Présidentielle 2027 : Le Pen, Mélenchon, Philippe… À sept mois du scrutin, malgré les sondages, les jeux ne sont pas faits

Présidentielle 2027 : Le Pen, Mélenchon, Philippe… À sept mois du scrutin, malgré les sondages, les jeux ne sont pas faits

Entre les débats autour du vote du budget, les candidats qui ne se sont pas déclarés et l’inattendu d’une campagne sous tension, l’élection présidentielle est loin encore d’être jouée. Analyse.

À sept mois de l’élection présidentielle, peut-être la plus importante des dernières années, un duel s’est installé dans les sondages : un second tour entre Marine Le Pen, très largement favorite, qui caracole à 35 % des intentions de vote, et Jean-Luc Mélenchon, autour de 18 %. Derrière, un challenger se détache nettement : Édouard Philippe, le candidat du vote « utile » ou « refuge », qui, au gré des configurations du premier tour, oscillerait entre 15 et 21 points. Ce qui, à ce stade, permet au centriste de droite de contester la finale des “extrêmes”.

Si la vérité des sondages à un an d’une élection a souvent été contredite, la particularité tient aujourd’hui dans l’avance de Marine Le Pen, et les hypothèses de second tour qui la donnent gagnante à tous les coups. Un statut de favori qu’il faudra gérer, le RN étant plus habitué à un rôle de chasseur que de chassé. Il faudra observer son attitude lors de la séquence budgétaire.

Hollande, Bertrand… Lecornu ? Les candidats en embuscade

François Hollande attend son heure. Ou plutôt mise sur une chute de Raphaël Glucksmann pour se poser en alternative au centre-gauche. L’ancien président de la République voudra défendre une position sociale-démocrate qui lui avait joué des tours pendant son mandat. Un peu plus à droite mais dans une posture aussi « éco-soc » Xavier Bertrand continue de croire en sa bonne étoile, malgré le piteux épisode de la primaire en 2021. Il se targue d’être le seul avec Emmanuel Macron à avoir battu Marine Le Pen. Enfin, Sébastien Lecornu pourrait en toute fin de campagne tenter sa chance, le Premier ministre est soutenu notamment par le Nobel d’économie, Philippe Aghion.

Marine Le Pen aurait tout intérêt à ce qu’un texte soit voté pour sécuriser l’année 2027, au risque toutefois de se voir reprocher l’adoption de mesures impopulaires. Car si les Français, qui n’ont jamais été aussi pessimistes sur la trajectoire du pays, aspirent à un sérieux changement — comme le montre l’étude menée par Sciences Po avec la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne —, il est surprenant de voir que la formation d’extrême droite est considérée par les sondés comme un parti aux propositions radicales.

Envie de radicalité

C’est peut-être contre-intuitif : si le RN prône un argumentaire nationaliste très virulent contre les étrangers, notons au passage que le sujet est loin d’être la préoccupation majeure des Français, ses propositions économiques plutôt prudentes restent très conventionnelles, notamment sur les retraites, malgré l’annonce récente et à préciser de 125 milliards d’euros d’économies.

La galaxie des candidats à l’élection présidentielle
La galaxie des candidats à l’élection présidentielle Sophie Wauquier

Sur l’échiquier politique, les postures radicales sont plutôt portées par La France insoumise qui souhaite effacer la dette, augmenter fortement les salaires et faire une révolution verte ou par un David Lisnard. Le maire de Cannes, candidat libéral, propose notamment de supprimer plusieurs centaines de milliers de postes de fonctionnaires pour mieux payer ceux qui restent, d’instaurer la retraite par capitalisation et de faire le grand ménage dans les normes.

Sa faible notoriété nationale l’empêche d’être considéré aujourd’hui comme une option sérieuse, mais il anime la campagne par ses idées clivantes. L’enseignement de cette situation suggérerait aujourd’hui de temporiser, des candidats ne sont pas encore déclarés.

PS et LR : même combat ?

Raphaël Gluscksmann a redonné des couleurs au PS après sa campagne des Européennes. Depuis, il tente de s’imposer comme une alternative à la France insoumise, mais il reste contesté par une frange du parti. La primaire peut-elle lui apporter la légitimité dont il a besoin pour s’émanciper de la gauche radicale ?

Difficile encore à dire, mais sa dynamique lui permet d’espérer un résultat qui sera très loin des catastrophiques candidatures témoignages d’Anne Hidalgo ou Benoît Hamon. C’est là, tout le paradoxe des deux grands partis traditionnels que sont le PS et LR.

Ce sont eux qui disposent encore d’un tissu d’élus locaux dense, ils sont à la tête des grandes métropoles, des départements ou des régions, mais ces dernières années, ils ne pèsent plus grand-chose au niveau national. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, avec ses 4,78 % en 2022 ne le contestera pas.

L’actuel président des LR, Bruno Retailleau, en fait d’ailleurs aujourd’hui l’expérience. Le sénateur vendéen a du mal à dépasser les 8 % d’intentions de vote et il paraît toujours chercher un espace politique à droite entre Edouard Philippe, Marine Le Pen et Eric Zemmour.

La situation financière difficile de son parti et la frilosité des banques à abonder la campagne pourraient entraîner un rapprochement d’ici fin mars avec un autre candidat.

Les certitudes d’octobre peuvent voler en éclats en mars, tant la tension est forte et où un événement inattendu, en France comme à l’étranger, pourrait torpiller la campagne. François Fillon en est le témoin idoine, fauché en plein vol, il y a dix ans, par le « Penelopegate ».

Le parallèle avec la situation de Jordan Bardella pourrait d’ailleurs se poser face aux révélations de Mediapart sur ses écrits antisémites de jeunesse. Loin du fatalisme annoncé, la route vers l’Élysée sera encore longue et semée d’embûches.