Présidentielle au Brésil: à 80 ans, Lula mis au défi d'empêcher le retour des Bolsonaro au pouvoir
DUEL PRÉSIDENTIEL AU BRÉSIL. Candidat à un quatrième mandat à la tête du Brésil, le président de gauche affrontera ce week-end Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro condamné pour tentative de coup d'État.
C'est sans doute sa dernière bataille politique. Ce dimanche 4 octobre, le président Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, tentera de se faire réélire face à son rival Flavio Bolsonaro, 45 ans. Élu en 2002 et 2006 avant de revenir au pouvoir en 2023, le leader de la gauche brésilienne brigue un quatrième mandat à la tête du Brésil.
Après avoir battu le président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), Lula affrontera cette fois son fils aîné, avec la lourde tâche de contenir la vague conservatrice qui déferle ces dernières années sur l'Amérique latine, en Argentine, au Chili, en Bolivie et dernièrement en Colombie et au Pérou.
Les derniers sondages donnent l'ancien ouvrier métallurgiste en tête au premier tour, mais les deux candidats seraient au coude à coude lors du second, organisé dans trois semaines le 25 octobre.
Lula prêt à vivre "jusqu'à 120 ans"
Toujours coiffé d'un panama depuis qu'il s'est fait retirer en avril une lésion cancéreuse sur le cuir chevelu, Lula s'efforce depuis le début de la campagne à montrer qu'il peut tenir les rênes du pays quatre ans de plus.
Alors que Flavio Bolsonaro le compare à un "produit périmé" voire à un "Biden brésilien", le président octogénaire ne manque jamais une occasion de montrer sa bonne forme physique, sautant au rythme de la musique lors de ses meetings ou trottinant jusqu'au pupitre avant de prononcer ses discours.
Remis d'un cancer du larynx, mais aussi d'une chute dans sa salle de bains qui lui a valu fin 2024 une hémorragie près du cerveau, le chef d'État se dit prêt à "vivre jusqu'à 120 ans".
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À ses côtés, Rosangela da Silva, 59 ans, sa troisième épouse, participe à rajeunir son image. Moderne et féministe, celle que tout le monde appelle "Janja" fait mouche auprès du camp progressiste. Sur les réseaux sociaux, elle met régulièrement en scène son mari, comme lorsqu'elle le filme en pleine séance de sport, en marcel blanc et serviette autour du cou, façon boxeur. Une communication politique bien utile pour Lula, qui assume ne pas avoir de téléphone portable.
Embellie économique
S'il avait dit en 2022 qu'il briguerait son dernier mandat, l'ancien leader syndicaliste a de bons arguments pour repartir en campagne. Il est crédité pour avoir rétabli les politiques sociales cassées par Jair Bolsonaro, enrayé le saccage de l'Amazonie et renoué avec un fonctionnement normal de la démocratie brésilienne après le coup d'État fomenté par son prédécesseur.
"Les données macro-économiques sont bonnes. L'inflation est maîtrisée et le chômage connaît une baisse historique", dépeint Silvia Capanema, maîtresse de conférence en civilisation brésilienne à l'université Sorbonne Paris-Nord.
Sur la scène internationale, Lula s'est présenté en champion de la souveraineté brésilienne au moment où Donald Trump, soutien du clan Bolsonaro, étend son influence sur les pays de l'Amérique latine. "Le Brésil n'est dans l'arrière-cour de personne", a clamé Lula à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU.
Depuis les conquêtes sociales de ses deux premiers mandats, Lula lui-même reste une icône de la gauche brésilienne à qui le Parti des Travailleurs n'a pas réussi à trouver de successeur.
"Il reste très populaire. Pendant la campagne, c'est le seul qui a réussi vraiment à mobiliser les foules", observe Silvia Capanema.
Ces derniers jours, une marée rouge - la couleur du PT - de supporters de Lula s'est ainsi déversée dans les rues de Fortaleza et de Salvador à l'occasion d'événements de campagne aux allures de carnaval.
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Manque de perspective
Pourtant, même l'homme le plus populaire de l'histoire contemporaine du Brésil - en 2011, il quittait la présidence avec un taux d'approbation frôlant les 90% - pâtit de l'usure du pouvoir.
"Le slogan de son troisième mandat avait été 'unité et reconstruction'. Aujourd'hui, il a toujours un peu ce même message. Pour certains Brésiliens, il n’y a pas assez de promesses vers l'avenir", analyse Thomás Zicman de Barros, docteur associé au Centre de recherches politiques (Cevipof) de Sciences Po Paris et spécialiste de l'Amérique latine.
Les bons chiffres de l'économie brésilienne cachent par ailleurs d'autres problèmes: une croissance qui ralentit, la vie chère malgré les efforts de Lula pour redonner du pouvoir d'achat et le surendettement des ménages.
"Le chômage baisse mais cela cache une précarisation croissante des travailleurs dont beaucoup sont des indépendants", poursuit Silvia Capanema, qui pointe également une "conjoncture internationale moins favorable que lors de ses premiers mandats".
Pour tenter de s'assurer le soutien des classes populaires, Lula a pris dans la dernière ligne droite de la campagne des mesures très symboliques: une revalorisation de son programme d'aide sociale Bolsa Familia, dispositif phare de son tout premier mandat en 2003, et une interdiction des paris sportifs en ligne, sources d'endettement pour des millions de Brésiliens.
Insécurité rampante
Autre angle mort de la politique de Lula, l'insécurité rampante, première préoccupation des électeurs selon les sondages. Si le crime organisé sévit toujours, c'est plus récemment les vols de téléphone portable qui sont devenus le symbole d'une insécurité du quotidien touchant monsieur et madame tout le monde. Selon une étude publiée en mai par l'ONG Forum brésilien de sécurité publique (FBSP), environ 14 millions de personnes se sont fait voler un téléphone lors des 12 mois précédents.

Présidentielle au Brésil: qui est Flávio Bolsonaro?
2:06
Même si le maintien de l'ordre est du ressort des gouverneurs, l'opposition met l'insécurité sur le compte de l'inactivité de Lula. "Pendant des décennies la gauche brésilienne n'a pas voulu parler des violences, pensant qu'elles baisseraient naturellement en réduisant les inégalités. Mais ça n'est pas ce qui s'est produit", pointe Thomás Zicman de Barros.
Conscient de ces critiques, le président Lula a lancé en mai dernier un plan pour combattre le crime organisé, notamment en coupant à la racine leurs ressources financières.
Des proches de Lula dans le viseur de la justice
Le champion de la gauche n'a pas non plus réussi à se débarrasser complètement des accusations de corruption qui ont entaché sa carrière politique. Après ses deux premiers mandats, le travailliste avait été emporté par le tourbillon de l'affaire Petrobras, le plus grand scandale politique de l'histoire du Brésil. Condamné pour corruption et incarcéré pendant plus d'un an et demi entre 2018 et 2019, il avait ensuite été blanchi par la justice, l'enquête ayant été jugée partiale.
Aujourd'hui vierge de tout soupçon, le président reste pourtant affaibli par des affaires impliquant son entourage. Trois enquêtes pour trafic d'influence visent l'un de ses cinq fils, Fabio Luis dit "Lulinha". Selon la presse brésilienne, la police cherche à déterminer s'il a illégalement servi d'intermédiaire en faveur de proches auprès du ministère de la Santé et d'autres structures publiques.
Lula est aussi indirectement éclaboussé par l'affaire "Banco Master", vaste scandale politico-financier qui a percuté de plein fouet la campagne présidentielle. Si l'affaire concerne surtout son rival Flavio Bolsonaro, sous le coup d'une enquête pour corruption, des proches de Lula sont aussi dans le viseur de la justice, à l'instar de Jaques Wagner, cadre historique du Parti des travailleurs (PT), qui a récemment fait l’objet d’une perquisition.
Climat de corruption
Le scandale, aux ramifications tentaculaires, jette aussi le discrédit sur le Tribunal suprême fédéral, pilier du pouvoir judiciaire brésilien. Un rapport de police a en effet révélé des conversations privées entre le banquier Daniel Vorcaro, au cœur de l'affaire, et le célèbre juge Alexandre de Moraes, connu pour avoir conduit le procès historique de l'ex-président Bolsonaro. Une affaire dans l'affaire que Flavio Bolsonaro n'a pas tardé à instrumentaliser, tissant un lien de connivence entre Lula et le juge.
"Au moment du coup d'État de Jair Bolsonaro, la Cour suprême était perçue comme un défenseur du camp démocratique, dont Lula fait partie. C'est pourquoi le scandale le touche indirectement", souligne Silvia Capenama.
Au final, ces affaires risquent de toucher indistinctement les deux candidats, selon certains analystes. "Il y a une certaine lassitude chez les électeurs, qui pensent que tout le monde est corrompu", relève auprès de l'AFP le professeur Joscimar Silva, de l'Institut de sciences politiques de l'Université nationale de Brasilia.
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Lula ou Bolsonaro, le choix est pourtant radicalement différent, à peine quatre ans après l'assaut des partisans de l'ancien président d'extrême contre les institutions républicaines à Brasilia. Pour le chercheur Thomás Zicman de Barros, "ce n'est pas une élection normale où on choisit entre la droite et la gauche. C'est la démocratie brésilienne qui est en jeu".
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