Pas de financement pour la campagne Le Pen ?
Au moins deux candidats à l’élection présidentielle n’ont toujours pas trouvé comment financer leurs campagnes : Bruno Retailleau et Marine Le Pen, que les banques ultra-frileuses jugent soit insolvable, soit infréquentable.
Publié le lundi 28 septembre 2026 à 07:42
Le candidat LR se voit opposer le risque de ne pas aller au bout, ou de pas faire mieux que Valérie Pécresse qui avait échoué en 2022 à passer la barre des 5% des voix, le seuil de remboursement par l’État.
Pour Marine Le Pen, c’est autre chose : le risque de faire fuir une partie de la clientèle. « Si vous prêtez au RN, je ferme mon compte et je change de banque. » Plusieurs établissements ont reçu des centaines de messages de ce genre, à chaque fois que l’idée d’un crédit était évoquée. Les banquiers évoquent aussi un « risque de conformité », qui tient au casier judiciaire du parti et de sa candidate.
Un parti qui a emprunté à une banque russe en 2014, à une banque émiratie en 2017 (ce que la loi interdit depuis, pas de financement hors Union européenne), à une banque hongroise en 2022. Rien de nouveau mais c’est la première fois que le mouvement donné en tête de tous les sondages est traité par le système bancaire français, comme un emprunteur à risque. Ce qui pose un réel problème démocratique.
Emmanuel Macron et François Bayrou
Emmanuel Macron, qui ne partait pas favori en 2017, avait eu lui aussi un problème de financement.
Le futur président n’avait pu emprunter les 8 millions € de sa campagne, qu’en faisant assurer par une prime à plus de 200.000 euros le risque de ne pas atteindre les 5% et de ne pas pouvoir rembourser la banque.
Entretemps, François Bayrou avait fait de la création d’une Banque de la démocratie, l’une des conditions de son ralliement à Emmanuel Macron. Mais l’idée avait ensuite été retoquée par le Conseil d’État.
Aujourd’hui, c’est le Premier ministre Sébastien Lecornu qui tente de trouver une solution
Il a appuyé en juillet la création d’un « pool bancaire » qui partagerait les risques financiers. Mais en retour, les banques ont exigé un filet de sécurité, une garantie d’État. Ce qui poserait une question d’égalité. Si Marine Le Pen bénéficie d’une garantie de financement, qu’est-ce qui empêcherait tous les autres candidats de la réclamer ? Et l’État de leur refuser ?
Objection qui a conduit le gouvernement à renoncer : rien n’est inscrit dans le projet de loi de finances. Mais peut-être le dispositif reviendra-t-il par le vote d’un amendement.
Faute de loi, comment Marine Le Pen pourrait-elle se financer ?
Par des prêts de particuliers, c’est légal, très encadré et c’est devenu au RN une pratique massive. Militants ou sympathisants prêtent au parti. Et le parti prête à la candidate, à condition de rembourser ensuite, sinon c’est un don déguisé.
Or c’est déjà un terrain miné : le RN est justement dans le viseur des juges, pour des soupçons de financement illicite sur la campagne 2022 de Marine Le Pen, à propos d’une vingtaine de très gros prêts, pour plus de 2 millions d'euros.
Conclusion ? Je n’en ai pas. Le financement présidentiel est aujourd’hui un problème sans solution évidente. Avant Lecornu, Bayrou avait bien tenté de relancer son idée de banque de la démocratie, dans son discours de politique générale « pour que le financement de la vie politique ne dépende pas de banques privées ». 8 mois plus tard, il était renversé par le RN.
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France Inter
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