« Prêt à rédiger un rapport pour 1.000 euros ? » : voici comment les espions cherchent à récupérer des informations sensibles en Belgique
« Prêt à rédiger un rapport pour 1.000 euros ? » : voici comment les espions cherchent à récupérer des informations sensibles en Belgique
Publié le 04 octobre à 19h24
Ajoutez-nous à vos favoris Google La Belgique est-elle devenue un terrain de chasse pour les espions ? Alors que le Conseil national de sécurité s’est réuni ce vendredi pour évoquer les menaces hybrides, notre pays est confronté à des tentatives d’espionnage visant ses institutions, ses responsables politiques et ses entreprises stratégiques. Une enquête de Xavier Gerard et Corentin Simon.La Belgique abrite les institutions européennes et l’OTAN, mais aussi des entreprises actives dans des secteurs stratégiques. Une situation qui attire l’attention des services de renseignement étrangers. Pour comprendre comment ils opèrent, notre équipe s’est intéressée à leurs méthodes, de la tentative de recrutement au piratage informatique.
Parmi les éléments recueillis figure une proposition professionnelle interceptée par la Sûreté de l’État. Elle est envoyée à une personne qui détient des informations confidentielles et porte sur la position de l’État belge concernant le commerce avec la Chine.
Le message est explicite : « Seriez-vous prêt à rédiger un rapport de 2, 3 pages pour 1.000 euros ou plus, en fonction de la qualité des informations ? » Derrière ce prétendu consultant se cache en réalité un espion chinois. La proposition aurait notamment pu être adressée à un membre du Parlement européen.
Dans les couloirs de l’institution, Saskia Bricmont, eurodéputée Ecolo, sait qu’elle peut elle aussi être visée. « Je suis une cible potentielle, effectivement », reconnaît-elle, notamment en fonction des dossiers traités et des informations stratégiques qui peuvent être échangées.
Des téléphones surveillés et des oreilles dans les restaurants
La députée affirme ne pas savoir si elle a déjà été approchée par des espions. Mais son travail sur des dossiers sensibles, comme au sein de la commission d’enquête sur les logiciels espions, l’a amenée à envisager cette possibilité : « Il est possible qu’il y ait eu en tout cas des tentatives d’intrusion. »
Les députés et leurs collaborateurs sont formés pour éviter les pièges. Le téléphone fait notamment l’objet d’une attention particulière lors des réunions sensibles. « Mettre son téléphone de côté quand on a une réunion potentiellement sensible est un geste simple qu’on fait dans des réunions stratégiques », explique Saskia Bricmont.
Dans certains pays, les précautions vont encore plus loin. Dans les ambassades ou les représentations permanentes de l’Union européenne, des boîtiers permettent de déposer les téléphones.
Mais les techniques d’espionnage peuvent aussi être beaucoup plus traditionnelles. Dans le quartier européen de Bruxelles, des espions pourraient se cacher sur les terrasses des restaurants pour écouter certaines conversations.
Un restaurateur raconte que des policiers fédéraux sont venus poser des questions sur certaines personnes qui auraient fréquenté son établissement. Ils voulaient notamment savoir « qui était là, avec qui ils étaient là, combien de temps ils ont passé ». Ils ont également consulté le livre de réservations à la recherche d’un nom précis.
De faux diplomates dans les ambassades
La Russie et la Chine sont notamment épinglées dans le rapport de la Sûreté de l’État. Certains espions se cacheraient dans les ambassades sous une couverture diplomatique.
Raoul Delcorde, ancien ambassadeur belge, explique que certaines personnes travaillant dans ces représentations peuvent désormais être identifiées comme des espions. Mais leur présence ne permet pas, à elle seule, de déterminer le niveau de menace : « Toute la question est de savoir, est-ce qu’on les tolère ? Est-ce que ce sont des espions dormants ? Ou bien est-ce qu’ils menacent réellement la sécurité belge ou de l’OTAN ? »
Et l’espionnage ne s’arrête pas aux ambassades. Une grande partie des activités se déroule désormais en ligne. Lors d’un forum consacré à la cybersécurité en Wallonie, des démonstrations montrent ce qu’un pirate peut faire après avoir pris le contrôle d’un ordinateur : injecter des commandes, modifier une base de données ou récupérer son contenu.
« On peut vraiment faire tout ce dont on a envie. On a accès à tout », explique un représentant lors de la démonstration.
Une simple boîte mail peut déjà suffire
Jérémy Grandclaudon, expert en cybersécurité à l’Agence du Numérique, cite notamment les secteurs des biotechnologies, de l’industrie et de la défense, avec des entreprises comme Thales ou ArcelorMittal. Les services de renseignement peuvent chercher à comprendre ce qui se passe au sein d’un État ou d’une entreprise. Et ils savent se montrer « prudents » et « méthodiques », ce qui les rend difficiles à repérer.
Pour obtenir ces informations, il n’est d’ailleurs pas nécessaire de réussir une attaque informatique de grande ampleur. Une seule boîte mail peut déjà suffire.
« Compromettre une boîte mail, par exemple, imaginez la boîte mail d’un diplomate, d’un parlementaire. C’est forcément très intéressant », explique Vincent Defrenne, cofondateur de l’entreprise de conseil en cybersécurité NVISO. Même si une boîte mail ne représente qu’une petite partie du système informatique d’une organisation, elle peut être « une source d’information énorme ».
Face à ces risques, les entreprises doivent donc renforcer leur sécurité. L’Europe impose d’ailleurs de nouvelles exigences pour limiter les risques de sabotage et mieux protéger les données confidentielles.
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