« Quand les supporters ont vu que les mecs se retroussaient les manches, ils nous ont suivis » : comment le RCT s’est offert une bouffée d’oxygène en l’emportant face au Racing 92 (29-15)
« Soyez toulonnais… ne trichez pas ! Pierre [Mignoni] a pris ses responsabilités, c’est à nous d’en faire de même. On se doit d’être des hommes, d’assumer et de respecter ce maillot. » Les mots, forts et résonnants, sont ceux de Gaël Fickou au cœur du cercle face à ses coéquipiers. Et s’il ne compte que cinq matches avec les pros dans son club formateur, le centre international aux 98 capes avec les Bleus a, dès son retour cet été, pris une place de leader au sein du groupe.
« Je suis venu pour Pierre », poursuivait-il, lui rendant hommage face à la presse, ne cachant pas son admiration pour le personnage. Le contexte, vous l’avez et vous le connaissez. Face au Racing 92, Toulon n’avait pas le droit à l’erreur. Englué dans sa spirale négative, la tête encore un peu plus maintenue au fond du seau après la démission de son directeur du rugby, ce RCT-là devait relever le museau, sous peine d’exploser en plein vol.
Quatre-vingt minutes plus tard, les leaders ont refait surface. Et ce succès 29-15, acquis de haute lutte, n’a rien d’anodin. Alors non, Toulon n’est pas champion de France, ni d’Europe, et encore moins du monde. Mais, à Mayol, il a montré qu’il avait de la ressource. « La semaine a été très difficile à vivre en interne, lâchait Teddy Baubigny, encore touché par la situation. Mais on a su faire preuve de caractère. »
Le symbole ? Ces quinze premières minutes durant lesquelles, acculé dans son camp puis réduit à quatorze après le carton jaune de Kyle Sinckler (7e), le RCT refusait de céder sur sa ligne. Pas un seul point encaissé. « Je pense qu’on gagne le match à ce moment-là, en ne lâchant rien », saluait Franck Azéma, désormais seul à la tête du navire.
« Te prouver à toi-même à quoi tu ressembles »
Face aux troncs d’arbres franciliens, tous le savaient, le combat s’annonçait âpre. Les multiples tubes distribués par pelletées par Junior Kpoku, David Ribbans, Charles Ollivon ou encore Juan Ignacio Brex en sont les témoins. Une tension et une excitation assez fortes pour faire chavirer un Mayol qui, censé être hostile, n’a pu résister à soutenir les siens. « Quand les supporters ont vu que les mecs se retroussaient les manches et mettaient beaucoup d’engagement, ils nous ont suivis, reprenait Franck Azéma. Il y a toujours de la crainte, de la peur. Mais, sur ces matches, tu as besoin de te prouver à toi-même à quoi tu ressembles et vers quoi tu veux aller. »
« Sacrifice » salvateur ?
Recentré sur du jeu simple, plus direct et sans grande folie, Toulon s’est ainsi rassuré. Les deux essais de Jean-Baptiste Gros (21e) et Teddy Baubigny (27e), en costauds, l’illustrent parfaitement. Si l’on y ajoute un 100 % de Tomás Albornoz derrière son tee, on obtient le match le plus sérieux (et abouti) des Toulonnais depuis le début de saison.
Et dans un moment charnière comme celui-ci, cette prestation était vitale. « J’ai senti qu’on avait vraiment envie collectivement… et ça fait plaisir, débriefait Teddy Baubigny, rassuré. On avait la pression. Déjà vis-à-vis de l’institution. Ce n’est pas acceptable de voir le RCT à la 13e place. Mais aussi la pression par rapport à Pierre. Son départ nous a fait mal et on voulait que son sacrifice, ou sa décision, serve à quelque chose. Je continue de penser que ce n’était pas la solution, mais il faut avancer, on n’a plus le choix maintenant. » L’électrochoc tenté, en guise de geste désespéré, par le natif du Port marchand sera-t-il suffisant ?