Comment les supporteurs de l’OL vivent les récentes agressions racistes

Comment les supporteurs de l’OL vivent les récentes agressions racistes

Au Parc OL,

Le thermomètre dépassait encore les 30 degrés et le soleil se reflétait sur l’immense logo du club dominant la devanture de la tribune ouest du Parc OL, vendredi à l’approche du coup d’envoi de la 3e journée de Ligue 1 contre Auxerre. Il régnait comme un parfum de rab de vacances, alors que de nombreuses familles et des groupes d’amis échangeaient devant food trucks et buvettes, tout sourire, avant de prendre place à l’intérieur du « formidable outil ».

S’il y a au final eu moins de 36.300 spectateurs au stade, c’est clairement plus lié à un horaire inhabituel/complexe (19 heures) et au statut de l’AJA (lanterne rouge de Ligue 1 avec désormais 11 buts encaissés en trois matchs) qu’au contexte pesant de deux enquêtes ouvertes pour des agressions, à caractère raciste d’après les victimes, ayant eu lieu six jours plus tôt en marge du match OL-Le Havre (1-1).

« Ces affaires ne nous empêchent pas de venir au stade »

Les messages se multiplient depuis sur les réseaux sociaux pour réclamer « un plan Leproux » et « la dissolution des Bad Gones », alors que l’élue de Rillieux-la-Pape Meriem Bouchedda vise certains membres du principal groupe de supporteurs lyonnais (6.000 adhérents). Ceux-ci se seraient « foutus » d’elle et de son compagnon durant leur agression subie après la rencontre, sans leur porter le moindre secours selon son témoignage à 20 Minutes.

Sur le parvis du Parc OL vendredi, avant un succès maîtrisé contre Auxerre (3-1), les spectateurs IRL qu’on a interrogés ont un avis différent. « Je suis abonné au virage nord depuis six ans et je n’ai jamais eu/vu de souci », assure ainsi Julien (38 ans). « Il est hors de question de passer ces deux affaires sous silence, mais stop aux réactions à chaud, exhorte de son côté Johan (33 ans), habitué du Kop Virage Nord au niveau intermédiaire. Il faut laisser la justice avancer et tirer ses conclusions. En tout cas, ces affaires ne nous empêchent pas de venir au stade. »

Une sacrée météo estivale a accompagné le match OL-Auxerre vendredi.

Une sacrée météo estivale a accompagné le match OL-Auxerre vendredi. - J.Laugier/20 Minutes

« Un dispositif policier renforcé » devant Auxerre

A ses côtés, son ami tient à nous lâcher un « il n’y a pas de fumée sans feu », sans souhaiter en dire davantage. La veille, une source proche de la Préfecture indiquait à 20 Minutes que les autorités seraient « extrêmement vigilantes sur Lyon-Auxerre quant aux risques de violences entre groupes de supporteurs [qui avaient déjà connu un grave précédent à Décines en octobre 2024] et quant à la dimension raciste ». « En lien permanent » avec l’OL, la Préfecture a dans les faits « renforcé le dispositif policier » vendredi soir.

La CRS 83, une unité mobile spécialisée dans les violences urbaines, est notamment de la partie. Quelques instants après le coup de sifflet final, une vingtaine de CRS guettent attentivement l’après-match en bas du bloc réservé au Kop Virage Nord. A 21h15, les principaux chants pro-OL s’enchaînent sur place dans une ambiance festive, avant d’être suivis par la création poétique (non) à destination de Mattéo Guendouzi.

Mais aussi par une Marseillaise scandée par plus de 100 ultras, et conclue en chœur par le toujours aussi problématique « Bleu, blanc, rouge ». « Quand j’entends ça sur les matchs, et d’autres références d’extrême droite, je ne le prends pas personnellement, confie Daniel (23 ans), qui est d’origine camerounaise. Je me doute qu’au fond d’eux, dès que ces gars-là voient au stade un noir supporteur de l’OL, ça ne leur va pas. »

Un club « trop discret et laxiste » ?

Son ami Samir (22 ans), originaire des Comores, prolonge : « Des propos racistes, je n’en entends pas plus au Parc OL que dans certains quartiers luxueux de blancs dans Lyon. Si je dois me faire tabasser un jour autour du stade à Décines, juste parce que je suis noir, je ne pourrais rien y faire… Mais je ne vais pas m’arrêter de venir soutenir l’OL à cause d’eux. »

C’est en partie en raison de « comportements racistes répétés » dans les tribunes lyonnaises que François (38 ans) a résilié son abonnement à l’OL en 2017. « Je vivais mal le déménagement de Gerland à Décines et je n’en pouvais plus de tous ces chants d’insultes et des bagarres fréquentes au sein même du virage, raconte-t-il. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’était de régulièrement voir des petits groupes de jeunes de 18-20 ans lâcher un salut nazi dans le virage nord du Parc OL. »

Un exemple glaçant qui rappelle à quel point les virages lyonnais sont depuis longtemps gangrenés par des idées/membres de groupuscules d’ultra-droite. « Le club est malheureusement trop discret et laxiste après chaque épisode raciste, regrette Daniel. Je ne me l’explique pas car l’image de l’OL est à chaque fois pourrie par ces comportements. »

Une douzaine de CRS sécurisaient vendredi le court trajet entre le parvis du Parc OL et l'accès au tramway, là où Meriem Bouchedda et son compagnon se sont fait agresser six jours plus tôt.

Une douzaine de CRS sécurisaient vendredi le court trajet entre le parvis du Parc OL et l'accès au tramway, là où Meriem Bouchedda et son compagnon se sont fait agresser six jours plus tôt. - J.Laugier/20 Minutes

« Moins d’une affaire aboutit chaque année », note l’OL

Côté OL, un simple communiqué, très sobre, a été publié lundi après la médiatisation des deux affaires du week-end. Et ce afin de rappeler qu’il fera « preuve d’une tolérance zéro envers les violences, le racisme, le sexisme et l’ensemble des discriminations », tout en ouvrant « une enquête interne » et en tenant à « se constituer partie civile aux côtés des victimes ». Mais pourquoi pas davantage d’actions concrètes, ce qui était déjà reproché à la direction durant l’ère Aulas ?

« Nous avons beau adresser entre 100 et 200 interdictions commerciales de stade chaque année, seules des interdictions administratives et judiciaires sont réellement efficaces, précise une source du club. Or un peu moins d’une affaire aboutit chaque année. C’est donc une forme de double peine : les gens pensent qu’on ne fait rien alors qu’on porte à bout de bras ces procédures, et que celles-ci n’aboutissent pas. Le club ne se satisfait pas de cette situation. »

Vite identifié après la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux, le Lyonnais auteur d’un salut nazi, dans le stade de Manchester City en septembre 2018, n’a ainsi jamais été condamné. Victime de coups de coude et d’insultes lors de la retransmission de la finale de la Coupe de France 2024 au Parc OL, Anissa a dû attendre deux ans pour assister à la condamnation de l’auteur des faits, en avril au tribunal correctionnel. Le caractère raciste et sexiste de l’agression subie n’a pas été retenu, contrairement à ce que demandaient les parties civiles et les réquisitions du parquet.

Les politiques montent au créneau

Le prévenu de 25 ans écope de dix mois de prison avec sursis et de deux ans d’interdiction de stade pour « violence en réunion dans une enceinte sportive ». Si la soirée de vendredi s’est révélée calme à OL Vallée, celle du samedi précédent, marquée par l’agression subie par Meriem Bouchedda et son compagnon, ainsi que par celle subie par un adolescent de 17 ans, mais encore par une rixe entre les Atypik Lyonnais (ex-Six Neuf Pirates), groupe non reconnu par le club, et un autre groupe de supporteurs lyonnais que cherchent à identifier les enquêteurs, a tout du point de bascule.

Les vives réactions de personnalités politiques de la métropole de Lyon ne manquent pas depuis cette triste soirée. « J’espère que l’OL va prendre la mesure des faits, qu’il prendra ses responsabilités et qu’il fera le ménage parmi ses supporteurs, évoque ainsi Laurence Fautra (LR), maire de Décines-Charpieu. On ne vient pas à Décines pour se défouler et tenir des propos racistes hors du temps. » Pour la députée lyonnaise du Nouveau Front Populaire Marie-Charlotte Garin, « le football a été souillé par deux agressions racistes d’une extrême violence ».

Meriem Bouchedda (21 ans), étudiante en droit et élue à la ville de Rillieux-la-Pape, a été victime avec son conjoint d'une violente agression samedi dernier, après le match de Ligue 1 entre l'OL et Le Havre (1-1).

Meriem Bouchedda (21 ans), étudiante en droit et élue à la ville de Rillieux-la-Pape, a été victime avec son conjoint d'une violente agression samedi dernier, après le match de Ligue 1 entre l'OL et Le Havre (1-1). - E. Martin / 20 Minutes

« Il faut que ça cesse », réclame Govou

Adjoint à la Sécurité à Décines, Jean-Emmanuel Alloin vient d’affirmer à BFM TV, après avoir visionné les images de vidéosurveillance de sa ville : « Une bande de sauvages s’est attaquée à des personnes, dont ce jeune de 17 ans. Ce sont des barbares qui se sont attaqués à lui à plusieurs, avec des coups de pied à la tête portés par certains. On n’est plus du tout sur une agression mais sur un homicide qui a échoué ». De son côté, l’ancien septuple champion de France au sein du meilleur OL de l’histoire Sidney Govou glisse sur son compte X : « Il faut que ça cesse ! Ne plus fermer les yeux svp. Identifier, virer et condamner fermement et le dire publiquement ! ».

Notre dossier sur l'OL

On a appris vendredi, en plein OL-Auxerre, que trois trentenaires venaient d’être interpellés dans l’agglomération lyonnaise pour leur implication dans les violences contre Meriem Bouchedda et son compagnon. Parmi eux, un homme de 33 ans est soupçonné d’être l’auteur principal de ces faits. « Le principal mis en cause, connu pour diverses infractions notamment liées aux stupéfiants, reconnaît les violences », précise une source proche du dossier, citée par l’AFP.