Phares nucléaires abandonnés dans l'Arctique : l'inquiétant héritage des balises radioactives perdues par l'URSS
Pour éclairer 24 000 kilomètres de côtes arctiques, l’Union soviétique a automatisé ses phares avec du strontium-90. Dès 1991, ces générateurs thermiques sans surveillance ont propagé un risque invisible d’un bout à l’autre de la Route maritime du Nord.

L’automatisation extrême de la Route maritime du Nord pour éviter la présence humaine dans le grand froid
La surveillance de 24 000 kilomètres de littoral polaire représentait un défi logistique immense pour Moscou. En effet, les températures glaciales rendaient le maintien de gardiens de phare permanents très dangereux pendant l’hiver. Les postes isolés devenaient vite un enfer.
Lire aussi Deux incendies ont détruit les derniers Aérotrains, mais leur viaduc subsiste dans le LoiretPourtant, cette bande côtière abrite la Route maritime du Nord. Ce passage stratégique relie l’Asie à l’Europe durant l’été. Cependant, pour guider les navires, l’État devait fournir de l’électricité à des balises totalement perdues au milieu des glaces.
L’administration exigeait donc un système autonome et durable. Aucun opérateur ne pouvait intervenir sur place pendant l’hiver. Par conséquent, les ingénieurs ont conçu un dispositif capable de produire de l’électricité sans aucune maintenance durant des décennies.
Des déchets de combustible nucléaire au strontium-90 pour alimenter les balises à la place du plutonium
Pour alimenter ces phares, l’URSS a choisi des générateurs thermoélectriques à radioisotopes. Ce matériel transforme la chaleur de la désintégration radioactive en électricité. La NASA utilisait du plutonium purifié sur Voyager. En revanche, les Soviétiques ont recyclé leurs déchets nucléaires.
Lire aussi La tombe d’un prince-guerrier inhumé il y a 2 500 ans avec un casque et un char découverte en ItalieDes substances comme le strontium-90 ou le césium-137 produisaient entre 7 et 30 volts. De plus, ces cœurs très dangereux émettaient jusqu’à 1 000 roentgens par heure. Ainsi, plus de 1 000 modules ont été installés jusqu’en 1980.
L’effondrement de 1991 et la perte de contrôle de centaines de sources radioactives disséminées
Mais la chute du régime soviétique en 1991 a stoppé la gestion de ces équipements. En effet, la perte des registres officiels a effacé la trace de 200 modules. Les autorités ont ainsi oublié leur position exacte.
Par ailleurs, la mer et la glace ont emporté plusieurs unités. De leur côté, des pilleurs de métaux ont commencé à démonter ces installations. En 1999, un module volé émettait des radiations près d’un arrêt de bus.
Lire aussi En Chine, l’éradication des moineaux aurait aggravé la Grande Famine entre 1959 et 1961Puis, en 2001, trois bûcherons géorgiens ont manipulé deux modules dans une vallée. Ils ont développé de graves brûlures par radiation. De nombreux promeneurs ont aussi été hospitalisés après un contact accidentel dans la nature.
Un nettoyage international achevé en 2021 mais des zones d’ombre persistant dans l’Est sibérien
Dès 1997, la Norvège a réagi en finançant le retrait de soixante générateurs. Ces balises ont été équipées de panneaux solaires. Ensuite, un grand programme entre la Russie et les États-Unis a retiré les derniers modules en 2021.
Cependant, des accidents graves sont survenus durant le chantier. En 2003, des pilleurs ont détruit le blindage de deux réacteurs. Même si l’ouest est désormais sécurisé, la situation réelle dans les immensités orientales reste mal connue.
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