Procès de l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque : "J’ai une partie de moi qui est restée là-bas", pleure l’une des multiples victimes "invisibles" du drame

Procès de l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque : "J’ai une partie de moi qui est restée là-bas", pleure l’une des multiples victimes "invisibles" du drame

Tout au long de cette huitième journée de procès, les avocats des parties civiles se sont succédé, ce lundi 12 octobre 2026, pour porter la voix des victimes. Celles qui pleurent leurs proches disparus dans l’incendie criminel survenu dans la nuit du 13 au 14 février 2022 à Saint-Laurent-de-la-Salanque mais aussi celles qui, en silence, ont perdu une part de leur vie.

Huit morts. Derrière le drame terrible de Saint-Laurent-de-la-Salanque, il y a aussi tous ceux qui restent. Innombrables.

Le cortège des familles éplorées. Des parents, des sœurs, des fils… hantés par ces images de leurs proches face à l’indicible enfer. Imaginant leur terreur à voir la mort arriver, leur ultime instinct de survie quand la chaleur est devenue insupportable jusqu’à ce qu’ils ne s’effondrent dans les flammes, leurs enfants serrés dans les bras. Un petit garçon d’un an et demi et un bébé de 129 jours à peine qui leur a été rendu dans sa barboteuse noircie de suie en guise de linceul.

Et puis, soudés derrière eux et leur chagrin, il y a tous les autres. Ces quatre survivants, dont une adolescente âgée de 15 ans à l’époque, qui ne réchapperont jamais véritablement au cauchemar. Vingt-trois riverains "déplacés" qui ont vu tout ce qu’ils possédaient, la moindre photo souvenir, partir en fumée. Ceux qui se sont retrouvés à la rue par cette nuit d’hiver, puis en foyer, ont sombré ou n’ont pas pu se relever… Ceux qui ont perdu leur emploi, le projet d’une vie, la sérénité, le sommeil et leurs rêves. Tous ces commerçants du quartier dont le gagne-pain a été anéanti en une déflagration, réduit à un tas de gravats sur lequel on ne reconstruit pas. Ces voisins, sortis de leur sommeil en sursaut, qui dans un incroyable élan de solidarité se sont précipités en pyjama en pleine nuit en bas de leurs immeubles hurlant : "Réveillez-vous, réveillez-vous !" Qui ont porté secours malgré le danger, y compris à un des accusés grièvement brûlé. Tous pourtant écrasés par la culpabilité de n’avoir pu sauver tout le monde. Autant de victimes silencieuses aux blessures invisibles. Autant de souffles de vie emportés par un souffle criminel.

"Nous, on est vivants, mais on ne sera jamais plus comme avant"

Ce couple-là vivait en face. Au-dessus de son magasin. Les enfants étaient couchés à l’étage. Les parents venaient d’éteindre la télévision et de quitter leur salon quand le rideau de fer de l’épicerie soufflé par l’explosion est venu s’y encastrer, faisant exploser les garde-corps du balcon. Une "vraie scène de guerre". Les monticules de débris empêchent d’aller chercher les petits en haut. Tous s’en sortiront, iront vivre pendant des mois dans le froid d’une caravane, et s’enfonceront peu à peu dans la précarité.

À lire aussi : Procès de l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque : "J'ai joué de malchance et j'ai été naïf", l’agent d’assurances de l’épicier a-t-il été "manipulé" ?

Même destin pour cette voisine, encore effondrée en larmes dans la salle de la cour d’assises. Ce soir-là, elle a cru que c’était la foudre. Dès qu’elle a vu le feu, elle a réveillé sa fille. "Vite, cours, tu vas prévenir les autres" lui a-t-elle crié. Tandis qu’à travers sa fenêtre, elle entend les cris d’un petit enfant. Et sous ses yeux se déroule l’horreur. En un instant, "les flammes ont avalé la jeune maman de l’immeuble d’en face avec son nourrisson dans les bras." Jamais, elle ne pourra revenir dans son appartement, jamais elle n’oubliera. "J’ai une partie de moi qui est restée là-bas", confiera-t-elle, condamnée à une vie d’errance et de dépression. "Nous, on est vivants, mais on ne sera jamais plus comme avant", répètent-ils, tous.

À lire aussi : Procès de l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque : "Je pensais qu’il n’y avait que l’épicerie qui allait brûler", le jeune sans papiers s'excuse en larmes auprès des victimes

Alors aujourd’hui, de ces trois accusés, dont un est passé aux aveux et deux continuent de nier, ils attendent de "comprendre". Partagés entre "leur sentiment de trahison" vis-à-vis de ces hommes qui partageaient leur quotidien et "leur colère sourde" eu égard au mobile présumé crapuleux du crime, pour une lamentable escroquerie à l’assurance. " Ils n’ont toujours pas eu d’explications, ni repenti, ni excuses. Et les dénégations sont une souffrance de plus pour eux", ont martelé les avocats des parties civiles, lançant un dernier appel à l’attention du box. "Messieurs, au dernier jour du procès, on vous donnera la parole. Vous aurez encore l’occasion de dire les choses." De leur donner cette vérité qui n’éteindra jamais le feu du drame qui continue de consumer le cœur de ceux qui restent.

Le procès sur l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque dans les Pyrénées-Orientales qui, en février 2022, a ôté la vie à huit victimes dont deux enfants en bas âge, débute ce jeudi 1er octobre. Sur le banc des accusés, trois hommes, qui se rejettent la responsabilité de ce drame.

> Retrouvez tous nos articles