Que sait-on de l'implication de l'ultragauche, notamment dénoncée par le gouvernement, dans les violences des 17 et 18 octobre ?

Que sait-on de l'implication de l'ultragauche, notamment dénoncée par le gouvernement, dans les violences des 17 et 18 octobre ?

France Télévisions

Publié le 21/10/2026 14:14

Temps de lecture : 5min

Un manifestant à Nantes (Loire-Atlantique), le 17 octobre 2026. (ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS / AFP)
Un manifestant à Nantes (Loire-Atlantique), le 17 octobre 2026. (ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS / AFP)

De nombreuses personnalités politiques, en particulier au sein de l'exécutif, accusent l'ultragauche d'être impliquée dans les violences qui ont visé les forces de l'ordre, ainsi que les dégradations de bâtiments publics et de commerces samedi et dimanche.

Un premier suspect a été arrêté, mardi 20 octobre, dans l'enquête sur l'incendie de la mairie de Limoges (Haute-Vienne). Cet homme de 34 ans, originaire de la Creuse, a déjà commis des violences sur les forces de l'ordre : il est fiché S pour son appartenance à l'ultragauche. Son profil est-il représentatif des personnes ayant commis des violences, samedi 17 et dimanche 18 octobre, dans plusieurs villes de France contre les forces de l'ordre, ainsi que des dégradations de bâtiments publics, de biens et de commerces ? De nombreuses personnalités politiques, notamment au sein du gouvernement, accusent l'ultragauche.

"Des factieux" issus de ces groupuscules auraient été "rejoints par de nombreux délinquants", se livrant ensemble "à une violence débridée dans nos villes", a dénoncé Emmanuel Macron dans son allocution dimanche soir. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pointé du doigt la responsabilité de cette mouvance dans les dégradations depuis samedi, réitérant ses accusations mardi, évoquant devant l'Assemblée nationale "la planification d'un schéma insurrectionnel" de l'ultragauche en lien avec l'extrême gauche. A son tour, mardi sur BFMTV, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a vu dans ces violences l'œuvre de "la racaille", de "délinquants", mais aussi de "mouvements d'ultragauche organisés" et de "groupuscules d'extrême gauche", dénonçant leur "planification de l'insurrection".

Les services de renseignement font toutefois la différence entre "extrême gauche" et "ultragauche", la première entrant "dans le champ républicain", comme La France Insoumise (LFI), selon une source sécuritaire à France Télévisions, qui souligne que ce parti n'a pas participé aux violences du week-end dernier. A la différence des membres de l'ultragauche, regroupés dans des "groupuscules violents, radicaux, en marge du champ démocratique et républicain", qui se situent "hors des partis" politiques, détaille la source sécuritaire. Avec un point commun entre les deux : "la lutte contre le fascisme".

"Et contre le capitalisme", ajoute Sylvain Boulouque, historien des radicalités politiques et des mouvements sociaux, contacté par franceinfo. Plutôt que de "groupuscules", lui préfère parler de "groupes affinitaires se rassemblant ça et là pour participer à des actions violentes". Les renseignements estiment qu'ils seraient environ 5 000 sur tout le territoire, certains vivant dans des squats, d'autres étant des étudiants ou des jeunes actifs bien – voire très bien – insérés.

S'il est impossible d'établir un décompte précis, force est de constater que cette mouvance est "en progression ces dernières années", selon Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, spécialiste des mouvements sociaux et de la violence politique. Elle rappelle à franceinfo qu'en 2022, les renseignements territoriaux évoquaient un mouvement allant "de 2 500 à 3 000 personnes". On les retrouve beaucoup dans l'Ouest, à Rennes (Ille-et-Vilaine) et Nantes notamment, mais aussi à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), devenu l'un des fiefs des militants d'ultragauche, tout comme Dijon (Côte-d'Or), ajoutent les renseignements. "A Marseille, ils sont aussi de plus en plus nombreux, observe Sylvain Boulouque. Ainsi qu'à Limoges", en Haute-Vienne.

La source sécuritaire affirme que des membres de cette mouvance étaient présents place de la République à Paris avant le début de la manifestation contre la vie chère samedi, avec "des affrontements qui ont commencé dès 13 heures avec les forces de l'ordre". L'ultragauche est restée là "pour l'essentiel de la journée", précise cette même source. Une observation partagée par Sylvain Boulouque qui a constaté "un fort abcès de fixation" sur cette place. "Pendant plusieurs heures, les [membres du] black bloc ont affronté les CRS, donnant lieu à des images spectaculaires, avec un affrontement clair et symbolique entre les deux camps", a-t-il relevé.

Les renseignements soulignent toutefois que les militants d'ultragauche ne sont pas responsables des nombreux pillages dans la capitale, qui émanaient d'un "mix de gens" répondant "à des appels sur les réseaux sociaux" les incitant à venir à Paris, détaille la source sécuritaire. Un constat partagé par les chercheurs interrogés par franceinfo. La priorité des militants d'ultragauche "est de s'en prendre aux forces de l'ordre et aux symboles du capitalisme, avec la destruction de McDonald's ou d'enseignes de grande distribution comme Monoprix", détaille Sylvain Boulouque.

"Ce n'est certainement pas eux qui vont s'en prendre aux petits commerçants comme ça a été largement le cas ce week-end."

Sylvain Boulouque, historien des radicalités politiques et des mouvements sociaux

à franceinfo

"Les pillages restent marginaux chez les membres de l'ultragauche, ce n'est absolument pas systématique", abonde Isabelle Sommier, ajoutant toutefois qu'ils ne vont pas pour autant les condamner, puisque les vols dans les magasins pillés sont considérés comme "une réappropriation de ce qu'ils qualifient de vols capitalistes". "Quand c'est arrivé dans des mobilisations précédentes, il y avait des débats et la majorité des activistes critiquaient le fait de casser un kiosque à journaux par exemple", rapporte la sociologue.

Les services de renseignements ont toutefois estimé qu'il s'était créé à l'occasion de ce week-end "une alliance inédite" entre l'ultragauche et les "jeunes de cités", a fait valoir la source sécuritaire à France Télévisions. "L'objectif" de "l'ultragauche" samedi était avant tout de "créer l'anarchie, de faire tomber les institutions", en s'en prenant notamment aux préfectures et aux mairies, ainsi qu'aux bâtiments institutionnels dans leur ensemble. Pour ce faire, ses membres se sont, selon cette source, appuyés sur "les jeunes des quartiers" qui ont constitué du "carburant" pour leur mouvement.

Une analyse rejetée par Isabelle Sommier, estimant que l'"on n'en est pas du tout là". Pour la chercheuse, il n'y a pas eu de "concertation" entre ces deux groupes. Ce à quoi souscrit Sylvain Bouloque : "Ils ont agi en même temps, mais il n'y a pas eu d'alliance. Ce terme n'est pas le bon".

Difficile de savoir si certains figurent parmi les personnes interpellées depuis samedi dans la capitale, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, ne pouvant "absolument pas confirmer" que les personnes placées en garde à vue sur son ressort seraient "politisées vers l'ultragauche", a-t-elle déclaré sur TF1 lundi. La magistrate a ainsi contredit l'analyse du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui n'a eu de cesse d'insister sur la responsabilité des réseaux d'ultragauche dans les violences urbaines, tout au long du week-end. La procureure a notamment souligné que de très nombreuses personnes interpellées "ne revendiquent pas de positionnement politique".

Sur le terrain, ces profils liés à l'ultragauche sont toutefois "durs à attraper", reconnaît la source sécuritaire, de par leur grande mobilité. Les services de renseignement ont eu le sentiment que le récit minute par minute des chaînes d'information en continu "n'a pas aidé" samedi. Ainsi par exemple, si certains "voyaient la mairie de Limoges brûler" en direct, ils se tournaient alors "vers la préfecture", donnant lieu à une situation "très difficile à anticiper" pour les forces de l'ordre, que beaucoup ont jugé "dépassées" par la mobilisation.

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