« On écoute mieux les morceaux »… Le CD retrouve une seconde jeunesse

« On écoute mieux les morceaux »… Le CD retrouve une seconde jeunesse

Il marque un retour assez inattendu. Après avoir résisté à l’arrivée du MP3 et des téléchargements illégaux, puis à la puissance des plateformes de streaming comme Spotify et Deezer, le CD est toujours en vie. Porté par Sony au début des années 1980, avec l’ambition de pouvoir contenir l’intégralité des 74 minutes la 9e Symphonie de Beethoven, le compact-disc avait été une véritable révolution dans les années 1990, atteignant son apogée au début des années 2000. C’est sous ce format très populaire que l’album D’eux de Céline Dion, sorti en 1995, avait dépassé les quatre millions de ventes en France.

L’objet iconique avait ensuite décliné sous les coups de boutoir du digital, disparaissant peu à peu des grandes surfaces. Beaucoup prédisaient sa mort, lente, mais inéluctable. Mais le CD est toujours là. Depuis quelques mois, il fait même un retour remarqué, avec des ventes qui repartent à la hausse. D’après une étude portée par l’organisme américain Luminate relayée par Tsugi, les ventes ont bondi de 16 % sur les six premiers mois de l’année ! Qui sont ces Français qui achètent encore des CD ? Et qu’achètent-ils ? 20 Minutes leur a posé la question.

« J’ai surtout pris du rap. Un peu de reggae aussi. » Gaëtan a 16 ans. Dans ses mains, l’adolescent tient une pile de quatre ou cinq CD chinés à l’occasion d’une grande braderie organisée toute la semaine à Rennes. Un vieil album d’un rappeur français actuellement en prison ou le premier disque de Tryo… Gaëtan a vu large. « J’ai grandi avec une génération streaming et j’écoute beaucoup de musique sur les plateformes. Mais le CD, c’est différent. Tu n’écoutes pas juste un seul son ou les deux trucs les plus connus que tout le monde écoute. Tu vas mettre tout l’album. Pour moi, c’est une marque de respect pour l’artiste. On écoute mieux les morceaux. »

« Pas juste un titre par ci ou par là »

A quelques mètres de là, Iréné a débusqué le magnifique Philarmonics d’Agnes Obel et un album de Sexy Sushi. Casque autour du cou, la jeune femme de 24 ans a mis en pause sa lecture Deezer. « J’ai un abonnement streaming, mais ce n’est pas pareil. Mes parents, ils ont toujours beaucoup écouté de CD. Et puis comme j’ai eu un téléphone très tard, bah c’était mon seul moyen d’écouter de la musique. J’ai gardé cette habitude. Je mets l’album dans ma chaîne hi-fi et j’écoute tout, pas juste un titre par ci ou par là. C’est un plaisir différent. Et puis, j’aime bien l’objet. »

Les ventes de CD repartent à la hausse aux Etats-Unis et en France, marquant le regain d'intérêt pour ce format qui a révolutionné la fin du XXe siècle.

Les ventes de CD repartent à la hausse aux Etats-Unis et en France, marquant le regain d'intérêt pour ce format qui a révolutionné la fin du XXe siècle. - C. Allain/20 Minutes

Si le CD se porte de mieux en mieux, ce n’est pas parce que quelques nostalgiques y sont revenus. C’est aussi parce que les maisons de disques ont senti la hype revenir, faisant le choix de promouvoir les disques des artistes les plus streamés. Aux Etats-Unis, la hausse des ventes serait d’ailleurs portée par le succès de la K Pop et du dernier album de BTS. « On vend absolument de tout. Du rap, du rock, du jazz, du classique. Ça dépend vraiment des gens. On a ici des gens qui ont entre 15 et 80 ans et qui ne veulent pas seulement écouter de la musique en streaming », raconte Jean-François, patron d’It’s Only.

Meilleure perf depuis vingt-cinq ans

Installé à Rennes depuis 2014, le disquaire n’est pas vraiment surpris de ce regain de forme de ce format accessible. « Le CD a permis de démocratiser la musique dans les années 1990. Il est resté populaire parce que c’est un bel objet et qu’il est toujours resté moins cher que le vinyle. » Les deux formats sont d’ailleurs en forme. D’après les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep), les Français ont acheté huit millions de CD et six millions de vinyles. « Leur meilleure performance depuis vingt-cinq ans », affirme le Snep. « Une consommation qui dépasse l’écoute seule et s’inscrit dans un rapport à l’objet et à la collection ». Difficile en revanche de savoir ce qui se vend le mieux, les charts ne faisant pas le distinguo entre supports physiques et écoutes numériques.

Si le CD fait un tel retour, c’est aussi parce qu’il est porté par un marché de l’occasion où les albums sont débarrassés pour quelques euros. Résultat : les disques tournent dans les voitures (pas trop récentes) et sur les chaînes hi-fi bradées sur Leboncoin ou en vide-grenier. « Il y a de plus en plus de chineurs, ça crée une petite communauté », affirme Jérémie, 53 ans. Le Rennais, qui possède « des milliers de vinyles » chez lui s’est remis en quête de CD, sentant la tendance revenir. « Le CD a été pas mal dénigré. On disait que son son était fade. Mais combien font vraiment la différence ? C’est un objet qui n’a pas bougé. » Allez, ce soir, on se remet un disque. Vous choisissez quel album ?