Preview : Game of Thrones : War for Westeros veut être la meilleure adaptation du Trône de Fer
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En même temps, la concurrence est mince
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Adapter la fresque de George R.R. Martin en jeu vidéo a toujours ressemblé à un sacerdoce, au point que la seule proposition réellement recommandable à ce jour reste le minimaliste Reigns : Game of Thrones (même la version Game of Thrones de TellTale était poussive au possible). Voir débarquer Game of Thrones : War for Westeros avec la ferme intention de s'asseoir sur un trône désespérément vacant a donc quelque chose de délicieusement méta. Reste à savoir si ce futur STR a les reins assez solides pour régner, ou s'il finira décapité en place publique comme un vulgaire second rôle de chez HBO.
Aux commandes de ce chantier, on retrouve PlaySide Studios, société australienne forte de plus de 250 employés, mais dont le pedigree manque encore cruellement d'un fait d'armes indiscutable. Longtemps cantonnée aux productions mobiles, au travail de commande pour les majors hollywoodiennes (dont Disney, Warner, Nickelodeon...) et aux essais plus ou moins réussis (plutôt moins à dire vrai) comme le STR Age of Darkness : Final Stand ou Thrive : Heavy Lies the Crown, la structure de Melbourne passe un cap énorme en s'attaquant au monument de George R.R. Martin. Une force de frappe indéniable sur le papier, qui doit maintenant prouver qu'elle sait concevoir un grand jeu de stratégie avec du caractère, plutôt qu'un énième produit de commande standardisé.
Total War of Westeros
Pour cette preview, le studio PlaySide nous a offert l'accès à une version de travail du jeu Game of Thrones : War of Westeros. Une itération loin d'être terminée, et assez chiche en contenu à dire vrai. Avec les onglets de campagne scénarisée (au singulier, notons-le, mais on est peut-être trop soupçonneux), les batailles personnalisées et le mode factions cadenassés à double tour, cette démo s'est résumée à de l'escarmouche brute en 1v1, jouable en solo ou en ligne. On a pu se mettre sur la tronche dans deux théâtres d'opérations bien connus des lecteurs/spectateurs : les marais poisseux de Fort-Levant (Greywater) et les reliefs austères de Cendremarc (Ashemark). On a vite fait le tour du propriétaire, mais l'essentiel est ailleurs.
Pour faire tourner la machine de guerre, les développeurs ont taillé dans le gras avec une économie réduite à sa plus simple expression, puisqu'on ne récoltera que deux ressources : l'Or et l'Influence. Oubliez la microgestion pointilleuse de dizaines de matières premières façon The Settlers ; ici, on pose ses bâtisses de production pour générer du cash ou du crédit politique, deux devises nécessaires pour enrôler de la bleusaille ou s'approprier des lopins de terre. Un dépouillement qui fluidifie les ouvertures de partie et permet une prise en main immédiate (plutôt pratique, puisque en l'état le titre n'avait aucun tuto) mais qui risque de faire grincer des dents les amateurs de logistique médiévale.

Cette preview ne nous a donné accès qu'à deux familles : les Stark et les Lannister. La version finale inclura aussi les Targaryen et les Marcheurs Blancs. Sur le papier, chaque Grande Maison aura une identité de gameplay marquée, Winterfell mise sur une armée vigoureuse et une production rapide d'unités de guerre, tandis que Castral Roc joue la montre avec une solide gestion économique pour ne jamais tomber à court de ressources. Dans les faits, le Nord roule actuellement sur tout ce qui bouge grâce à un potentiel d'attaques éclairs totalement déséquilibré, et les Lannister ne sont que de simples victimes expiatoires.
Sur le champ de bataille, les escarmouches obéissent aux règles immuables du pierre-feuille-ciseaux militaire. Les cavaliers pulvérisent les cohortes d'archers, les lanciers brisent net les charges équestres et l'infanterie lourde fait le ménage au corps-à-corps. A priori, on est donc face à une orthodoxie ludique qui ne surprendra personne, qui manque pour le moment d'une étincelle tactique ou d'interactions environnementales fortes capables d'élever les passes d'armes au-dessus du simple concours de statistiques et de surnombre.

Le skin Game of Thrones
Le champ de bataille repose sur un découpage sectoriel très marqué, où la carte est divisée en territoires autonomes qu'il faut annexer au plus vite pour acquérir toujours plus de ressources. Chaque parcelle sécurisée octroie des emplacements de construction supplémentaires, démultipliant vos capacités de production militaire pour écraser le camp d'en face sous le nombre. Une dynamique agressive qui pousse donc au rush le plus décomplexé : War for Westeros ne fait pas de quartier et incite à asphyxier l'adversaire dès les premières minutes par une occupation territoriale forcenée. De fait, les débuts de round sont de véritables courses de vitesse.
Pour pimenter les rixes, le titre dégaine l'artillerie lourde du fan-service avec un système de Champions à invoquer une fois les prérequis de bâtiments validés. Voir Jon Snow et Robb Stark charger aux côtés de Fantôme et Vent Gris fait forcément sourire tout fan, tout comme déployer Jaime ou Tywin Lannister pour galvaniser les lignes militaires. Ces unités d'élite apportent un surplus de punch bienvenu, même si leur puissance brute bouscule encore trop violemment un équilibrage général déjà passablement chancelant.

Mais le véritable angle mort de ce premier contact reste l'absence totale de dimension politique. Réduire les intrigues de Westeros à un clone d'Age of Empires dégraissé, sans trahisons ni coups de poignard en douce, ni alliances contre-nature, c'est tout de même passer à côté de ce qui fait le sel de l'œuvre originale. En l'état, on massacre du soldat à la chaîne dans un STR très classique, sur une bande originale qui sert des nappes symphoniques génériques sans la moindre saveur (on sent que Ramin Djawadi est resté bien loin du studio d'enregistrement). On espère ardemment que les modes de jeu complets et les autres Maisons à venir viendront injecter la perfidie narrative qui fait si cruellement défaut à cette première ébauche.
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