Poilievre invite au Canada le prince héritier iranien

Poilievre invite au Canada le prince héritier iranien

L’ancien prince héritier d’Iran, qui se présente comme la meilleure option pour ramener l’Iran à la démocratie, a accepté l’invitation du chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, à se rendre au Canada.

Lors d’un événement organisé en Colombie-Britannique, samedi, M. Poilievre a déclaré à la foule qu’en plus de cette invitation, il s’entretiendrait également par visioconférence avec Reza Pahlavi, dont le père a régné sur le pays en tant que shah jusqu’à ce que la révolution islamique de 1979 contraigne la famille à l’exil.

M. Poilievre n’a pas indiqué qu’il apportait son soutien à M. Pahlavi. S’exprimant lors d’une « réunion publique persane » organisée par le candidat conservateur en vue de la prochaine élection partielle de North Vancouver-Capilano, il a indiqué que c’était l’occasion de discuter de démocratie et de sécurité pour la diaspora iranienne.

« Ce n’est pas aux Canadiens ni à aucun gouvernement étranger de dire aux Iraniens qui doit diriger leur pays, mais il devrait y avoir un Iran libre et démocratique, entre les mains du peuple iranien », a déclaré M. Poilievre dans un enregistrement de l’événement du 15 août, diffusé par son bureau.

Cette déclaration a suscité de vifs applaudissements dans l’assistance.

Jeudi, M. Poilievre a publié sur ses réseaux sociaux une capture d’écran d’un appel vidéo avec M. Pahlavi.

Thank you to Crown Prince @PahlaviReza for discussing how Canada can protect our country from IRGC terrorists and stand with the Iranian people in their fight for a free and democratic Iran.

Canada must expel terrorist regime operatives, protect our communities from threats and… pic.twitter.com/hc8oEz1p3G

— Pierre Poilievre (@PierrePoilievre) August 20, 2026

« Je lui ai fait part de l’immense soutien que j’ai constaté au sein de la communauté persane de Vancouver, au Canada, ainsi que de son espoir de voir s’instaurer la liberté et un changement démocratique en Iran », a écrit le chef conservateur, ajoutant que le Canada devrait saisir les avoirs du régime iranien afin de soutenir le peuple iranien.

M. Pahlavi a écrit jeudi, dans un message publié sur X, qu’il était heureux de « retrouver » M. Poilievre et qu’il avait « accepté son invitation à se rendre à nouveau au Canada, où nous poursuivrons [la] discussion sur les moyens d’aider le peuple iranien ».

Âgé de 65 ans, le prince Pahlavi réside dans la région de Washington et a affirmé qu’il serait la meilleure personne pour remplacer l’ayatollah et superviser une transition vers des élections démocratiques.

« Le prince Reza Pahlavi s’est imposé comme un leader démocratique, rassembleur et reconnu à l’échelle du pays pour la période de transition de l’Iran », a fait valoir l’ancienne députée provinciale de l’Ontario Goldie Ghamari dans une pétition déposée ce printemps à la Chambre des communes.

Le prince héritier critiqué

Mais ses détracteurs affirment que son père dirigeait une dictature soutenue par l’Occident et reprochent à M. Pahlavi de ne pas avoir réussi à mettre en place un programme de gouvernance viable au cours de ses années d’exil.

Dans un commentaire publié en mars, Kaveh Shahrooz, chercheur principal à l’Institut Macdonald-Laurier, a souligné que M. Pahlavi ne proposait pas une vision de l’Iran reflétant sa diversité ethnique et politique.

« Malgré le respect qu’il prétend avoir pour les minorités ethniques iraniennes, M. Pahlavi refuse même d’évoquer le fédéralisme ou les droits linguistiques. Lorsque les partis kurdes ont récemment formé une coalition, il a réagi en menaçant d’envoyer une armée dont il n’a pas encore le commandement », a écrit M. Shahrooz.

« Le comportement illibéral et brutal du mouvement qu’il a cultivé contredit ses discours raffinés. »

Partisans et détracteurs mènent depuis des années des campagnes acharnées les uns contre les autres sur les réseaux sociaux, et ces efforts se sont intensifiés depuis que les États-Unis se sont joints à Israël pour déclarer la guerre à l’Iran en février.

M. Pahlavi a déjà assisté à des événements à Toronto, notamment à une manifestation organisée par un groupe iranien et à une autre par un groupe juif défendant la cause d’Israël.

L’Iran est dirigé comme une théocratie islamique, Mojtaba Khamenei ayant pris les rênes du poste de Guide suprême en mars après que son défunt père, l’ayatollah Ali Khamenei, eut été tué par Israël. Le Corps des gardiens de la révolution islamique, classé par le Canada comme groupe terroriste, exerce un contrôle considérable sur l’État.

L’Iran s’est senti enhardi par l’incapacité du président américain, Donald Trump, à mettre fin à la guerre, Téhéran exerçant un contrôle croissant sur le détroit d’Ormuz, qui abrite des voies maritimes mondiales vitales.

Pas de soutien du Canada

La Presse canadienne a demandé au cabinet de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, si celle-ci chercherait à rencontrer M. Pahlavi en cas de visite de ce dernier au Canada, mais n’a pas encore reçu de réponse.

En juin, le secrétaire parlementaire de Mme Anand, Rob Oliphant, a déposé une réponse à la pétition de Mme Ghamari, qui demandait au Canada de reconnaître M. Pahlavi comme « le représentant légitime du peuple iranien », se prononçant contre cette démarche.

« Le Canada ne soutient aucune figure de l’opposition en Iran et se tient aux côtés du peuple iranien dans sa longue et courageuse lutte contre le régime oppressif. L’avenir de l’Iran doit être décidé par le peuple iranien et le gouvernement appelle les dirigeants iraniens à écouter la voix de leur peuple », a écrit M. Oliphant.

Répression en Iran et ailleurs

Les Canadiens d’origine iranienne ont exprimé leur angoisse alors que Téhéran a réprimé à plusieurs reprises les manifestants et aurait pris pour cible la diaspora au Canada pour avoir organisé de grandes manifestations contre le régime.

Des manifestations ont éclaté fin décembre, les Iraniens exprimant leur colère face à la hausse du coût de la vie et aux pénuries d’eau et d’électricité. Les manifestations se sont transformées en rassemblements de masse réclamant publiquement la démission de l’ayatollah Khamenei, avant son décès.

En réponse à ces manifestations, le régime a tué des milliers de personnes et en a arrêté des dizaines de milliers d’autres. Alors que des vidéos montrant la répression brutale se propageaient à travers le monde, l’Iran a coupé l’accès à Internet et à la plupart des appels téléphoniques vers l’étranger.

Ottawa a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2012, mais des Canadiens d’origine iranienne affirment que l’Iran a continué d’envoyer des agents pour réprimer les membres de la diaspora qui contestent le régime en menaçant leurs proches restés au pays.

En 2022, Ottawa a sanctionné Morteza Talaei, haut responsable militaire iranien, quelques mois après qu’il eut été aperçu en train de s’entraîner dans une salle de sport à Richmond Hill, une banlieue proche de Toronto où vivent de nombreux Canadiens d’origine iranienne.

En janvier 2025, l’enquête sur l’ingérence étrangère a conclu dans son rapport final que l’Iran « se concentre plutôt sur la répression transnationale pour empêcher la critique de son gouvernement. L’Iran s’appuie sur des groupes criminels pour mener à bien ses activités d’ingérence et procède à du harcèlement psychologique en ligne ».