« On veut faire taire » : le pénaliste Raphaël Kempf jugé pour un mail sur des conditions de détention qu’il a qualifiées de « torture blanche »
Il ira se défendre ce vendredi 26 septembre devant le tribunal de Nancy : le pénaliste Raphaël Kempf est poursuivi « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique » tandis qu’il a dénoncé dans un mail les conditions de détention de son client.
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Journaliste, adjointe au service actualité en continu
Publié: 24 Septembre 2026 à 13h40Temps de lecture: 4 min
Août 2023. L’avocat Raphaël Kempf envoie un mail pour s’indigner des conditions de détention de son client, qu’il qualifie d’indigne et de « torture blanche ». Un fait somme toute assez banal dans l’univers judiciaire : à l’époque, l’avocat s’irrite surtout d’une nouvelle décision d’isolement de son client alors même que le tribunal administratif vient de lever la mesure. « Vous n’avez pas honte ? ! », écrit-il dans son mail.
Mais en novembre soudainement, l’avocat particulièrement médiatisé pour sa défense de manifestants, de syndicalistes, de journalistes et de collectifs écologistes (comme les Soulèvements de la Terre) fut convoqué au commissariat. Raphaël Kempf est entendu dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le Parquet de Nancy, après une plainte déposée par Cathy Christophe, la directrice de la maison d’arrêt de Nancy-Maxéville pour « outrage » et « diffamation ». De quoi faire bondir la profession. « Rien dans ce courriel ne saurait constituer une quelconque infraction pénale, et le parquet le sait parfaitement », dénonce le Syndicat des Avocats de France (SAF).
Il risque un an de prison et 15 000 euros d’amende
Plus surprenant encore : l’affaire ne s’est pas non plus arrêtée là. L’avocat sera jugé ce vendredi 25 septembre devant le tribunal correctionnel de Nancy. Une accusation qui fait encourir au pénaliste un an de prison et 15 000 euros d’amende.
S’agissant des conditions de détention, le pénaliste est solide sur ses appuis. « On sait que depuis plusieurs années, – deux décennies on va dire, – la façon dont la France et la justice française traitent les détenus ou les accusés, les personnes mises en cause pour des faits de terrorisme, est un traitement qui par beaucoup d’aspect viole les droits fondamentaux, la déclaration des droits de l’Homme, les droits de la défense les plus élémentaires », rappelle Raphaël Kempf, interrogé par le journal L’Humanité.
« Mon client à l’époque, parmi bien d’autres, faisait l’objet d’un traitement que je considère comme inique, disproportionné, et qui a pour but d’humilier, de faire mal », se rappelle-t-il, précisant qu’il ne parle pas du mitard mais de l’isolement carcéral.
Devant le tribunal, il lui sera sans doute reproché le terme de « torture blanche » ou « détention indigne ». Deux termes cependant connus des avocats, souligne-t-il.
Pour le pénaliste, son affaire traduit une « volonté de punir celui qui vient mettre le doigt sur ces conditions de détention ». « C’est vrai que ce terme de ‘torture blanche’, il est fort mais il n’est pas de moi. Un grand nombre d’avocates et d’avocats l’utilisent au quotidien pour travailler, pour dénoncer ce qu’il se passe à l’isolement. » Il est notamment utilisé par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour qualifier l’isolement de longue durée imposée aux détenus.
« C’est notre rôle d’avocat de dire quand nous pensons que quelque chose ne va pas », souligne Raphaël Kempf. « On veut faire taire, on veut intimider ceux et celles qui viennent dénoncer la violence, les bavures de l’État dans certaines conditions. »
Un constat partagé par le Syndicat des avocats de France (SAF), qui dans un communiqué, rappelle « que la liberté fondamentale d’expression de l’avocat est protégée par l’article 11 de la DDHC et par l’article 10 de la Convention Européenne des droits de l’homme. » « Le SAF constate que ces poursuites s’inscrivent dans un mouvement délétère de tentatives d’intimidations et d’actions, disciplinaires ou pénales, contre les avocats pour exercer leur métier. »
Dans une tribune publiée sur Politis, avocats, universitaires et députés dénoncent aussi les poursuites engagées à l’encontre du défenseur et rappellent comme d’autres avant eux se sont battus pour défendre la parole de l’avocat. Parmi elles, Gisèle Halimi.
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