On vous explique pourquoi l’eau de la plage des Sablettes est verte
« Bouillon de culture », « Marre à canard », « Eau dégoûtante »… Voilà comment la plage des Sablettes de Menton est décrite ces derniers jours par bon nombre d’usagers. Ici, la mer Méditerranée a troqué son manteau bleu – voire cristallin – pour une robe verdâtre. Un changement de couleur dû à la présence d’une microalgue, inoffensive pour l’Homme, mais qui ne donne pas vraiment envie de se jeter à l’eau. Sur les réseaux sociaux, comme sur la plage, l’aspect du rivage a fait l’objet de nombreuses critiques et interrogations.
Pour résoudre ce problème récurrent, le Syndicat mixte maralpin (Smiage) mène chaque matin, du mercredi 12 au vendredi 14 août 2026, une intervention ciblée dans l’anse est des Sablettes. Un imposant remorqueur fait tourner ses hélices au cœur de la baie afin d’oxygéner le plan d’eau.
« C’est une solution de court terme en attendant la seconde phase des travaux de la digue des Sablettes. La présence de cette microalgue n’est pas grave, mais montre un déséquilibre environnemental, et est également une source de désagrément visuel et olfactif », précise Sébastien Olharan, vice-président de la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) et membre du Smiage.
Une intervention identique avait été réalisée du 22 au 24 juillet dernier. Les conclusions étaient positives. « Après trois jours d’intervention, une disparition de l’aspect verdâtre de la masse d’eau a été observée » peut-on lire sur la note d’information rédigée par le Smiage, que Nice-Matin s’est procurée.
Une microalgue « non dangereuse pour l’humain »
Pour comprendre comment endiguer le phénomène, la Carf a commandé une analyse de l’eau. Le laboratoire d’océanologie de Villefranche-sur-Mer y a décelé la présence d’une « microalgue Pyramimonas à quatre flagelles ». Sa prolifération colore l’eau en vert et favorise le développement de cyanobactéries, provoquant l’asphyxie du milieu et menaçant directement la biodiversité.
Cette algue « est non dangereuse pour l’humain » d’après l’Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune-Cap-Martin, Menton et environs (Aspona). Ce que confirme la note d’information du Smiage.
La microalgue se développe naturellement dans une eau douce à température élevée, et en présence d’une forte luminosité. Des conditions que l’on retrouve aux Sablettes en raison de la configuration géographique de la baie, où se jette une source d’eau douce souterraine provenant de la vieille ville.
Par ailleurs, « le site des Sablettes est ce qu’on appelle une plage alvéolaire. Ce qui empêche l’eau de circuler librement et de se renouveler » précise l’Aspona. La zone de baignade est une anse, divisée en son centre par la digue exploitée par l’école de voile, créant deux petits bassins enfermés. Conséquence : l’eau peu profonde stagne et se réchauffe rapidement. Les températures excessives inédites, que le littoral subit depuis le début de l’été, accentuent davantage le phénomène.
À cela s’ajoute la digue sous-marine construite en février du côté des plages privées. Cet ouvrage submergé complique le renouvellement de l’eau de la baie avec celle du large, relate encore l’association. Et favorise, ainsi, la prolifération de la microalgue.
Remplacement du ponton de l’école de voile
Pour s’en débarrasser définitivement, la solution est d’améliorer la circulation de l’eau dans la baie. Seul moyen efficace pour limiter la stagnation de l’eau et son réchauffement rapide. C’est pourquoi l’Aspona suggère de supprimer la digue divisant l’anse en deux. Pour autant, l’opération est sensible puisque des espèces protégées ont élu domicile dans les enrochements.
Des aménagements que la Carf a pris en compte. Une seconde phase de travaux est planifiée à la mi-octobre pour faire suite à la construction de la digue sous-marine. Le chantier vise à réduire les deux tiers du ponton actuel de l’école de voile, et à remplacer la section rocheuse centrale par une structure sur micropieux. Améliorant ainsi la circulation de l’eau entre les anses privée et publique. L’été prochain, la plage des Sablettes devrait donc retrouver son bleu méditerranéen. Et le garder !