait calme vu l'horaire matinal des vols retour et la fatigue accumulée sur ces trois semaines de compétition, conclues un peu plus tôt sur une large victoire face au Japon (15-42).

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L'ouvreur des Bleus (27 ans, 45 sélections) a vécu un après-match particulier, lui qui a dû s'astreindre à un contrôle antidopage et a fait patienter ses coéquipiers au départ du Stade National. Visiblement ravi d'avoir fait le voyage en ce mois de juillet avec les Bleus, une première pour lui, le Toulousain s'est posé une vingtaine de minutes pour évoquer l'expérience - notamment son association avec Matthieu Jalibert - et se projeter sur la suite.

« Est-ce que ça vous a plu de disputer une compétition sur ces matches de juillet ?
Je n'avais jamais fait de tournée d'été donc je ne peux pas comparer (sourire), mais c'est sûr que ce format donne un enjeu supplémentaire, au lieu de faire trois tests matches un peu "en l'air". Je n'ai pas pu aller en Nouvelle-Zélande (car il était finaliste du Top 14 une semaine plus tôt), mais aller en Australie puis au Japon, c'était cool.

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C'était un regret de ne pas pouvoir faire les tournées ?
Après avoir vécu celle-là, je me dis que j'aurais bien aimé en faire une ou deux avant. Mais nos calendriers sont tellement chargés qu'on ne peut pas tout faire. Pour moi, c'était l'occasion de la faire et je n'ai pas hésité quand Fabien Galthié m'a appelé. Et je ne le regrette absolument pas.

« Je suis très content d'avoir fait deux matches avec Matthieu, deux très bons matches. Si ça peut donner des options au staff pour la suite, ce n'est que du bonus »

En arrivant en Australie quatre jours après la finale, est-ce que vous étiez inquiet sur l'aspect fraîcheur physique et mentale ?
Un petit peu. Surtout en voyant le match en Nouvelle-Zélande (34-32). On a regardé ça dans un bar à Brisbane avec les autres finalistes et quand on voyait l'intensité, on se regardait un peu tous de travers en se disant qu'il allait falloir s'y mettre (rires). Puis on s'est mis dedans la semaine suivante, on a bien été intégrés à l'équipe et tout s'est fait naturellement.

Fabien Galthié nous a dit qu'il vous avait promis de débuter le deuxième match...
(Il rigole) Je ne dirai pas tout ce qu'on s'est dit à ce moment-là mais oui, il m'avait fait comprendre que si j'étais en finale (de Top 14), je jouerais le deuxième test. Mais vu leur match en Nouvelle-Zélande, ce n'était pas une obligation non plus.

Quand vous a-t-on parlé d'une association 10-15 avec Matthieu Jalibert ?
Dès leur retour de Nouvelle-Zélande, on fait des petites vidéos individuelles le lundi et Fabien (Galthié) et Patrick (Arlettaz) nous prennent à part tous les deux pour nous dire qu'on va tenter ça. Ça s'est fait naturellement avec Matthieu, on s'entend très bien sur le terrain et en dehors. Quand on joue avec des mecs qui aiment jouer au rugby, que ce soit avec lui ou Thomas (Ramos), c'est quand même facile de trouver les repères. Je suis très content d'avoir fait deux matches avec Matthieu, deux très bons matches. Si ça peut donner des options au staff pour la suite, ce n'est que du bonus.

Quand on est concurrents à l'ouverture depuis plusieurs années, est-ce que ça fait du bien de jouer ensemble ?
Oui, je pense. Ça nous a aussi permis de nous découvrir un peu plus. La concurrence, elle y est mais elle existe aussi avec Antoine (Hastoy) et tous les autres ouvreurs qui peuvent postuler. Je pense qu'elle est saine. Les médias en font toute une montagne, mais ça n'a jamais été un souci entre nous. On s'est toujours bien entendu. Encore une fois, j'ai appris à découvrir des mecs sur cette tournée, j'ai aussi appris à découvrir un peu plus Matthieu.

Le fait est que vous étiez concurrent pour ce poste d'ouvreur et que, quand on vous a associé en novembre 2021, Jalibert en 10 et vous en 12, ça n'avait pas fonctionné...
Si, on avait gagné les deux matches (contre l'Argentine et la Géorgie). J'étais dans un poste différent, dans une stratégie différente. C'était une association, il faut aussi parfois laisser le temps pour que ça prenne mais avec Matthieu à l'arrière et moi à l'ouverture, ça a vite pris.

Ce système à deux ouvreurs avec le 10 et le 15 est-il différent de celui que vous connaissez à Toulouse ?
Non, c'est pour ça que c'était assez facile à mettre en place de mon côté. Je joue le même rugby avec Thomas (Ramos) toute l'année, donc le fait de permuter est complètement naturel. On ne s'est pas marché sur les pieds avec Matthieu.

« Quand je ne suis pas en position d'ouvreur, je prends du recul et je peux mieux analyser ce qui se passe en face. Je retrouve des repères que j'avais au centre quand j'avais débuté ma carrière »

Offensivement, comment vous répartissez-vous le boulot ? Un côté gauche et un côté droit comme nous l'expliquait Galthié ?
C'est parce qu'il avait trop regardé de rugby à XIII (rires). Ce n'est pas exactement comme ça mais, par exemple, on sait que quand l'un est pris dans un ruck, l'autre prend le relais. Quand il y a des ballons hauts, celui qui est plus proche du ballon prend la main aussi.

Est-ce que vous, ça vous permet aussi de voir des choses sur le terrain que vous ne verriez pas en jouant comme un ouvreur "classique" ?
Totalement. Quand je ne suis pas en position d'ouvreur, je prends du recul et je peux mieux analyser ce qui se passe en face. Je retrouve des repères que j'avais au centre quand j'avais débuté ma carrière. On peut aussi communiquer plus facilement avec les autres joueurs et apporter des options qui nous semblent les meilleures.

Vu les performances de l'équipe sur ces matches, est-ce que vous vous dites que vous avez bien fait de venir ?
Je voulais juste prendre du plaisir avec ce maillot-là parce que ça faisait un moment que je galérais un peu avec mes pépins physiques. Il me tardait déjà d'enchaîner les bons matches avec mon club, ce qui a été le cas sur la fin de saison puis de confirmer ça avec l'équipe de France. Je n'avais pas du tout un état d'esprit revanchard, mais l'envie de m'amuser et de découvrir des joueurs et des endroits que je ne connaissais pas.

Romain Ntamack a inscrit son 8e essai en bleu face à l'Australie (26-42) le 11 juillet. (A. Mounic/L'Équipe)

Romain Ntamack a inscrit son 8e essai en bleu face à l'Australie (26-42) le 11 juillet. (A. Mounic/L'Équipe)

Rater le Tournoi et les voir le gagner sans vous, ça vous avait titillé ?
J'ai enchaîné fissure au rein et déchirure à l'ischio. C'est frustrant personnellement mais surtout je voyais le jeu produit à la télé... Les mecs se régalaient. Il a fallu digérer tout ça et se remettre au boulot pour revenir en équipe de France.

Est-ce que vous avez vu une mutation offensive par rapport aux tests de novembre que vous aviez joués ?
(Il rigole) J'ai mis des pièces à Patrick Arlettaz après la victoire en Australie (26-42). J'ai quitté ce match avec le sourire jusqu'aux oreilles et je lui disais que c'était magnifique de jouer comme ça. On se régale, c'est un pur bonheur. On se taquinait par rapport à novembre où la stratégie et le jeu n'étaient pas du tout les mêmes. Ce n'est que du plus pour l'équipe de France d'avoir un jeu comme ça car jouer les ballons, sans faire n'importe quoi, c'est dans notre ADN. Ça nous donne raison, il y a toujours des ajustements à faire mais on veut aller dans ce sens-là.

Il y avait une frustration sur l'aspect offensif à la fin des tests de novembre ?
Je ne me rappelle plus exactement des discussions, mais il y a déjà un petit tournant sur le dernier match contre l'Australie (48-33). Puis l'équipe a été dans la continuité de cette rencontre lors du Tournoi. Avec les joueurs qu'on a, je trouvais dommage de toucher si peu de ballons. On tend vers une autre philosophie, ce qui ne nous empêchera pas d'avoir des bases solides et bien défendre.

À quel point pensez-vous à la Coupe du monde 2027 (du 1er octobre au 13 novembre en Australie), après l'énorme déception personnelle de 2023 et cette grave blessure à un genou juste avant ?
Je n'y pense pas du tout car j'ai mis tellement d'énergie à préparer celle d'avant et je m'y étais tellement projeté que je préfère ne pas le faire pour la suivante tant que je ne serai pas sur le terrain. Je n'ai pas envie de revivre une telle déception. Ça reste dans un coin de ma tête, mais très caché (sourire).

C'est encore une blessure ?
Oui, un petit peu. Je l'ai traînée. Déjà parce qu'il a fallu du temps pour rejouer et retrouver mes sensations. J'ai encore eu des pépins cette saison. J'espère que cette fin de saison me fera un peu oublier tout ça, tous ces petits démons qui étaient les miens depuis ma blessure. Je me sens bien physiquement, en confiance donc j'espère continuer comme ça pour aller jusqu'à la Coupe du monde. Mais ça a été un chemin assez difficile. »