Propos racistes à Carcassonne : ce que l’on sait des échanges filmés entre policiers municipaux

Propos racistes à Carcassonne : ce que l’on sait des échanges filmés entre policiers municipaux

Une vidéo de novembre 2025 dans laquelle des policiers municipaux de Carcassonne tiennent des propos racistes, sexistes, homophobes et complotistes, a été diffusée par le quotidien régional Midi Libre. Le parquet a annoncé mercredi 9 septembre leur suspension.

Que contient la vidéo ?

Le 6 novembre dernier, un policier municipal de Carcassonne teste en début de service sa caméra-piéton. Alors qu’il pense l’avoir éteinte, celle-ci continue de tourner, et capte six heures d’échanges tenus avec trois de ses collègues lors d’une patrouille.

« Bicots », « bougnoules », « nègres », « singes », « connasses », « gauche de merde »… Dans la vidéo, un policier tient la majorité des propos violents, dont certains relèvent du Code pénal. Il commente par exemple, après avoir répondu à une administrée qui appelle pour avoir percuté un animal : « non, c’est peut-être un migrant, un petit Kirikou », avant d’imiter un accent africain : « Kirikou dans la savane (…) il est venu en France, il est percuté par un véhicule. »

À propos de la guerre d’Algérie, il déclare : « On a niqué des bougnoules (…) ! Et eux, combien de soldats ils ont niqués ? (…) Après, où commence la torture ? ». Il relaie également la théorie complotiste selon laquelle Brigitte Macron serait une personne trans. « On essaye de cacher ça au monde entier », dit-il. Un autre appelle à « un coup d’État, une dictature en France ».

Qui est le policier mis en cause ?

Selon Midi Libre, qui a révélé et diffusée cette vidéo mardi, le policier qui a tenu la plupart de ces propos injurieux est un ancien parachutiste du IIIe RPIMa de Carcassonne, âgé de 50 ans.

Encarté au Rassemblement national (RN), il « est connu pour avoir souvent aidé le Département protection sécurité (DPS), le service d’ordre interne du Rassemblement national », explique le quotidien régional. Il a notamment assuré la protection du président du parti, Jordan Bardella, venu soutenir à Carcassonne Christophe Barthès, candidat RN qui a remporté la mairie le 22 mars.

Quelles sont, pour l’instant, les conséquences ?

Selon Midi Libre, ces images sont connues des gendarmes depuis janvier 2026. Le policier mis en cause avait en effet déposé plainte fin décembre pour « atteinte à la vie privée », après avoir appris que la vidéo circulait en interne. Placé en arrêt maladie, il avait ensuite repris ses fonctions le 16 mars, au lendemain du 1er tour des municipales. Selon son avocat, il n’a subi jusqu’ici « aucune sanction disciplinaire » et « aucune procédure pénale n’est engagée à son encontre ».

Mercredi, le parquet a néanmoins annoncé sa suspension ainsi que celle de ses trois collègues intervenant sur la vidéo, et a annoncé qu’une enquête pour diffamation envers « un groupe de personnes à raison de leur origine » avait été ouverte en début d’année. Des auditions doivent encore être réalisées, a précisé la procureure de la République Géraldine Labialle.

Selon France Inter, l’entourage du ministre de l’intérieur assure avoir découvert « avec stupéfaction » l’existence de cette vidéo mercredi marin. Laurent Nuñez a annoncé sur X avoir ordonné un « contrôle de la police municipale de Carcassonne par l’inspection générale de l’administration (IGA) ».

Selon Christophe Barthès, maire de Carcassonne (RN), une enquête administrative, dont il dit avoir reçu le 19 mai les conclusions, n’aurait pas permis « d’établir avec certitude l’identité des auteurs de chacun des propos enregistrés ». Le parquet a affirmé ne pas avoir encore reçu les conclusions de cette enquête.

Lors d’un bref point presse – auquel ont été interdits d’accès deux reporters du groupe La Dépêche du Midi, dont fait partie Midi Libre –, le maire a dénoncé des propos « à vomir et inexcusables ».

Quelles ont été les réactions ?

À quelques mois de la présidentielle, cette vidéo a provoqué une avalanche de réactions indignées, du gouvernement aux partis principalement de la gauche et du centre. « Voilà à quoi ressemblerait une France dirigée par le RN. La haine désinhibée et encouragée », avait fustigé sur X Gabriel Attal, candidat Renaissance.

La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a dénoncé sur RMC des propos « absolument inacceptables » et regretté « une libération de la parole raciste ». « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme », a ajouté Manuel Bompard, coordinateur national de LFI.

Condamnant « avec la plus grande fermeté » des propos « pénalement répréhensibles », le Rassemblement national (RN) s’est empressé d’exclure l’agent qui était membre du service d’ordre du parti. « Pas d’instrumentalisation », a répondu le maire de Béziers Robert Ménard, ancien compagnon de route de Marine Le Pen, sur Europe1/CNews. Pour Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du RN, des militants tenant des propos racistes, « ça arrive partout et partout en France »